L'esprit d'association en Flandre
Ce qui a fait la force de ces régions, ce qui les sauvera, c'est, comme l'avait bien vu Balzac,
l'amour de l'association, le dévouement au corps auquel l'individu appartient par la naissance ou la volonté : commune, groupe de tout genre. Ces qualités qui se manifestent aujourd'hui dans le deuil brillaient autrefois dans les joies et les plaisirs. Il ne faudrait pas croire, sur la foi d'impressions superdcielles, que la tristesse et la mélancolie aient jamais régné sur ces terres brumeuses et affairées. On y cherchait au contraire à profiter de toutes les occasions de divertissement, à les créer au besoin. Le travail venait en son temps, la gaieté au sien. Outre les réjouissances communes à la nation entière, outre les fêtes religieuses célébrées avec une ardeur particulière, même celles que l'Eglise ne décrète pas d'obligation, on consacrait encore une ou plusieurs journées par an aux ducasses et kermesses propres à une ville, à un village, à un simple quartier. Elle prospérait toujours la vieille institution, inspiratrice de Téniers et autres peintres flamands, identique sous ses deux noms différents. Le mot kermesse (de kerckmisse) signifie, en effet, messe consécratrice d'église exactement comme ducasse, déformation de dédicace. L'anniversaire de cet événement se marquait par des fêtes bruyantes et carillonnées. Les usines fermaient. Ou invitait les amis du dehors. On buvait, mangeait, chantait, dansait quelquefois pendant plusieurs jours, joie un peu lourde mais qui exprimait la vie d'un peuple puissant.
A des jours déterminés on promenait certains personnages bien propres à la Flandre, qui atteignaient huit à dix mètres de hauteur, les « reuzen » ou « géants », énormes mannequins d'osier, d'ordinaire vêtus d'une cotte de mailles et d'une jupe ser-