‹ Le Nord dévasté;Chapitre 30 sur 52 · AUMENTIÉHES ET LA VALLÉE DE LA LYS · texte numérisé non relu

AUMENTIÉHES ET LA VALLÉE DE LA LYS

vant à dissimuler les porteurs. Quelques villes d'Espague possèdent aussi des citoyens analogues, les « gigantes y cabezudos». Ils ne sont pas les ancêtres de nos géants qui, beaucoup plus anciens, renaontent au moyen âge et même selon divers auteurs à ces légendes Scandinaves où les Ases luttent contre les Beuzes. L'influence espagnole sur les Flandres a d'ailleurs été souvent exagérée. Les Romantiques et Victor Hugo en particulier lui attribuaient sans distinction les originalités d'art ou de coutumes qu'ils remar(iuaient dans nos provinces. Pour eu.x vieilles maisons, hôtels de ville ou belfrois provenaient tous de l'ibérie. On comprend enfin aujourd'hui que seul le pays le plus riche agit sur le plus pauvre et, malgré ses galions, l'Espagne n'aurait su se comparer aux villes de Flandre débordantes de biens solides et positifs.

Quoi qu'il en soit, les géants vivaient heureux en leurs bonnes cités. « Heuze papa » habitait le belfroi à Dunkerque. Un de ses frères traversait Cassel au carnaval tandis que la foule chantait le Reuzelied à lui dédié. Armentières promena parfois un gros personnage buvant, couronne en tète, des chopes sur un tonneau ; ce n'était autre que Ganibrinus, roi de la bière. Lydéric et l'hynaert, ennemis réconciliés, hauts de dix mètres, lance et faucon au poing rappelaient l'origine guerrière de Lille au cœur de la vaste foret de Flandre. Valencieuues possédait un immense poupon de sept mètres qui s'obstinait à garder des traits eulautins depuis une naissance remontant à cent dix ans. Mais le plus populaire de tous, connu honorablement sous le nom de Gayant, demeurait à Douai avec son épouse de vingt pieds de taille, sa tille Fillain, ses deux fils, Jacquot.

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l'aîné, et le cadet Bimbin coiffé d'un bourrelet, malgré sa hauteur de dix pieds. Cette famille et son cortège parcouraient les rues et les places, le jour de la fête communale, pendant que sonnait la grosse cloche de l'hôtel de ville et que le caiillon exécutait l'air composé aux intentions de Gavant par un sieur Lajoie, maître à danser au régiment de Navarre. En 174.J, le lendemain de la prise de Tournai, une compagnie entière, composée de Douaisiens, déserta. On se rappela que c'était le jour de Gayant. On ne s'émut point et, la procession terminée, on vit revenir les hommes. — Les géants se rendaient parfois visite. Aux fêtes en l'honneur de Lamartine à Bergues en 1913, ils accoururent de toutes paris, se formèrent en cortège, et, au son du carillon, saluèrent le président delà Chambre des députes, aujourd'hui Président de la République, M. Deschanel qui inaugurait le buste.

Les villes, les paroiss'es n'épuisaient pas la liste des personnes morales d'ancienne origine. A côté d'elles vivaient des sociétés vigoureuses malgré leur âge. Les corporations d'archers et d'arbalétriers groupaient encore labourgeoisie comme au temps des communes. Les comtes de Flandre et les magistrats avaient institué des compagnies pour prendre part le cas échéant à la défense du pays. On n'y admettait que des hommes d'une moralité bien établie et qui jouissaient en retour d'un certain nombre de privilèges ou exemptions. En temps de paix ils continuaient à s'exercer par des tirs à la perche ou au but sous le commandement d'un «roi » et d'un « connétable >>. Les ducs de Bourgogne ne dédaignèrent pas de se livrer à ces exercices et, quand ils abattaient le papegai ou oiseau de bois peint de

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