ABMENTIÈRES ET LA VALLÉE DE LA LYS
couleurs vives assez semblables à celles du perroquet, ils acceptaient eux aussi le titre de « roi de l'arc w.
Ces corporations ne semblaient nullement en proie k la décrépitude. Se recrutant sans peine, elles n'admettaient que les personnes de bf>nne réputation et de caractère agréable. La fraternité, en effet, devait régner, l'obligation d'assister aux obsèques de tout membre décédé faisant, par exemple, partie des statuts. On comptait ainsi plusieurs centaines de sociétés, toutes placées sous le patronage de saint Sébastien. Chaque ville, chaque village possédait une pelouse ornée, en son milieu, d'une perche blanche à bascule, longue d'une trentaine de mètres, surmontée de plusieurs oiseaux en bois. Celui qui, le premier mai, abattait lo coq, qui domine les autres, obtenait le vieux titre de roi, célébré par des banquets pantagruéliques.
Les sociétés se réunissaient souvent pour se disputer les prix dans des concours. Maigre les malheurs et les deuils on put encore organiser le 30 août l'Jl'J à Ghyvelde une assemblée assez considérable pour engager la compagnie de chemins do fer à modiOer son horaire en cet honneur. Le temps passe et la tradition demeure dans les Flandres. Nos provinces du Nord ne se sont pas contentées de conserver leurs souvenirs d'autrefois et ces sports jadis pratiques, aujourd'hui simples motifs à réjouissances. Klles ont, de plus, cherché à profiter de leurs remarquables aptitudes à l'association pour cultiver les artî et surtout celui qui jaillit le plus naturellement de l'àme septentrionale : la musique.
Les chorales, les sociétés philliarnioniques intéressaient riches et pauvres ettrouvaient un recrute-
ment facile dans les masses ouvrières qu'elles éduquaient ainsi à une conception plus élevée de la vie. De telles institutions ont été pourtant quelque peu ridiculisées. Sous le nom d'orphéons, elles évoquent les guinguettes, les promenades aussi bruyantes que champêtres, les réceptions officielles à la sous-préfecture devant la compagnie de sapeurspompiers qui écoute stoïque les fausses notes de la fanfare et l'éloquence de M. le maire. Les Parisiens se moquent de ce qu'ils ne connaissent pas et ils ignoraient les phalanges du Nord laborieuses et tenaces. D'ailleurs l'art, s'il ne parvient à la perfection que grâce à quelques personnalités prédestinées, ne saurait sortir tout formé du cerveau d'un seul homme. Pour subsister, il exige un terrain soliâe qui le nourrisse et le soutienne. On ne concevrait guère un Vinci chez les iJantous, ou un Beethoven chez les Peaux Rousses. La foule anonyme prépare les génies, même malgré elle.
Les Flandres ont dépassé à maintes reprises l'art populaire, et, à certaines époques, exercé une influence aussi considérable en musique qu'en peinture. Si, comme l'a dit le poète, la musique nous vint dltalie, la terre latine ne dédaigna pas d'aller chercher au Nord des maîtres et des modèles. Elle fit des emprunts à ce qu'on appelle l'Ecole Flamande, expression inexacte, car le terme « Flandre » a pris une extension exai^érée et a souvent été appliqué aux Pays-Bas entier.s. Il convient ici de l'interpréter en ce sens large. L'ampleur du mouvement, sa vaste influence ne permettent pas d'établir des subdivisions entre les vieilles unités historiques.
Dès le XIV» siècle les musiciens de ces contrées