ARMENTIÈRES ET LA VALLÉE DE LA LYS
furent réputés les plus savants et appelés à fournir des cuntrepointisles à la Chapelle Pontificale. Guillaume Dufay dirigea la maîtrise de Saint-Pierre de Rome, Ockeghem, considéré comme le précurseur de Bach, celle de Saint-Martin de Tours, paroisse du roi Louis XI. Louis Xll et Maximilien I" se disputèrent Josquin des Près, natif de Cambrai ou de Condé, auteur du « Miserere»). Wiilaert de Bruges, créa l'Ecole Vénitienne, Jean Tinctor, père de la Messe à cinq voix connue sous le nom de Messe de l'Homme armé, passe pour le fondateur de l'Ecole Napolitaine. Mais leur gloire à tous devait pâlir devant celle du « Phénix de son temps », Roland de Lattre, .Montois, qui prit le nom de Lassus pour éch'apperà la honte, dont sonpère condamné comme faux monnayeur avait couvert sa famille. Quelque temps maître de chapelle à Saint-Jean-de-Latran, il fut ensuite appelé, en 15o7, à Munich où il entra en parallèle avec son illustre contemporain, Palestrina, qui devait mourrir la même année que lui, en 1594. En loTO il fut anobli par l'empereur Maximilien et plus tard reçut des ordres de chevalerie que lui envoyèrent Charles IX et le pape Grégoire XIH. Lorsqu'il mourut, atteint de folie, il avait composé plus de deux mille morceaux parmi lesquels on cite le « Te decet hymuus » et le motet « Terror et tremor venerunt super me », il avait aussi simplilié les signes de la mesure et imaginé d'indiquer les mouvements par des mots empruntés à la langue italienne : « adagio, allegro, vivace,etc... » Malgré les quelques grands noms dont elle s'illustra encore (Lupus, Lejeune, Cornélius Verdonck et Philippe Verdelet), l'Ecole dite Flamande, régénératrice de la musique sacrée, céda le premier
rang aux Italiens, ses élèves. Par la suite l'influence qu'exerça Paris en ces contrées n'y permit plus le maintien de caractères artistiques distinctifs et originaux. On ne saurait guère tirer de conclusions du fait ^ue tel ou tel auteur célèbre 3' naquit, Lalo par exemple. Mais ce qu'il y a de sûr, c'est que l'amour de la musique resta inné dans le peuple. Des sons, des rythmes, voilà ce qu'il lui fallait : tout lui servait pour les produire. Les cités chantaient par la voix des cloches de leurs, carillons. Les aspirations des masses s'exprimaient par de vastes sociétés solidement organisées et disciplinées, assez puissantes pour réaliser le véritable art des foules, en plein air ou dans les églises.
Le Nord et le Pas-de-Calais l'emportaient à ce point sur les autres départements français que toute comparaison sérieuse demeurait impossible tant pour le nombre que pour la qualité des associations. Le Nord possédait les chorales les plus réputées comme les Cricks Sicks de Tourcoing qui atteignaient près de deux cents membres, la Jeune France de Dunkerque, la Chorale de Douai, etc.. A lui seul il comptait cent cinquante harmonies très aimées dans leurs villes. Lorsqu'elles revenaient victorieuses des concours, dont le premier fut institué à Warneton en 1799, elles étaient reçues à la mairie, au son du carillon et au milieu de la joie générale.
L'esprit d'association qui avait su créer là-bas les seules coopératives ouvrières florissantes de France triomphait donc aussi dans l'art, appliquant cette devise de nos frères belges, gage de succès pour les rares peuples qui lui sont fidèles : « L'Union fait la force ».