‹ Le Nord dévasté;Chapitre 33 sur 52 · La vallée de la Lys, axe de l' industrie du Nord · texte numérisé non relu

La vallée de la Lys, axe de l' industrie du Nord

Près d'Armenlières commençait l'immense agglomération qui fit, avec la gloire du Nord, la fortune de la France. La Lys était devenue l'axe économique de la région.

L'invention des machines à tisser avait, au début du xix" siècle, réveillé, sous de nouvelles formes, l'industrie des textiles, monopole ancestral des Flandres. Dès lors l'opulence ne cesse de croître. Bourgades et cités, lançant en avant leurs faubourgs, courent à la rencontre les unes des autres. Plus que jamais s'affirme la vérité des paroles que Guichardin prête aux preuiiers Espagnols envoyés pour administrer la province : « Toute la Flandre n'est qu'une ville. » .\insi du haut du mont Cassel, les habitants se plaisent à dénombrer aux visiteurs les agglomérations visibl.'s par temps clair : trente-deux villes et cent villages.

La Lys ne formait plus qu'une longue rue où s'ouvraient les larges façades des centres urbains. En amont d'Armentières les tissages apparaissaient à la Gorgue, à Estaires. Merville construisait les péniches longues de trente-huit métrés., appelées là-bas '< bélandres » qui descendaient jusqu'à Paris où les promeneurs des rives de Seine connaissent bien leurs formes massives relevées par la blanchcurde lacabine. L'olîeusivc allemande d'avril li'18 a renversé le tout comme un simple château de cartes.

En aval d'Armeutiires la rue s'animait encore

davantage. Villes de France ou de Belgique se faisaient face, désignées par la même enseigne. Warneton, Wervicq, Gomines se divisaient chacune en deux parties, l'une belge, l'autre française, délimitées par la Lys. Les combats livrés pour encercler Lille ont suivi le cours du fleuve à la manière dune inondation. De Deulémont, où parvint la pointe extrême de l'attaque anglaise du mois dejuilletl'Jl? après la prise du Pont-Rouge, il ne reste plus trace. On ne saurait situer sans peine l'emplacement de Warneton, au moins de Warneton-France, qui avait supporté tant de sièges, où Rantzau, mutilé d"une jambe, d'un œil et d'un bras, reçut le bâton de maréchal de France.

Gomines, peuplée, sur le territoire Français, de huit mille habitants, et de cinq mille sur le territoire Belge, conservait encore les ruines du château de Philippe Van den Glyte, un beffroi, une trentaine d'usines, tissages, fabriques de lainages ou de rubans, qui maintenaient un reste de son ancienne prospérité. Elle n'a plus rien maintenant que le souvenir d'un grand nom.

Wervicq continue à jouer de malheur. Presque l'égale de Gand à la fin du xiii° siècle elle subit en 1460 un incendie qui détruisit deux mille maisons. Les pillages des gueux, les occupations militaires la réduisirent à l'état de simple bourgade aujourd'hui inhabitable, détruite comme Ypres sa concurrente de jadis qui du moins conserva longtemps ses monuments et périt après avoir éveillé l'angoisse du monde entier. Ici l'œuvre de mort s'est accomplie dans le silence. Les batailles qui marqueront dans l'histoire ont eu lieu plus loin, sur l'Yser, au Kemmel. Ge coin de pays, ravagé par les iutermi-

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