ABMENTIÉRES ET LA VALLÉE DE LA LYS
nables ot anonj'mes duels d'artillerie, enfoncé en territoire belge, étouffé par la gloire ou la réputation des cités voisines, se perd dans l'oubli. On y songe peu, on n'y travaille guère. La vie ne reprend que leuteuient en une région riche autrefois, transformée maintenant par la volonté des hommes en un désert artificiel où coule une rivière dans le poudroiement rouge des maisons écrasées.
On ne voit extérieurement aucune trace de la guerre dans les villes de Uoubaix, de Tourcoing mais leurs machines leur ont été enlevées par l'ennemi, ou leur place prise sur les marchés mondiaux par la concurrence des Alliés. Un grand travail doit s'accomplir qui aura besoin de la bienveillance et de la sympathie générale pour donner des résultats.
Ce dont la Flandre a le plus souffert, c'est de ne pas se sentir appréciée à sa juste valeur, de rester inconnue même pour beaucoup de nos compatriotes. Lorsque la guerre éclata, cette région représentait, avec ses voisines d'Artois et de Hainaut, la force la plus vivace de la France. De là venaient presque tout le charbon, les locomotives, le sucre et les textiles. On ne s'en aperçut que le jour où ces ressources tirent défaut. La liste symétrique des départements, chefs-lieux et sous-préfectures que chaque Français apprend dans son enfance, donnait une idée fausse. Serrées dans leurs remparts, les villes devaient se développer hors de leur propre territoire, en une foule de communes autonomes et peu célèbres qui doublaient ou triplaient la population. Le phénomène était particulièrement sensible pour le groupe Roubaix, Tourcoing, Lille. Songeait-on à la mer de maisons qui s'étendait autour, en larges houles, jusqu'à la
frontière belge, noyant les gros bourgs d'Hellemmes, de ^Vasquehal, de Croix, de Leers, bloc compact de près d'un million d'hommes ? On le sent bien ici, le département du Nord n'exerçait pas l'influence qu'aurait dû lui assurer son éminente contribution à la prospérité de la patrie, lui, qui, représentant à peu près le centième de la superficie de la France, contenait plus du vingtième de la population et possédait le dixième de la fortune publique. Nos ennemis, hélas, savaient eux à quoi s'en tenir. Que nos compatriotes, nos alliés, les imitent en cela. L'histoire doit parler à la raison, les ruines convaincront le cœur. Il n'est pas possible qu'avec de tels appuis la justice reste plus longtemps dolente et méconnue. Que la France surtout ne s'imagine point pouvoir faire des économies profitables en lésinant sur les réparations nécessaires. Qu'elle ne s'étonne même pas devant les sommes formidables qu'exigera la reconstruction. Il n'y a point de commune mesure entre cette région et les autres. Elle n'était point, comme on l'a dit souvent, une des provinces les plus riches delà nation, elle était, et de beaucoup, Za terre la plus productrice et la plus industrielle du pays entier. Elle est indispensable au relèvement général.
Nicolas Bourgeois.