‹ Le Nord dévasté;Chapitre 35 sur 52 · Lille industrielle · texte numérisé non relu

Lille industrielle

Par le fait du boulevard qui les réunit, Lille est appelée dans l'avenir à ne plus se distinguer de Roubaix et de Tourcoing, si ce n'est comme un quartier de Londres, d'un autre. Les particularismes, marqués encore à Ihoure qu'il est, s'effaceront inéluctablement en même temps que la soudure se fera plus complète.

Mais actuellement Lille est encore elle-même ; et d'abord, au point de vue industriel qui prime ici tous les autres, elle est la cité du lin et du coton de môme que Rouhai.v est celle de la laine. La fleur de Lille, comme la écrit M. Georges Ducrocq, c'est la petite (leur bleue du lin qui de tout temps fut cultivé dans ses environs, alors que le coton est une introduction récente. La Dlature ' de ce lin est la grande

1. • L'industrie priiiripalc est celle des te\tilps, la fîlature du

et séculaire industrie lilloise, le filtier est ici le type populaire de l'ouvrier, comme à Lyon le canut.

Les filatures ont fait naître des tissages, et ceux-ci d'innombrables blanchisseries, teintureries, fabriques de produits chimiques. Pour ces usines il a fallu des machines, et le faubourg de Fives — où l'on invoquait jadis une madone guérisseuse de fièvres, fives en patois wallon, — est devenu tout entier un gigantesque atelier où ne cessent de retentir les marteaux. Dix mille noirs, — ainsi les nomme-t-on, — y construisaient avant la guerre des chaudières, du matériel de chemin de fer, de sucreries et de distilleries, de quoi alimenter en machines toutes les industries de France.

Naturellement les brasseries foisonnent à Lille, fabriquant une bière amère qui ne ressemble pas à la bière de l'Est ni à celle que l'on boit à Paris.

lin, sa Iransformalion en tissu occupant en ville et dans la banlieue plus de 20.000 ouvriers, dont 12 000 dans une soixantaine d'usines pour la filature seule. Celle-ci emploie 230. OQO broches el fait un mouvement d'affaires évalué à 50 millions. Une partie des fils sont tissés aux environs, à Armenlières surtout.

« four la fabrication dos toiles el du linge de table, une centaine d'établissements produisent les tissus damassés, du treillis, la toile à matelas à carreaux bleus et bl.incs, les stores ; le coutil pour costume, notamment un article d'hiver dit drap de Lille. La valeur totale atteint plus de 80 millions par an.

" Une industrie plus spécialement lilloise est celle de la lillerie, o'est-à-dire de la préparation des fils à coudre, lin et coton. Une vingtaine de maisons luttent d'ingéniosité pour présenter au public, sous une forme commode et amusante, les pelotes et bobines qui ont remplacé les écheveaux embarrass.-ints de jadis, l'ius de .3O.OU0 ouvriers, « les filtiers « si populaires à Lille, sont employés dans ces établissements dont la production atteint 20 millions de francs.

<c Le coton est également travaillé ; 30 filatures comprenant 125.000 brociies à filer et à retordre produisent les fils pour tulle, ganterie et bonneterie. » Ardouin-Dumazet. Voyage en France, Berger-Levrault, éd., 1903.

Les plus anciennes familles lilloises ne dédaignaient nullement d'exercer ce métier populaire, et l'on a vu par exemple le nom des Ricliebé — un Richebé fut maire de Lille au xvm» siècle — sur ces grands trains de brasseurs qui sonnent avec fracas sur les pavés du Nord, lourds véhicules si particuliers avec leur siège haut juché et les tonneaux par derrière sur doux voies de bois parallèles.

iJans le mouvement lillois moderne, nous n'aurons garde d'oublier les imprimeries et les journaux. L'imprimerie Danel. à ne citer que celle-là, est extrêmement importante. Pour les journaux, ce sont des quotidiens dont le tirage allait, avant la guerre, à cent mille exemplaires pour certains : l'Echo du Nord, centenaire à l'heure qu'il est, la Dépêche de Lille, le Progrès du No7'd auquel M. Martin-Mamy a donné une vive impulsion, la Croix du Nord, etc. De nouveaux journaux se sont même fondés récemment à Lille, le Télégramme du Nord qui représente un large esprit d' « union sacrée, » et le Cri du Nord. organe socialiste.

Que l'on joigne à ces foyers d'idées' les centres d'instruction : Instituts Pasteur et Industriel, Ecoles des Arts et Métiers et des Beaux-Arts, l'Université de l'Etat et l'Université catholique', on aura une idée

1. Dans le domaine des lettres pures, il nous faut signaler ici le mouvement du Beffroi, revue qui fut fondée à Lille et dirigée de l'.'UO à 1914 par Al. Léon Bocquel, réunissant des collaborateurs parmi lesquels Albert Samain, Léon Deubol, KImile Bernard, Henri F'otez, Hoger Allard, Théo Varlet, Charles Droulors, Georges Ducroci], ce dernier qui devait fonder dix ans avant la ; uerre la prophétique revue des Marc)ies de l'Est.

On trouvera dans lAlmannch do VÀniitié de France et de l'iandre pour 1918, une précieuse étude sur le Beffroi (Crès, édit.).

î. Un professeur de l'Université Catholique, M. Joseph Wil-

approximative de l'activité moderne de Lille, grande ville que la guerre sans doute a atteinte, mais sans pouvoir tarir son énergie vitale.

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