‹ Le Nord dévasté;Chapitre 36 sur 52 · Les Allemands à Lille · texte numérisé non relu

Les Allemands à Lille

Les Allemands y ont paru pour la première fois le 2 septembre 1914, simple visite d'une des fortes patrouilles qui garantissaient l'aile droite de von Kliick. Mais un mois après, pendant la « course à la mer » le flot de l'invasion se fait plus dense en Flandre, et c'est le bombardement de Lille qui prélude à une occupation, hélas, plus durable. Le 10 octobre les premiers obus tombent sur la place de la gare et sur celle de la République, endommageant le palais des Beaux-Arts ; le bombardement continue le lendemain tandis que se bat aux portes la poignée de territoriaux et de spahis qui constitue la garnison de la ville. Le 12, ces braves commandés par le lieutenant-colonel de Pardieu sont contraints de capituler ; et le 13 au matin, tandis que l'incendie de tout un quartier — spécialement les rues Faidherbe, Béthune, et des Ponts-de-Gomiues, — élève ses flammes vers le ciel, les hussards de la mort mêlés aux troupes bavaroises font leur entrée dans la capitale de la Flandre '. Les Allemands devaient la

lot, fit paraître clandestinement pendant vingt-deux mois, de février 1915 à décembre 1916, une petite feuille destinée à soutenir le moral des Lillois, la Patience, nommée parfois aussi VOiseau de France. Voir l'article paru dans le Correspondant du 10 janvier 1918.

1. Egalement en Flandre wallonne, c'est vers cette même date que les Allemands réduisirent à peu près totalement en cendres la vieille petite cité d'Orchies, à quelque 20 kilomètres au sud de Lille.

Plus bas encore, presque au point de rencontre de la Flandre

tenir exactement quatre ans sous ce qu'ils ont nommé eux-mêmes le droit du poinri, la force brutale. Quelles indignités, quelles vexations ils j- commirent, nous le verrons.

L'étranger qui descend maintenant du train à Lille, trouve d'abord dans la rue Faidherbe et ses environs les ruines du quartier dont nous venons de parler. Puis il aperçoit, heureusement échappée à Tincendie, l'ancienne Bourse construite en brique et pierre au début du xvu» siècle dans le style particulier à Lille et qui comporte de curieuses sculptures. Sur le côté de cette Bourse s"éléve à droite le nouveau théâtre, à peine terminé en août 1914 et que les Allemands inaugurèrent en y jouant du Gœtheetmème du Shakespeare, pour montrer qu'ils nétaient pas des barbares\ En arrière s'élève la nouvelle Bourse égalementdue à Cordonnier, mais où le célèbre architecte, avec infiniment plus de bonheur et de succès, a usé de son style propre en le combinant avec le style lillois des xvn« et xviii" siècles. Ce style Cordonnier qui découle de la Renaissance flamande s'est manifesté d'abord à l'hôtel de ville de Loos, dans la banlieue de Lille, et à celui de Dunkerque. Louis Cordonnier qui est l'architecte du palais de la l'aix à la Haye, est une des gloires modernes de la Flandre et même de la France puisque l'Institut l'a accueilli voici quelques années. Souhaitons qu'il reconstruise un jour l'hôtel de ville de Lille, œuvre maussade de Benvignat qui se dissimulait dans un

et du Hainaut , Sainl-Amand érige une vieille tour do style Reiiaissaoce, seul reste d'une abha^e rameuse, et (|ue l'euncnii ne iiiaii<|ua pas de bombarder, mais cotte foi.', lurs de sa retraite pr<*cipité(', en octobre 19lS. Elle a par bonlicur résisté aux obus.

recoin près de la Grand'Place et qui brûla pendant l'occupation allemande, on ne sut comment. Par bonheur, le palais de Rihourqui s'j' accote, ancienne résidence des ducs de Bourgogne construite dans le goût exquis du milieu du xv« siècle, échappa à l'incendie.

Sur la Grand'Place s'élève la statue de la ville de Lille — nommée par les Lillois La Déesse — dans une attitude énergique qui rappelle la défense de la ville en 1792* contre les Autrichiens. De là partent la rue Nationale, grande artère de la Lille moderne, et la rue Esquermoise qui conduit au quartier des XVII" et xvmo siècles où sont, notamment dans la rue Royale, les hôtels des plus anciennes familles.

A l'Est se trouve le noyau primitif, la Cité née au moyen âge dans « l'isle » qui a donné son nom à la capitale de la Flandre moderne. Elle porte en son centre sur l'emplacement d'un vieux donjon appelé le château du Bue, l'église de Notre-Dame-dela-Treille encore inachevée depuis un demi-siècle qu'elle fut commencée, mais belle du travail lent et sûr s'exerçant sur la pierre éternelle de Tournai. Dans ce quartier où la Deûle entre ses quais répand des exhalaisons, se trouve une poésie réelle mais triste et qui fait songer à Sainte-Beuve et à Baudelaire. Toutes les constructions y sont anciennes, notamment l'hôpital Comtesse fondé en 1243 par Jeanne de Flandre. On peut y visiter aussi l'église

1. Les Lillois conlenl avec une^ juste fisrté une anecdote de ce siège : << Un barbier, dans un des endroits les plus exposés au feu de l'ennemi, court aprts un éclat de bombe, s'en saisit, et avec ce bassin de nouvelle espèce, rase (]ual(irze citoyens au milieu de la rue et des bombes tombant de toutes parts. Quel autre qu'un Français, au milieu des plus grands périls, pouvait avoir cette pensée si plaisante? » Joug. L Hermite enprovince, Paris, cbez Pillet aîné, 1826.

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