CHAPITRE II DOUAI
[. — La ville cl ses souvenirs.
A Douai nous sommes en Escrebieux, c'est-à-dire dans un pays qui appartient encore à la Flandre wallonne. Par un curieux paradoxe, pourtant, cette cité flamande avait une de ses portes, celle d'Arras, sur le territoire de l'Artois, « qui s'étend prôs de vingt pas dans Douai* ». Et elle touche également de si près au llainaut qu'elle en a fait jadis partie, jusqu'à l'an 1072 où elle fut jointe au comté de Flandre. Flandres, Artois, Hainaut, elle résume les trois aspects de la plaine du Nord ; et c'est peutêtre ce qui la fit choisir par Balzac pour cadre au curieux roman qui s'appelle la Hecherclie de l'Absolu, où l'on retrouve le décorde Douai vers le début du siècle dernier.
Louis XIV la reprit en personne le 8 juillet 1067, et en 1713 y plaça le Parlement qu'il avait institué d'abord à Tournai. Douai possédait déjà depuis 1;)60 une Université instituée par Philippe II d'Kspague pour fournir au.K étudiants des Pays Bas une connaissance de la langue française que Louvain n'eût pu alors leur donner.
i. Les Délices des Pays-Bas, Briixelle.'», \'K\.
Dans les dernières anaées du xix» siècle, cette Université a été transférée à Lille. Les remparts de Vauban sont tombés à peu près vers le même temps. Douai et ses environs se sont transformés, les usines, verreries et forges notamment, les charbonnages, aj'ant vite recouvert la belle plaine agricole. La seule compagnie de lEscarpelle exploitait avant le désastre commun à tout le Nord dévasté, sept fosses dont chacune donnait par an 100.000 tonnes de houille. Enfin à l'ouest de la ville s'amorçait un important quartier ouvrier près du « vaste canal dont les écluses doubles sont une merveille de l'art... Jadis l'étroite et sinueuse Scarpe, bordée de quais sur un seul de ses côtés, ne pouvait suffire à. la circulation des bateaux. En vain avait-on prodigué les fanaux électriques pour permettre la traversée nocturne de Douai, il fallait, dans les circonstances les plus favorables, deux jours et demi pour faire neuf kilomètres entre la Sensée et le bassin de Pont-de-la-Deule ». (Arduuin-Dumazet.) Avant la guerre, une demi-journée était devenue suffisante grâce au canal, et 3. 000. 000 de tonnes de marchandises étaient transportées annuellement de la sorte.
Cette prospérité a disparu. Les chevalets des mines, ici comme ailleurs, ont été basculés par les explosions combmées par les Allemands au moment de leur départ, les écluses détruites avec les ponts, les forges transformées en dépôts de mitraille inutilisable, l'usine à gaz a sauté. Précédemment ils avaient vidé les ateliers des machines et des stocks.
Dans la ville, rue de Bellaing et rue Saint-Jacques notamment, que de maisons écroulées, près de cinq