‹ Le nord-ouest canadien: son évolution primitive et ses archives législatives: procès verbaux des Conseils de la Colonie de la Rivière Rouge et du Département du nord de la Terre de RupertChapitre 134 sur 177 · ETABLISSEMENT DE LA RIVIÈRE ROUGE · texte numérisé non relu

ETABLISSEMENT DE LA RIVIÈRE ROUGE

23 avril 1869.

Copie.

Au gouverneur et au conseil d'Assiniboine.

Messieurs, —Nous, les soussignés, demandons qu’il nous soit accordé un bac à l'endroit de la rivière occupé présentement par Magnus Briston, pour les raisons indiquées ci-après.

1. Parce que vos pétitionnaires ont besoin d’une traverse à cet endroit de même que plusieurs autres, soit pour les fins du trafic ou pour atteindre les plaines et se rendre aux États-Unis et revenir de ces endroits.

2. La traverse la plus rapprochée de chez Magnus Briston est à une distance de 20 milles à peu près et cet état de choses donne lieu à de grands embarras.

8. Les deux côtés de la rivière sont largement peuplés et la présence d’un bac à l'endroit mentionné par vos pétitionnaires rendra les communications plus faciles pour la population de White Horse Plain sur les deux côtés de ia rivière.

4. Que la population de White Horse Plain retirera de grands avantages de lPétablissement de ce bac et vos pétitionnaires désirent de plus que ledit bac soit installé chez Magnus Briston et confié à celui-ci, parce que c’est l'endroit le plus central pour tous ceux qui ont besoin de traverser la rivière. Et nous croyons de plus que Magnus Briston remplira fidèlement la charge de passeur à la satisfaction de toutes les parties.

(Signé) ANTOINE DESERLAIS, &e., &e.

49 signatures.

Après la lecture de cette pétition, il est proposé par l’évêque Taché, appuyé par le docteur Cowan et adopté à l'unanimité:

Qu'un bac publie soit établi à lendroit indiqué dans la pétition et que Magnus

Briston soit nommé pour en prendre charge, mais que le tarif ou taux requis pour .

traverser n'excède pas les chiffres suivants, savoir: Pour charrettes ou charriots légers avec l'animal attelé, 3d. chacun. Pour attelages doubles, 5d. chacun.

Pour chevaux légers ou autres bestiaux, 1d. par tête. Poür piétons, 4d. chacun.

Pétition de Bryan Devlin.

Il est présenté une pétition de la part de Bryan Devlin demandant une compensation par suite de la perte d’une meule de foin évaluée à 5 louis, qui a été incendiée dans des circonstances en partie indiquées par la pétition. Le conseil, après s'être rendu compte qu’il s'agissait d’un cas particulier accorde unanimement à ce dernier la somme de 5 louis pour satisfaire à sa réclamation.

Pétition pour “ Saloon License ”.

- La pétition suivante pour obtenir une licence est ensuite présentée au conseil.

Ville de Winnipeg, Etablissement de la rivière Rouge, 4 avril 1869.

“ Messieurs, —

Nous, soussignés, demandons et sollicitons qw’il soit accordé une licence à Alexander Harkness pour les raisons suivantes :—

Ledit Alexander Harkness est frappé d'incapacité et est dans l'impossibilité de faire aucun travail manuel. Il est chargé du soin de son vieux père, et comme il désire subvenir à ses propres besoins il se permet de présenter humblement ce mémoire ou pétition à l’approbation des honorables membres du conseil, en vue d’obtenir de ces derniers une licence à l'essai pour une période de 6 mois, après quoi #’il est constaté qu’il s’est conformé à la loi en tous points et a tenu une maison respectable, il lui sera accordé une extension de temps comme aubergiste.

Ledit Alex. Harkness déclare qu’il possède légalement une propriété à Saint- Boniface (district d’Assiniboine), sur laquelle propriété, il a l'intention d’ériger, si sa demande est agréée, une maison convenable pour accommoder les voyageurs, etc., et il s'engage en outre à s’acquitter fidèlement de ses devoirs d’aubergiste.

En considération de ces conditions et de ces promesses nous, soussignés, avons signé la présente et demandons aux honorables membres du conseil d'accorder à Alex. Harkness une licence aux conditions ei-dessus indiquées ”.

(Signé) ANDREW HARKNESS, . 9 autres.

“ Tous ces noms sont ceux des plus proches voisins dudit Alex. Harkness ”. ” Le conseil considérant que la demande contenue dans cette pétition a trait à un sujet qui relève de la juridiction des petites cours, ne voit aucune raison de s’immiscer dans cette affaire.

Plainte de Mme La Malice (Boucher).

M. Goulet expose que Mme La Malice se plaint depuis longtemps d’avoir été privée d’une grande partie de sa terre par suite de la pénétration graduelle du chemin publie et du bac publie atterrissant à Fort Garry, qu’elle n’a jamais reçu aucune compensation pour la perte qu’elle a subie et qu’elle lui a demandé de soumettre ce sujet au conseil.

Après avoir examiné ce cas, le conseil constatant qu’il y avait réellement des motifs de plainte, mais ne possédant pas les renseignements complets et nécessaires pour prendre une détermination finale à cet égard, décide,

Que MM. Goulet, Dease, Amlin et le docteur Cowan, constituent un comité chargé d'examiner la plainte de Mme Boucher et de régler ce cas conformément à ce

, qui leur paraîtra juste et raisonnable.

Le conseil s’ajourne.

J. BLACK

Gouverneur intérimaire.

Procès-verbaux d'une séance du conseil d’Assiniboine tenue le 19 octobre 1869,

PRÉSENTS: John Black, Æsq., président, l’évêque de la terre de Rupert, le Dr Cowan, Robert McBeath, John Sutherland, William Fraser, William Dease, A. G. B. Bannantyne, Esquires.

M. Black informe le conseil que par suite de la maladie du gouverneur Mactavish qu’il avait apprise avec regret et que le conseil, il en était certain, apprendrait aussi avec peine, il était de son devoir de présider en cette occasion. Après quoi les procèsverbaux de la dernière séance ayant été lus et approuvés, le docteur Cowan, président du comité chargé de #enquérir de la plainte de Mme Boucher dit Lamalice, informe le conseil que, après une enquête complète, le comité en était arrivé à la conclusion que la famille de Paul Boucher dit Lamalice avait de justes motifs de se plaindre et de réclamer une compensation, mais que le montant réclamé était trop élevé et que le comité avait réussi finalement à régler la question en consentant à payer la somme de 20 louis pour toutes les réclamations du passé et de plus comme compensation pour le droit de passage sur la terre jusqu’à la fermeture de la navigation.

La pétition de St-Norbert.

À l'égard de la pétition de St-Norbert présentée à la dernière séance du conseil, M. Dease informe ce dernier que par suite de l’absence de M. Amlin, rien n’a été fait à cet égard.

Le pont sur l’Assiniboine.

M. Bannatyne, président du comité nommé pour considérer la question d’un pont flottant sur l’Assiniboine, informe le conseil que les membres du comité, peu de temps après leur nomination, ont constaté qu’un pont de cette sorte pouvait être construit pour la somme à laquelle le conseil les avait restreints; que le comité avait pris aussitôt que possible les dispositions nécessaires pour faire exécuter Les travaux et que le pont avait été ouvert au trafic de bonne heure durant l’été et qu’il avait été terminé pour 25 louis de moins que la somme fixée de prime abord. M. Bannatyne ajoute de plus que le total des dépenses pour les travaux comprenait le prix payé pour un mor-

ceau de terre sur le côté est de l’Assiniboine, nécessaire pour servir de chemin à cette extrémité du pont.

Pétition à l'égard d’un bureau d'enregistrement.

Il est présenté une pétition de la part de certains marchands et autres, habitants du district, exposant que le manque d’un bureau d’enregistrement pour les documents écrits qui constituent des droits sur la propriété mobilière et immobilière telles que hypothèques sur l’une et l’autre de ces propriétés, procurations, baux, actes, testaments, conventions ainsi qu’un certain nombre d’autres documents qui constituent habituellement les archives publiques, est une lacune sérieuse en ce qui concerne les affaires de la population. Puis les pétitionnaires demandent au conseil d'établir l’office indiqué par leur pétition. Mais le conseil tout en reconnaissant l’importance de la demande des pétitionnaires, considère en même temps, que dans les circonstances actuelles il ne serait pas opportun d'adopter des mesures pratiques à cet égard.

Feu M. Smith.

Conformément à la demande exprimée verbalement par le conseil à sa dernière séance, M. Bannatyne soumet un état des sommes dues par feu M. Smith lors de son décès, lesquelles atteignent le chiffre de £63. 1. 2. Sur une motion de l’évêque de la terre de Rupert, appuyée par M. Fraser, il est arrêté à l'unanimité qu’en vue de payer ces dettes et de secourir la famille de M. Smith, il soit accordé une somme de 100 louis à cette fin et que M. Bannatyne et le Dr Cowan soient chargés de l'administration de cette somme avec le pouvoir d’en disposer comme ils le jugeront à propos pour se conformer au désir du conseil.

Salaire du directeur des postes.

Sur une motion du Dr Cowan, appuyée par l’évêque de la terre de Rupert, le congeil décide à l'unanimité que le salaire de M. Bannatyne comme directeur des postes soit porté à 50 louis pour l’année commençant le ler juin 1869.

Adresse au gouverneur MacDougal.

Le président soumet au conseil une communication adressée au gouverneur Mactavish par les membres du conseil d’Assiniboine lui demandant de convoquer une séance du conseil en vue de rédiger une adresse de bienvenue pour l’honorable W. Mac- Dougal, le gouverneur nouvellement nommé pour les territoires du Nord-Ouest, et de prendre les mesures nécessaires pour la lui présenter à son arrivée ici Le conseil reconnaît qu’il est opportun et désirable de donner suite à ce sujet et l’évêque de la terre de Rupert soumet un brouillon d'adresse qu’il a préparé pour exprimer les sentiments de loyauté du conseil en cette occurence. Après avoir considéré chaque partie de ce brouillon et s’être rendu compte que le document tel qu’il était, renfermait l’expression juste et exacte de ses sentiments, le conseil ladopte in toto comme la forme

d'adresse qui doit être présentée au gouverneur MacDougall. Ci-suit une copie du brouillon adopté par le conseil.

Plaise à Votre Excellence,

Nous, les membres du conseil d’Assiniboine, nommés par le gouverneur et le comité de l'honorable compagnie de la baie d'Hudson, désirons souhaiter la bienvenue à Votre Excellence lors de votre arrivée dans cette région pour y remplir la charge de gouverneur en vertu de nouveaux arrangements qu’il a plu à Sa Très Gracieuse Majesté d'approuver. Permettez-nous d’exprimer l'espoir que vous jouirez de votre séjour parmi nous et la conviction que votre expérience d’homine d'Etat sera très profitable à cette région dans les circonstances actuelles.

Votre Excellence peut compter qu’elle recevra de chacun de nous comme citoyens particuliers, tout l’appui possible dans l'administration des affaires de cette partie du pays et comme dans le passé nous avons été responsables sous la direction du gouverneur nommé par l'honorable compagnie, de l’administration des affaires, nous sommes en état de donner à Votre Excellence l'assurance qu’elle trouvera dans les anciens colons de cette région, des fidèles sujets de Sa Majesté, soumis aux lois et disposés à appuyer Votre Excellence dans la juste application de celles-ci.

Nous avons raison de croire que dans la situation où se trouve cette région par suite des changements qui se sont opérés rapidement depuis les quelques dernières années, il est préférable que l’administration de celle-ci soit transférée de la puissante corporation commerciale qui en a été chargée jusqu’à présent en d’autres mains. Cependant il doit être admis qu’en somme l’administration de l’honorable compagnie a été conforme aux besoins de l’époque et nous ne pouvons oublier les nombreux actes de bonté dont elle a su faire preuve de temps à autre à l’égard de l'établissement. Au cours de l’année dernière même elle s’est non seulement contentée de voter une somme considérable d'argent mais elle a fait distribuer une grande quantité de grain pour remédier aux effets de la grande calamité de 1868.

Votre Excellence ne doit pas s’attendre à trouver la population unanime quant à la manière de voir à l'égard du grand changement qui s’est opéré et elle ne devra pas être surprise de constater que quelques-uns entretiennent des craintes à l'égard de Vavenir. Mais comme nous voyons dans la nomination de Votre Excellence une preuve de l'intérêt que le gouvernement du Dominion veut manifester, nous avons l'entière confiance que non seulement les justes droits des anciens colons seront respectés mais que la transition s'effectuera pour eux aussi facilement que possible.

Nous nous sommes trouvés jusqu’à présent à une si grande distance de tout endroit habité que les dépenses nécessaires pour donner de lessor à cette région ont rendu toute tentative de ce genre impraticable. Nous croyons vraiment qu’à l’avenir, non seulement on ne sera pas surpris de constater que rien de semblable n’a été fait mais que l’on rendra justice à la sagesse, à la discrétion et à la conduite honorable de ceux qui ont administré les affaires de cette partie du pays, en constatant qu’un petit établissement sans défense ait pu se maintenir durant de nombreuses années parmi des tribus sauvages barbares sans avoir été ni troublé ni molesté par ceux-ei et qu’il s’est fait sans difficulté un commerce profitable d’un bout à Pautre du territoire.

Mais comme nous devenons de moins en moins isolés il sera bientôt possible d'ouvrir ce territoire aux émigrants et de développer ses ressources. Nous sommes convaincus que son union avec la confédération du Canada contribuera grandement à produire ce résultat. Il est difficile de dire quelles sont les ressources de cette région puisqu'il wa pas encore été fait de recherches importantes et de rapports à ce sujet, mais nous ne doutons pas qu’elles soient considérables et sufisantes pour maintenir une population importante. Par conséquent nous avons lieu d'espérer que Votre Excellence verra sous son administration se développer rapidement les ressources de ce territoire et nous espérons qu'avec la protection et l’aide de Dieu de sages mesures seront adoptées pour en assurer la paix, l’abondance et la prospérité.

De la part du conseil d’Assiniboine.

JOHN BLACK

Lettre au gouverneur Mactavishi

En vue du grand changement politique qu’il croit sur le point de s’accomplir et qui aura pour effet de mettre fin à ses relations avec le gouverneur Mactavish, le conseil considère que c’est le moment de consigner sur le registre l’expression de ses sentiments à l'égard de celui qui a durant si longtemps et si dignement présidé ses délibérations. Et l’évêque de la terre de Rupert soumet un brouillon de lettre pour le gouverneur Mactavish dont une copie est reproduite ici. Le conseil l’ayant approuvé ordonne qu’une lettre rédigée en ces termes soit adressée au gouverneur Mactavish par le président au nom du conseil et qw’elle lui soit délivrée en même temps que l’adresse précédente.

Cher gouverneur Mactavish.

Le conseil a appris avec un très profond regret que votre santé est devenue très précaire. Permettez-nous d'espérer que vous saurez vous accorder le repos nécessaire et que par suite votre rétablissement ne se fera pas attendre.

À la séance d'aujourd'hui il a été adopté une adresse pour le gouverneur qui doit arriver bientôt dans l'établissement. Vous trouverez ci-incluse cette adresse que le conseil dépose entre vos mains en vous priant d’avoir la bonté de faire part de son

” contenu à Son Excellence et de lui demander en même temps quand et comment elle pourra lui être présentée,

Le conseil ne peut communiquer cette adresse sans répéter de nouveau qu’il ne saurait oublier les nombreux actes de bonté que l'honorable compagnie a manifestés pour cette région et il vous prie en même temps de transmettre l'expression de ses sentiments au gouverneur et au comité.

À vous personnellement le conseil désire faire part de sa plus affectueuse considération. Chacun de nous a toujours considéré que vous étiez le plus propre à guider nos délibérations, que personne moins que vous n’a cherché à imposer ses opinions, et c’est avec la plus grande courtoisie que vous avez en tout temps écouté les avis de tous.

Le conseil n’ignore pas les services inestimables que vous avez rendus à l’honorable compagnie et avec quel dévouement vous vous êtes acquitté de votre charge, ce qui ne vous a pas empêché cependant d'écouter le plus pauvre des colons qui 8e trouvait dans l'embarras et de lui prodiguer vos avis.

Or le conseil sent le besoin de vous remercier pour l’infatigable courtoisie que vous avez su démontrer durant le temps que vous avez rempli la charge de président et en même temps de vous exprimer l’espoir que vous retrouverez bientôt la santé et que votre vie précieuse sera épargnée,

Signé au nom du conseil. -

JoHx BLacx.

Le conseil s’ajourne,

Procès-verbaux d’une séance du conseil d’Assiniboine tenue le 25 octobre 18692

Présents: John Black, Esquire, président, l’évêque de la terre de Rupert, ie Dr Cowan, le Dr Bird, MM. Dease, Sutherland, McBeath, Fraser, Mannantyne, Esquires.

M. Black déclare qu’il regrette d'informer le conseil que la santé du gouverneur Mactavish ne s’est pas améliorée et que pour cette raison il doit de nouveau présider les délibérations.

Les procès-verbaux de la dernière séance avant été lus et approuvés, M. Black fait remarquer que lors de la dernière réunion une adresse avait été préparée pour être.

1 Voir le n° 110 des documents relatifs au conseil d’'Assiniboine, bibliothèque provinciale, Winnipeg.

2Voir le n° 109 des documents relatifs au conseil d’Assiniboine, bibliothèque provinciale, Winnipeg.

présentée à l’honorable William MacDougail à son arrivée dans l'établissement et que celui-ci était attendu à une date très rapprochée; que le conseil était convaincu que les sentiments de bienvenue et de loyauté exprimés dans cette adresse reflétaient les dispositions de la population en général, du moins de la très grande majorité de celleci et qu’il n'y avait pas lieu de craindre aucune démonstration hostile, Mais il regrette beaucoup d’avouer que malheureusement jl n’en est pas ainsi et qu'une portion considérable de la population française semble animée d’un esprit bien différent. Il est devenu très évident qu’un certain nombre nourrissent des sentiments hostiles à l'égard du changement imminent de gouvernement dans cette région et que cette manière de voir a pris des proportions telles que d’après les renseignements reçus dernièrement et dont lexactitude ne saurait être mise en doute, ils ont organisé des bandes armées pour arrêter le gouverneur MacDougall entre cet endroit et Pembina avec l'intention ouvertement avouée d'empêcher son entrée dans l’établissement. Le conseil a été convoqué pour considérer la gravité de cette situation et décider s’il y ‘a lieu de prendre des mesures pour empêcher qu’un acte semblable ne s’accomplisse.

Le conseil désapprouve à l’unanimité les actes désordonnés dont le président vient de parler, Mais comme le conseil est fortement porté à croire que les parties concernées ne se rendent pas compte, soit par étourderie ou peut-être même par ignorance, du caractère profondément criminel de leurs actions et des conséquences sérieuses qu’elles peuvent avoir, il croit qu’au moyen d’une argumentation calme et de bons conseils, elles peuvent être induites à renoncer à leurs desseins dangereux avant de s'être compromises irrémédiablement, En vue de ce résultat, M. Riel et M. Bruce, connus comme les têtes dirigentes du parti opposé à M. MacDougall, avaient été invités d’assister à cette séance du conseil. Questionnés par le conseil à l'égard des motifs et des intentions du parti qu’ils représentaient, M. Riel fut le seul à répondre. Il dit en substance, au cours d’une discussion longue et quelque peu irrégulière, que son parti était parfaitement satisfait du gouvernement actuel et qu’il n’en voulait pas d’autre, qu’il s’opposait à toute forme de gouvernement originant du Canada sans avoir été consulté à cet égard; qu’il n’admettrait jamais aucun gouverneur qui ne serait pas nommé par la compagnie de la baie d'Hudson, à moins que des délégués ne soient au préalable envoyés avec lesquels il pourrait négocier quant aux termes et aux conditions en vertu desquels ce dernier serait reconnu; que ceux qu’il représentait étaient sans éducation et à demi civilisés et qu’il se rendait compte que si une émigration considérable avait lieu ils seraient probablement chassés d’une région qu’ils réclamaient leur appartenir; qu'ils se reconnaissaient pauvres et sans importance et que c'était précisément parce qu’ils se rendaient compte de cela qu’ils n'avaient pu supporter d’être traités comme des gens d’une condition encore inférieure à la leur; que leur existence ou du moins leurs désirs avaient été complètement ignorés; que si M. MacDougall réussissait à pénétrer ici, la population de langue anglaise lui permettrait probablement d’être établi en fonctions comme gouverneur et qu’il deviendrait alors notre “ maître ou roi comme il le dit ” et que pour cette raison ils avaient l'intention de le renvoyer; qu’ils considéraient qu’en agissant de la sorte ils travaillaient non seulement pour leur propre bien mais pour le bien de l'établissement et que de plus ils avaient la conviction non pas de transgresser aueune loi, mais de défendre simplement leur propre liberté; qu’ils ne s’attendaient pas à de l’opposition de la part de leurs concitoyens de langue anglaise et qu’ils désiraient seulement que ces derniers se joignent à eux pour les aider à protéger leurs droits communs; qu’ils pourraient peut-être rencontrer de l’opposition de la part de quelque parti canadien dans le pays, mais que leurs dispositions étaient prises en conséquence; et qu’ils étaient déterminés à tout hasard d'empêcher M. MacDougall d'entrer dans l'établissement.

Le conseil s'efforce de convaincre M. Riel de l’erreur commise par lui-même et par le parti qu’il représente, de lui démontrer le caractère criminel de ses actes ainsi que les conséquences désastreuses qui en résulteront non seulement pour lui et son parti, mais pour l’établissement en général, s’il persiste à suivre une telle ligne de conduite. I1 lui est fortement conseillé d’exercer son influence pour dissuader son parti de molester

M. MacDougall en aucune facon et pour induire ses partisans à s’en retourner paisiblement chez eux. Il lui a été représenté en même temps que tôt ou tard le châtiment serait terrible pour chacun d'eux s'ils persistaient à mettre leurs desseins à exécution.

M. Riel refuse néanmoins d’adopter les vues du conseil et persiste dan£ sa détermination de s'opposer à l’entrée de M. MacDougall dans l'établissement. Il refuse même d’insister auprès de son parti pour lui faire accepter le raisonnement et les avis du conseil bien qu’il finisse par promettre à eontre-cœur de lui transmettre les paroles qu’il vient justement d'entendre et d’en communiquer le résultat au gouverneur Mactavish le jeudi suivant à onze heures.

M. Riel et M. Bruce s'étant retirés, le conseil délibère à l’égard de ce qui vient de se passer et considère l'opportunité d'organiser un parti armé pour rencontrer et protéger M. MacDougall. Mais il est tenu compte qu’un tel parti se composerait prineipalement de la partie de la population parlant l’anglais, qu’il aurait évidemment pour résultat de faire rencontrer les armes à la main des éléments de la population qui jusqu’à présent ont vécu dans l'harmonie bien qu’appartenant à une race et à une religion différentes et bien que la langue et les habitudes ne soient pas les mêmes. Il y a donc lieu de croire que les hostilités dans de telles circonstances ne se confineraient pas aux partis en présence, mais que les sauvages des environs y seraient entraînés et que la lutte serait longue et sanguinaire, Par conséquent, le conseil reconnaît que sans une force militaire régulière à laquelle il pourrait s'adresser, il ne serait guère justifiable, dans quelques circonstances que ce soit, de faire une tentative qui pourrait avoir les résultats les plus déplorables.

Finalement le conseil ayant appris qu’un certain nombre de Français parmi les plus intelligents et les plus instruits n’avaient pas pris part aux démarches hostiles contre M. MacDougall, la résolution suivante proposée par M. Bannatyne et appuyée par M. MacBeath, est adoptée, savoir:

Que MM. Dease et Goulet soient chargés de rassembler immédiatement autant de Français que possible parmi les plus respectables de l’établissement, de se rendre avec eux au camp du parti qui avait l'intention d'arrêter le gouverneur MacDougall, de s’efforcer de disperser paisiblement ceux qui s’y trouveraient et que M. Dease communique au gouverneur Mactavish le jeudi suivant ou plus tôt le résultat de leur tentative.

Le conseil s’ajourne.

Procès-verbaux d’une séance du conseil d’Assiniboine tenue le 30 octobre 1869.!

PRÉSENTS

John Black, gouverneur intérimaire, président.

L'évêque de la terre de Rupert, conseiller.

Le Dr Cowan, us .

A. G. B. Bannatyne, Esq4 Le Dr Bird,

John Sutherland, Esq., Wim. Fraser, Esq.

Le président parle de la décision adoptée à la dernière séance du conseil et dit que la démarche de M. Dease chargé de se rendre avec un certain nombre de ses concitoyens à la localité où se trouvaient rassemblés ceux qui avaient menacé d'empêcher l'honorable M. MacDougall d'entrer dans l'établissement, avait complètement échoué. Non seulement cette démarche et tous les autres efforts n'avaient pas réussi à faire disperser paisiblement les mécontents, mais ceux-ci ont semblé plus enclins que jamais à mettre leur projet à exécution. Dans une telle situation et considérant de plus que M. MacDougall est probablement arrivé à Pembina, le gouverneur croit qu’il

1Ce document ne se trouve pas dans le registre des procès-verbaux. La Copie qui suit est extraite des documents relatifs aux sessions n° 12, p. 137, 33 Victoria.

y a lieu de se mettre immédiatement en communication avec ce dernier à ce sujet et afin de ne pas perdre de temps, si toutefois le conseil approuve cette manière de voir, le président soumet à sa considération le brouillon d’une lettre écrite par le gouverneur Mactavish au nom du conseil.

Après avoir examiné sérieusement et attentivement l'état de choses actuel le conseil décide par une motion de l’évêque de Rupert, appuyée par M. Sutherland:

Qu'une lettre soit immédiatement transmise au gouverneur MacDougall, conformément au brouillon qui a été adopté.

(b) Lettre du juge Black à Thomas Bunn, 4 novembre 1869.

St-Paul, Jeudi, 4 novembre 1869.

Cher monsieur,

J’ai reçu hier au fort d’en haut votre lettre avec le brouillon des procès-verbaux et des avis de la cour et j’ai trouvé le tout très bien. Je conserverai ce brouillon jusqu’à notre rencontre qui, pour diverses raisons, devrait avoir lieu bientôt, demain ou samedi même, sil vous est possible de venir un de ces jours. Je crois que le publie ne comprend pas bien l’état actuel de la loi relative aux licences et je crois qu’un avis public devrait être publié bientôt “ de fait aussitôt que possible”? dimanche prochain même, mais je ne puis rien décider quant à ce qui doit être fait avant d’avoir vu le registre ou une copie de la dernière loi relative aux licences,

Je suis heureux de dire que le gouverneur Mactavish qui garde la chambre était. un peu mieux qu’'hier (quand je l’ai quitté aujourd’hui à onze heures environ). Un parti de 120 Français environ montait encore paisiblement la garde autour de ce qu’ils appellent le fort sans porter atteinte ni à la propriété ni aux personnes, mais quant au moment où ils jugeront à propos de se disperser, c’est une question, je crois, qui dépendra des nouvelles qu’ils recevront de Pembina. Je suis heureux que la situation ne soit pas plus grave encore et que nous n’ayons à regretter jusqu'à présent aucune atteinte à la vie ou à la propriété.

Votre tout dévoué,

J. BLACK

Thomas Bunn, Esq.

(c) Avis transmis par Donald A. Smith aux conseillers d’Assipiboine, 4 septembre 1870:

Les messieurs qui font partie du conseil d’Assiniboine sont requis de se réunir à la Hudson’s Bay House, Fort-Garry, le 6 courant à onze heures dans la matinée.

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