PREFACE DU NOUVEAU DON JUAN XXXIX
le mariage, aussi indépendante en amour que Test rhomme, que je regarde d'ores et déjà comme négligeable l'étude autrefois si compliquée de V adultère, La civilisation a tellement multiplié et rendu banales les causes de ce crime purement conventionnel, quil est oiseux de s'y arrêter.
Pourquoi les femmes trompent-elles leurs maris ou leurs amants? Énigme! dirent un jour les psychologues. Cruelle! par-dessus le marché, ajouta un des plus retors. Il serait franchement tout aussi naïf de demander les motifs des variations de la température.
La trahison en amour est un fait humain très ordinaire, rien de plus. Ainsi doivent le considérer les philosophes, et, la chose une fois constatée, passer à des sujets plus attachants. En tout cas, qu'importe à Don Juan cet accident quil ignore ? Justement, au point de vue psychologique. Don Juan est-il jamais trompé? Ce sont au contraire les autres hommes que les femmes trompent pour lui, à moins d'admettre — ce qui semble encore plus raisonnable — que lorsqu'une femme se donne successivement à deux ou plusieurs hommes, tous ont un droit égal aux honneurs de la corne. A quoi bon disputer si c'est le premier qui est seul trompé, et non le second ou dernier? Quand il y a chez une femme succession d'amants sans simultanéité, chaque rupture effaçant les traces de l'amour précédent, personne
n'est trahi. Dans la simultanéité, mon Dieu, la trahison existe-t-elle davantage? Si de deux amants quelle a en même temps une femme se donne à Vun pour de l'argent, à Vautre par amour, le premier possède une chose qu il achète, le second jouit d'un bien qu'on lui octroyé. Qu'ontils, chacun, à vouloir de plus? Leurs réclamations sur l'indivision n'est qu'un préjugé qui ne vaut pas la peine qu'on le discute. En tout cas, si vous jugez qu'une femme vous trompe quand elle partage — même par nécessité absolue — ses fa- 'veurs : « lâchez-la, vous dira Don Juan, et passez à une autre. Surtout, loin de la tuer, comme le conseillait ce pauvre homme d'esprit pratique que fut l'auteur de la Femme de Claude, laissez-la vivre face à face avec la triste qualité de son caractère ou de son tempérament. Il n'est pas de pire manière de la punir. »
L'étude de la vie intellectuelle étant d'un intérêt égal, sinon supérieur, à celle de la vie passionnelle, j'ai beaucoup insisté, dans le nouveau