PREFACE DU NOUVEAU DON JUAN LXI
Évidemment, on doit d'abord naître écrivain.
Écrire, selon le sens artistique du mot, ne s'apprend pas. Il faut en avoir le don. Mais ce don suffit-il pour produire des œuvres, ou, du moins, se dévehppe-t-il seul par l'effet de lapoassée naturelle de sa propre sève? Non. Le don se développe par la culture; et au premier rang des moyens de culture se place l'érudition. A de rares exceptions près, on ne peut être bon écrivain et surtout avoir du style, qu'on n'ait fait de fortes études classiques. Cela ne signifie pas qu'on doive, avant d'embrasser la carrière d'écrivain, chercher à se faire recevoir docteur ès-lettres. Je connais de ces docteurs dont la science est médiocre et que traduire certains vers de Lucrèce ou même de Virgile, embarrasserait. La véritable érudition en Lettres s'acquiert par un travail intime et tout personnel, qui se paisse du témoignage du titre. Il suffît que l'étude excite l'esprit de comparaison et de discussion pour donner à l'inspiration plus d'abondance et plus de force.
Un tel avis exprimé dans la préface du Nouveau Don Jndjï paraîtra sans doute un plaidoyer pro domo car — je n'ai pas à m'en défendre — je me suis permis dans ce livre un certain étalage d'érudition. Quand un auteur montre qu'il sait quelque chose, le critique, érudit lui-même, s'en trouve agacé. Je demande, d'avance, bien pardon aux critiques s'il m'arrive de leur causer cette