PRÉFACE
« La langue est le thermomètre de Tétat des esprits chez une nation. Si je revenais dans un siècle, pour savoir où ils en sont, je demanderais le dernier ouvrage de littérature imprimé. »
Diderot.
Un livre de pure imagination, un roman vraiment rom^anesque tel que le nouveau Don Juan ne devrait pas avoir besoin de préface. N'est-ce pas d'ailleurs aux critiques, aux professionnels du jugement littéraire quil appartient seulement d'analyser, de commenter, d'expliquer un livre et d'en faire ou le procès ou l'apologie? Mais, si
XXVIII PRÉFACB DU NOCVEAU DON JUAN
avisés, si pénétrants, si savants que soient les critiques, il est dans le fond de toute œuvre certaines pensées, certains détails quils ne sauraient interpréter, dans le sens quy a mis l'auteur, aussi fidèlement que Vauteur lui-même qui sait évidemment mieux que personne ce qu'il a voulu écrire, même quand il l'a mal écrit. N'y aurait-il, ici, qu'une chose à préétablir : c'est que mon Don Juan diffère entièrement de celui de la légende, qu'une préface serait indispensable. Le titre de l'ouvrage et les sous-titres de ses divisions n appellent-ils pa^s également quelques observations préalables? Tant de faux jugements s'émettent sur un livre rien que d'après son titre ! Cette préface au surplus n'est pas exclusivement une analyse du sujet de l'œuvre, encore moins son plaidoyer préventif; elle n'est qu'un simple guide et ne discute d'avance, vis-à-vis de l'opinion, que les points spéciaux sur lesquels des erreurs d'interprétation restent possibles.
On a déjà vu définie dans /Introduction liminaire la matière philosophique du Nouveau Don Juan : — représentation des principaux effets de l'esprit d'individualisme au moyen d'un défilé de tableaux de la vie contemporaine, observée dans son milieu social le plus haut et son mouvement le plus intense. — Au point de vue de la forme, le nouveau Don Juan est bien un roman, mais un roman écrit dans le cadre spécial de la monogra-