‹ Le nouveau Don Juan (volume 2)Chapitre 6 sur 37 · PRÉFACE DU NOUVEAU DON JUAN XXXI · texte numérisé non relu

PRÉFACE DU NOUVEAU DON JUAN XXXI

Dans les Ruines de l'Amour, Don Juan, ambitieux déçu, devenu misanthrope, recherche une solution de la vie, différente de celle désirée dans le Roman de l'Ambition. Avant de commencer la lecture de ce troisième volume, il est bon de se reporter au Prologue qui figure dans le premier. Ici c'est la vie intime, la vie du cœur au sein de l'amour parfait, guise trouve peinte dans son bonheur et son calme d'abord, puis dans les orages et les embûches que lui suscite le Destin, comme pour punir Vhomme de s'être trop absolument dérobé aux devoirs de la suprême loi de solidarité qui régit le monde.

Le roman a pour cadre la beauté solitaire d'un des plus célèbres paysages de l'Atlantique, que j'ai décrit en en travestissant le nom, afin de le rendre encore plus poétique et d'en justifier certaines déformations, imaginées selon le procédé qu'employèrent en peinture Nicolas Poussin et Claude Gellée, pour nous représenter le Latium, l'Orient biblique et l'ancienne Afrique.

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C'est seulement dans l'Art des Passions * que sera étudié^ en tant que caractère abstrait, le Don Juan (( aimeur », virtuose de l'art de séduire, c'est-à-dire de Vart de se faire aimer plutôt que de celui d'aimer. En attendant, il faut montrer quelle signification inédite le vocable de Nouveau Don Juan attribue au rôle tenu par le principal personnage de ce livre.

En dépit du dernier portrait génial qu'en fît Byron, il y a encore de bons messieurs Prud'homme à l'esprit desquels le nom de Don Juan n'offre d'autre image que celle d'un bellâtre coureur d'alcôves, fat, indiscret, peu scrupuleux, d'une intelligence de retire et d'aspirations bornées à de grossières débauches, ou bien d'un de ces aventuriers élégants que l'on regarde avec un envieux mépris comme des malfaiteurs de la

* Ouvrage annoncé plus haut, au Tableau synoptique de VHeptalogie.

PREFACE DU NOUVEAU DON JUAN XXXIll

bonne société. Rien n est plus inexact déjà quant au personnage de la légende, digne de prendre rang parmi les mythes romantiques les plus célèbres : Hamlet, Lara, Faust, Roméo, etc. Le vrai Don Juan n'est nullement un pourchasseur de femmes plus ou moins faciles, un ivrogne du vin d'amour, comme Va prétendu le plus vain de nos faux artistes, Dumas fils; c'est un insatiable chercheur d'idéal. Pour agrandir et moderniser l'entité qu'il représente, j'en ai fait un voluptueux doublé d'un orgueilleux. En plus de sa beauté physique supérieure et de ses passions plutôt nobles, je lui ai attribué une imagination puissante et des sens raffinés. A sa haute intelligence, à ses larges facultés d'assimilation, il joint une inquiétude d'âme que rien n'apaise, une sensibilité débordante, une curiosité d'esprit extraordinairement chercheuse, enfin des goûts artistiques d'où à chaque instant il se plaît à dégager des images d'infini. Tel est moralement le personnage. Il eût été plus logique de l'appeler le Nouveau Faust, car il a quelque parenté avec ce grand individu de Gœthe; mais, au titre du poème germanique j'ai préféré celui de Don Juan^ qui est plus latin et plus près de notre race.

Une des bases de cette conception est dans le principe, posé par maint moraliste, que l'orgueil est une passion nécessaire à la vie. Tout le côté moral de la lutte pour l'existence se résume en ce

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