XXXIV PRÉFACE DU NOUVEAU DON JUAN
fait que nous cherchons à nous dominer les uns les autres. Le rang de V individu sur la vaste échelle des espèces se mesure à la part dHnfluence qu'il exerce sur ses voisins. Établir s vu* autrui la prépondérance de son « moi » par l'hérédité, par Vidée ou par V œuvre, est la tendance générale de l'esprit humain. C'est pour quoi j'ai voulu que l'orgueil, pratiquement manifesté en certaines ambitions, dominât, encore plus que V amour, toute lu vie de Don Juan.
Dans l'ordre des sentiments, mon personnage, bien que type parfait de l'amant, est beaucoup plus l'homme aimé que l'amoureux.
Enfin sous le rapport des contingences purement humaines. Don Juan — dont on peut dire quily a un peu de lui dans chacun de nous — est avec ses passions, ses qualités, ses erreurs, son mélange de rationalisme et de mysticisme, ses désirs de ma- Hère et ses aspirations vers l'idéal, la plus fidèle image de l'homme actuel, comme lui troublé, fiévreux et complexe. Vouloir des émotions pour secouer le blasement que donne le savoir philosophique, les rechercher dans l'imprévu, déployer pour atteindre tel ou tel but des forces exorbitantes, se battre éternellement pour la conquête de chimères attirantes et trompeuses, qui tour à tour se rapprochent et s'enfuient, tel est en résumé le concept du Nouveau Don Juan.
Le livre aurait cependant volé son titre si une