‹ Le nouveau Don JuanChapitre 5 sur 10 · LA FIN DE L'AMBITION · texte numérisé non relu

LA FIN DE L'AMBITION

Comme tous ceux qui ont vécu de longues années dans l'atmosphère en perpétuelle ébullition des capitales, Le Gow, en venant habiter Burdigala, s'étonna agréablement d'y jouir d'un grand calme. Rassasié des plaisirs de son âge, arrivé au bout de presque tous les désirs d'ordre secondaire, il se prit à réfléchir d'une façon neuve. De loin, par une analyse rétrospective plus justement faite que sur place, il s'avoua les terribles effets de la centralisation parisienne, qui dévore en pure perte une multitude d'énergies ; et dans sa joie de s'être soustrait à ce mino taure des modernes, il éprouva

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une sympathie immédiate pour la vie de province telle qu'on la mène au sein d'une belle et élégante ville comme Burdigala. Bientôt il se rendit compte que si certains préjugés y sont plus enracinés qu'ailleurs, et la séparation des classes plus tranchée, l'humanité y revêt des formes meilleures, des aspects plus consolants, qu'il y a plus de simplicité, de cordialité, de sincérité surtout dans les rapports individuels. Certainement il remarqua dans les esprits un peu de cette routine inhérente à des habitudes locales que l'on décore partout du nom de traditions. Dans les cercles, où l'on va beaucoup à Burdigala, car ils ont comme en, Angleterre un admirable caractère d'intimité, un réconfortant aspect de « home », il vit bien quelques jeunes gens naïvement férus de cant et de smart : ce qui lui fit leur dire un jour que « si le snobisme, après être né à Londres, a élu domicile à Paris, il s'est fait une petite maison de campagne à Burdigala. » Mais, observé à travers une vie décente, généralement vouée au travail et d'une opulence partant légitime, l'ordre social auquel à Paris il trouvait tant à redire lui parut infiniment meilleur, et moins brutal aussi le nivellement des personnes, que l'aveugle démocratie des grands centres poursuit avec trop d'âprelé. Et puis avec cette faculté — ou heureuse ou funeste, suivant les cas, mais sûrement digne

d'être glorifiée chez ceux qui l'ont — de toujours voir la beauté des choses avant leur envers, il se passionna pour le génie du commerce, qui, à Burdigala en particulier, a dans sa prospérité quelque chose d'artiste. Le majestueux mouvement du port lui découvrit des côtés qu'il ignorait de la vie universelle. Aussitôt, avec son ordinaire souplesse d'assimilation, il s'initia au gigantesque mécanisme de l'industrie des transports, le plus considérable des phénomènes économiques de la nutrition des peuples. Assister au déchargement d'un simple voiUer lui donna l'idée des splendeurs de l'empire colonial; et captivé par la marche des navires auxquels son imagination attachait le souvenir des innombrables poésies diverses de toutes les contrées que visite le soleil, il oublia profondément la stérile agitation parisienne, à étudier le problème de l'entretien des masses incessamment résolu par l'harmonieuse entente des efforts individuels. Malheureusement, son admiration pour l'activité du commerce burdigahen lui fit de nouveau prendre en pitié la stagnation du militarisme pacifique. Au lieu de convenir que le commerce ne doit en principe son état florissant qu'à la sécurité que lui assure l'armée, il fit des comparaisons désavantageuses pour cette dernière et sentit s'éveiller en lui d'égoïstes préférences, non pour le métier même du com-

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merçant, assez dépourvu de vraie npblesse, mais pour sa large manière de vivre, son indépendance, et la facilité qu'il paraît avoir de satisfaire ses goûts sans compter.

Aces suggestions nouvelles vinrent se joindre, pareilles quant au résultat, les impressions qu'en explorant les alentours de la ville , Baratine recueillit des beautés pures, profondes, délicieusement reposantes de la campagne burdigalienne, dont il avait pu déjà se faire une idée d'après les peintures de Bandit, Auguin, Guignard et Lewis-Brown. Enclin à toutes les paresses de l'amour, il abusa des longues chevauchées à travers la lande solitaire, le long des jalles dormantes ou sous les pins bruissants. Il erra en tous sens, prêtant l'oreille aux rumeurs de la nature en travail, si parfaitement d'accord avec les voix qui s'élevaient du fond de son être, sondant les nues de vastes horizons changeants comme la vie même, et se persuadant qu'en un tel pays une source quelconque de bonheur ne (levait jamais tarir. Tandis qu'il laissait ses esprits se dissoudre parfois dans l'enivrante ambiance des bords de la Jurohne ou de l'océan : (( Qu'ai-je à faire désormais dans le monde .î^ se disait-il. Pourquoi m'y intéresserais-je encore? pour le servir ou pour le dominer? Mieux vaut s'isoler du troupeau des humains que de devenir son esclave ou son

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maître. » Ainsi perdait-il par l'effet de Tamour ses vues ambitieuses, et inclinait-il pour la seconde fois à la tentation d'abandonner sa carrière.

En même temps il écrivait beaucoup à Jania, et celle-ci le tenant au courant du refus opiniâtre opposé par Carminé à leur projet d'union en arrivait à dire qu'elle fuirait quelque jour le toit paternel. Dans ses lettres à la jeune fille, Le Gow avait d'abord exprimé le regret de se trouver trop fraîchement revenu de congé pour pouvoir en obtenir un nouveau qui lui permît de se rapprocher d'elle. Il ne savait encore que faire dans ce but ou, plutôt, il hésitait devant la solution radicale que commençait à lui souffler la déraison de l'amour : remettre sa démission à son général et, en en attendant l'acceptation par le ministre, se faire envoyer en congé indéfini. Mais, peu à peu, à force de s'irriter des obstacles qui le tenaient éloigné de Jania, et sous l'influence de son nouveau genre de vie, il se prit à considérer le parti de quitter l'état militaire et de se retirer en quelque coin perdu de la région burdigalienne on Carminé ne pourrait retrouver sa fille enfuie, comme l'unique moyen d'atteindre pleinement et le plus vite aux joies de l'amour partagé, les seules qui maintenant lui parussent valoir la peine d'un effort.

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Par un concours de circonstances spéciales les désirs de ToiBcier allaient être servis >à souhait. Auparavant, il est nécessaire de rappeler qu'avant l'heure où sa rencontre avec la fille de Carminé préparait chez Le Gow une orientation rétrograde de son existence, Don Juan avait déjà parcouru le cycle entier des passions et fait, dans son pèlerinage à travers l'Europe, sa dernière expérience des hommes. Ce ne pouvait donc être uniquement par amour pour une femme jugée un objet de bonheur impérissable qu'il voulait, nouveau Prométhée, rompre solennellement avec le monde et se retrancher, ainsi qu'il le disait lui-même, de l'humanité. Ses intentions d'isolement lui étaient, hélas I inspirées aussi par les déductions d'une misanthropie de faux aloi, celle qui tend à faire affranchir l'individu de tout devoir vis-à-vis de ses semblables.

Lorsque Jania eut écrit qu'à bout de lutte elle était résolue à se séparer de son père, la lecture de sa lettre fit tomber les derniers scrupules de son amoureux. Sans encore fixer la

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date de sa démission. Le Gow décida de briser, de son côté, tout ce qui pourrait gêner, après que la jeune fille l'aurait rejoint, Farrangement de leur vie à deux ; et d'ores et déjà il chercha en quelle suprême retraite d'un charme adéquat au rêve de sa passion, il pourrait dérober Jania aux poursuites de Carminé aussi bien que dépister lui-même la curiosité des Burdigaliens avec qui il était en relations. Mais parmi ceux-ci il y en avait au moins un à qui il ne pouvait rien cacher de ses dispositions. C'était Olympe Fano qu'exceptionnellement et par la force des circonstances il avait déjà pris pour confident et dont, d'autre part, la société avait jusqu'à un certain point remplacé pour lui celle de Barnave. Se rencontrant tous les jours au cercle, les deux hommes, malgré la grande différence de leurs âges, s'étaient liés intimement, grâce à la parfaite similitude de leurs goûts et à l'accord de leurs idées sur l'art, sur la musique, sur tout ce qui est susceptible de passionner de hauts esprits qui en se donnant la réplique devant un public de choix font rayonner autour d'eux la lumière de leur savoir. La conversation roulait parfois sur des sujets peu familiers au prince ou dont il ne possédait du moins que les éléments appris jadis à l'École de droit, tels que l'étabUssement du cours des valeurs, le crédit, le fret, les questions de

douanes, les problèmes complexes du change et les théories de la colonisation. Néanmoins les discours du banquier, véritables leçons d'un docteur ès-sciences économiques faites avec un rare bonheur d'expression et beaucoup de pittoresque, tenaient son interlocuteur sous le charme, principalement lorsque Fano expliquait les rouages de la spéculation. A travers une quantité de chiffres arides. Baratine retenait ceux qui exprimaient des gains de millions, il se grisait de leur énoncé; et lorsque, dans ses réflexions, la mémoire lui revenait des causeries financières tenues dans le club élégant, qui est pour les Burdigaliens la vraie coulisse de leur Bourse, il se sentait écrasé par le génie solide de ces grands brasseurs d'affaires, faisant couler le Pactole à travers leur belle cité. La carrière d'armateur en particulier avec ses audaces, ses soucis graves et ses coups de fortune imprévus, exerçait sur son imagination, neuve en cela comme celle d'un catéchumène du négoce, un attrait tout puissant.

Le jour oii l'officier, jugeant qu'il était temps de s'ouvrir de ses résolutions définitives à Olympe Fano, se rendit chez ce dernier pour, le cas échéant, lui demander un conseil ou quelque indication utile, le banquier très occupé le reçut dans son cabinet. Baratine avait déjà eu l'occasion de visiter les bureaux de la

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banque Fano, ce qui Tavait mis à même de comprendre et d'admirer la grandeur extérieure de l'état de financier moderne. En parcourant un immense hall vitré, empli de rangs de pupitres énormes qu'occupaient une armée d'employés à faces britanniques, uniformément vêtus de longues redingotes de clergyman, et qui ne parlaient pas, bougeaient peu, ne prêtaient pas la moindre attention à ce qui circulait à côté d'eux d'étranger à la banque, il lui avait semblé frôler les prêtres et jusqu'aux sacristains d'une église puissante, muets de l'orgueilleuse et invariable extase en laquelle les devait tenir le culte de leur Dieu. Mais il n'avait vu aucun des deux sanctuaires privés où les frères Fano recevaient, chacun à part, leurs clients intimes et leurs pairs. Aussi, ce fut avec un recueillement encore plus dévot que celui dont il avait été involontairement frappé, en franchissant pour la première fois le seuil du hall, qu'il pénétra dans cette secrète partie du temple où Olympe Fano avait imprimé le cachet de sa double personnalité d'homme de finance et d'artiste. A ce moment-là, le baron Olympe seul se pressait de signer les quotidiennes liasses d'effets à remettre pour l'escompte à la Banque de France. Sans interrompre son travail ni dire un mot, il indiqua un siège au visiteur, et Le Gow eut ainsi le loisir préli-

minaire d'analyser le cabinet de Fano, la pièce la plus intéressante de toute la maison, car il ne s'y traitait que les grandes affaires. Sur le damas rouge sombre des murs, ressortaient quelques-uns des plus fins tableautins de Meissonier et des vieux Hollandais. Puis, après un divan et des fauteuils trapus en cuir de Cordoue, un cartel Louis XVI, une console en bois doré de même style, et deux coffres sculptés qui ressemblaient à des tabernacles, le meuble le plus suggestif était le bureau Empire sur lequel écrivait le banquier. Ayant rapidement regardé l'ensemble, l'œil du prince se fixa sur ce bureau, ce maitre-autel des sacrifices au Veau d'or où s'érigeait, entre deux larges encriers, une gracieuse statuette du Mercure volant de Jean Bologne ; il en détailla les contours, s'attacha aux têtes de sphinx qui en ornaient les angles et aux griffes de lion qui le supportaient ; il scruta la disposition des longs tiroirs à secrets bourrés de valeurs de toute espèce et de lettres de change de tous pays, qu'un secrétaire classait chaque matin pour les signatures du soir, avant l'heure du courrier; et son examen remontant ensuite au financier lui-même, il se surprit à découvrir un Olympe Fano qu'il ne connaissait pas. De sa main carrée à l'écriture grasse, caractéristique de ces hommes de gros négoce dont on dit couram-

ment que leur signature est de Tor en barre, le banquier impassible, le buste raide, faisait crier sa plume, sans lever les yeux, sur le soyeux papier des traites. Pendant cette opération, une petite porte invisible, qui faisait communiquer par un étroit couloir le cabinet avec les bureaux, livra passage k l'un des fantômes silencieux du hall, délégué de la caisse, qui apportait deux enveloppes renfermant des billets de cent francs neufs, sans doute la provision d'argent de poche du patron. Avançant sa lèvre inférieure comme s'il eût fait la moue et écrasant son menton vigoureux contre son large sternum, son nez rond frétillant comme frappé d'un tic, mais les yeux immobiles, figés au sein de cette grimace de satisfaction des autres traits, Olympe Fano serra avec précaution la somme dans un petit portefeuille qu'il laissa tomber ensuite comme un pli postal dans la poche intérieure de sa redingote; puis, ayant donné une chiquenaude à l'extérieur de cette poche pour y sentir encore la présence des billets, il se leva et, sa figure s'éclairant d'un sourire, il marcha les mains tendues vers Le Gow qui avait suivi avec un intérêt palpitant la mimique de cette petite scène pourtant très ordinaire de la vie de la haute banque.

Déjà le baron Olympe était au courant des relations épistolaires qu'entretenait le prince

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avec la fille de Carminé. Tout de suite la conversation entra au vif de la question qui amenait Le Gow. Après avoir donné des nouvelles de Jania pour qui le banquier se sentait Taffection d'un père adoplif, Tofficier annonça qu'il était résolu à démissionner, puis à fuir le monde pour jamais, à se retirer en quelque Thébaïde où il pût identifier sa vie avec celle de la nature et tout sacrifier à son désir d'aimer Jania perpétuellement.

(( Je voudrais, dit-il, m'ensevelir dans les fleurs et la verdure, en face d'un beau paysage où Ton découvre un coin de mer. Les bords de la Juronne, où abondent les sites faits exprès pour la délectation des yeux et l'enchantement du cœur, me tentent particulièrement. Là je ne me lasserai jamais d'un repos que l'amour distraira. Je vivrai avec ma jeune femme comme Aristippe au logis de Laïs.

— Vous m'intéressez tous deux, plus que les amants de Vérone », commença par dire Fano, qui accueillit sans surprise la communication du projet de Le Gow, car il avait, dès le début, suivi jour par jour la succession d'impressions qui en préparaient la détermination dans l'esprit de son ami. (( Je voudrais être le père de Jania pour que vous n'ayez pas à m'enlever ma fille et pour qu'aussi il me fût permis de la doter, car que ferai-je de ma fortune si mon frère

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Cuthbert ne se marie pas?... Connaissez-vous le Roc Blanc? » demanda-t-il ensuite à TofiRcier qui fit un signe affirmatif. (( J'y ai une habitation de plaisance, un simple cottage entouré d'un jardin et d'un parc assez vaste. En raison de là couleur de ses murs et de son décor intérieur de style Louis XV, avec quelques détails Louis X VI , je l'appelle White House, ce que les habitants du. village voisin, qui ne sont pourtant pas Anglais, traduisent bien par le Pavillon Blanc. Vous pourrez, de votre côté, lui donner le nom de Ca^a Bianca, car je l'ofire à la fille de Carminé ainsi qu'à vous pour que vous y passiez votre lune de miel. J'espère que plus tard, lorsque Carminé aura fini par se soumettre à rinéluctable, il ne vous déplaira plus d'habiter de nouveau Burdigala où tout le monde vous aime. Acceptez sans hésitation.

— J'accepte, dit Le Gow, mais à la condition que la Maison Blanche reste efiectivement la vôtre, c'est-à-dire que vous veniez y passer près de nous toutes vos journées de vacances.

— Il ne convient pas qu'un vieillard aille ainsi importuner des jeunes gens, » s'empressa de répondre Fano. « Je n'en suis pas moins touché de votre intention aimable. Maintenant, poursuivit-il, vous n'aurez plus qu'à arranger le pavillon à votre goût, car il est resté tel que lorsque je cessai d'aller l'habiter au printemps,

il y a des années de cela, j'étais presque aussi jeune que vous... » et à ces derniers mots la voix du banquier se fit un peu tremblante comme s'il évoquait un souvenir heureux ou triste, Le Gow ne sut discerner lequel?

(( Mais» » observa-t-il après un moment de silence, « riche ou non, Carminé ne donnera rien à sa fille ; et pour réaliser le rêve si coûteux de ne connaître d'autre travail que celui d'aimer, estimez-vous suffisants les quarante mille firancs de rente que vous servent vos valeurs déposées chez moi.»^ Jania est habituée à un grand luxe intime ; même si elle ne devait jamais sortir de sa chambre, sa nature délicate s'accommoderait mal d'un arrangement de vie matérielle défectueux. Vous-même, votre revenu une fois divisé, ne vous trouverez-vous privé de rien ? Vous ne m'objecterez pas, ainsi que pourraient le faire certains poètes ignorants ou d'une tenue douteuse, que l'amour vous tiendra lieu de tout.^ Vous savez, aussi bien que moi, que le viatique de la passion est une atniosphère saturée de confort. Il faut à la vie de l'amour la suppression de tout souci d'argent. Avez-vous pensé à vous assurer que, où que vous soyez, rien ne vous manquera, du moins sans que vous ayez besoin d'emprunter au capital de votre fortune ?

— Oui, répondit Le Gow ; et cela me rappelle qu'après vous avoir maintes fois entendu

parler des bénéfices certains que doit procurer au commerce d'armement l'extension récente de nos colonies, en particulier l'achèvement de la conquête de l'Afrique occidentale, je m'étais promis de vous demander s'il n'y aurait pas, sans trop de risques, un sérieux avantage à déplacer la totalité de mon capital, pour le confier à l'une des meilleures maisons de votre place qui en augmenterait d'un bon tiers le rendement.

— Mon cher ami, dit le banquier, vous allez au-devant de la proposition qu'il me restait à vous faire, comme suite logique à l'incursion presque indiscrète que je me suis permise dans le domaine de votre budget. — Je suis un des plus anciens armateurs du Sénégal ; c'est là que j'ai gagné mon premier million. Depuis un an environ, de concert avec une maison de Hambourg qui possède un des plus vastes comptoirs du Cameroun, j'ai entrepris de monopoliser — ce que facilite maintenant la prise du Haut- Niger et du Dahomey — l'importation du caoutchouc brut, dont le trafic prend de jour en jour un développement auquel ne suffisent plus les anciens débouchés. J'ai, dans cette afiaire fort simple et des plus avantageuses comme tout ce qui est simple, une part à céder pour un demi-million. Je l'ai offerte à mon frère qui ne peut la prendre, parce que plus je vieilUs et plus il se charge lui seul des affaires

de notre banque ; il n'a plus le temps de s'occuper d'autre chose que de l'escompte et des comptes-courants. Eh bien, si vous voulez, je. vous cède cette part. Je réponds dans tous les cas, sur mes biens personnels, du placement de vos fonds dont vous aurez, dès le mois prochain, dix pour cent d'intérêt, en attendant que votre capital soit d'ici un an, doublé, triplé, quadruplé, que sais-je? il n'y a pas de limites aux gains d'un pareil coup, quand on y apporte un gros capital, un savoir-faire tel que le mien, et qu'on en partage d'ailleurs les chances avec un associé aussi solide que mon correspondant de Hambourg. »

Et après ce discours net, dont l'articulation éblouit l'auditeur et le fît palpiter autant d'émotion que de joie, Olympe Fano, pour achever de convaincre le néophyte que lui représentait Le Gow, se lança dans les considérations les plus hautes sur la colonisation de l'Afrique, cette seconde France qui, le jour où elle serait administrée par un proconsul de génie, deviendrait l'assise du monde futur et le foyer de l'humanité régénérée, retrouvant sur la fin des temps barbares le secret de vivre dans un éternel âge d'or.

« Vous serez, fit-il en terminant, un des promoteurs de cette œuvre pacifique, devant laquelle pâliront les conquêtes d'Alexandre et

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Tancien empire romain. En attendant, je vous apprendrai les affaires ; Vous serez d'abord mon associé. Quand je ne serai plus, vous me remplacerez, et peut-être deviendrez-vous, à votre tour, un des rois de For. Votre vive intelligence m'est garante de votre succès personnel. Pour le moment, un caprice que j'excuse ne vous fait voir tout le bonheur de la vie que dans la possession d'une femme, hors des luttes qui, si elles ôtent la quiétude du présent, vous procurent la grandeur de l'avenir. Je vous laisse aller faire une amoureuse retraite de quelques mois à la Maison Blanche. Pendant ce temps, vous n'aurez pas à prendre directement part à notre affaire, moi seul y veillerai. Mais, vous reviendrez de là-bas. Moi aussi, j'ai aimé et j'ai rêvé de vivre seul, tenez, au Sénégal même, quand j'y eus fondé mon premier comptoir.

Les déceptions sont venues avec l'âge. J'ai remplacé l'amour par le goût des tableaux ; ils ne trahissent pas, eux!

— Alors, » interrogea Le Gow, enthousiasmé de l'offre du banquier, mais n'en gardant pas moins son désir de vivre dans la solitude, « vous ne me blâmez pas de donner ma démission ? »

Et à cette question, Olympe Fano, qui se piquait, sans le dire, d'avoir, mieux que le général Faidherbe, conquis le Sénégal, eut un hochement de tête :

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« Où trouverais-) e, répondit-il, un seul argument de blâme? Le métier militaire? c'était bon sous Napoléon I". En ce temps, j'aurais été volontiers maréchal de France. Comme Soult, je me serais fait une collection d'objets d'art, sans bourse délier, et j'aurais enrichi le Louvre. Mais aujourd'hui, » acheva-t-il avec un grand haussement d'épaules, en appuyant sur sa poitrine la paume de ses mains large ouvertes, « quel est le général qui vaille un régent de la Banque de France ou un simple administrateur de compagnie de chemin de fer?

— C'est vrail ne put qu'opiner Le Gow, non sans une certaine tristesse, qui était comme le deuil de la vanité qu'il avait jusqu'alors tirée de son état.

— Puis, entendez-vous? continua Fano, il n'y a plus, dans le monde actuel, de conquête de pays vieux ou neuf à faire par les armes. Il ne peut plus y avoir de guerre, sauf celle insignifiante contre quelques peuplades de sauvages insoumis comme à Madagascar et au Soudan. A quoi sert donc d'être militaire?

— Et la revanche? objecta Le Gow. Et la question d'Alsace-Lorraine ? »

Un peu surpris par l'apostrophe, le banquier parut chercher un dérivatif. Il n'osait peut-être pas avouer, à ce sujet, toute sa pensée de reculade.

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(( La revanche?... » dit-il enfin, après avoir longtemps cherché sa réplique. « Eh bien, savezvous comment je la comprends, de quelle manière même je la prendrai?... avant vous, le militaire?... c'est en roulant dans Tafiaire du caoutchouc, mon associé de Hambourg, l'allemand du Cameroun I Voilà I » ajouta-t-il, en éclatant d'un gros rire, (( car l'argent, voyez-vous, ça a été le premier des sans-patrie ! »

Bien que ses idées anciennes fussent déjà fort altérées, Le Gow sentit sa fibre patriotique quelque peu froissée par ces dernières paroles. Mais il finit par se dire que le langage du capitaliste burdigalien n'était pas, au fond, si dépourvu de bon sens.

Quelle différence entre ces opinions du banquier et celles du socialiste Barnave, dont le cœur saignait toujours des blessures de la dernière défaite, et qui n'admettait de compromis avec, ses partners d'Outre-Rhin, que sur les bases rétroactivement assurées de l'intégrité des frontières naturelles, violée par l'injustice de la force I Mais Le Gow était ivre des espérances de fortune dont le haut commerce frappait son imagination. Qui, à sa place, ne l'eût été?

Comme il risquait encore pour la forme quelques observations sur le défaut de chauvinisme de l'firmateur :

ce Laissez-donc I répondit Fano. Voilà la vraie

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guerre I Aux stériles victoires des grands capitaines d'autrefois, il faut préférer désormais Tétat fécond de Thomme qui fait des affaires et « gâagne » beaucoup d' (( âargent ». — Et tandis que le banquier prononçait le mot argent avec cet accent spécial, chaleureux, écrasant, qui donne tant de relief à T éloquence des méridionaux, on eût dit que sa voix rendait l'image , non plus du son vibrant de Tor, mais du roulement sonore de gros écus pesants s'engouffrant lourdement dans d'énormes sacs. — « De l'âargentl Beaucoup d'âargenti » — Comme cela exprimait bien le nouvel idéal.

A cette religion inventée par les Hébreux, la première des races que putréfia pour l'éternité son amour excessif des choses de l'argent, le prince Baratine, le soldat désintéressé de la veille, était maintenant converti.

En sortant de chez Fano, tandis que résonnaient encore à ses oreilles les dernières paroles du financier sur le mérite suprême de l'argent. Le Gow écrivit à Jania la lettre peut-être la plus admirable que, dans sa carrière de Don Juan,

lui eussent jamais dictée l'amour et rimpaiience du bonheur. Après avoir conté sa visite à Olympe Fano et tout ce qui en résultait, il peignit à Taimée les joies prochaines de leur vie en commun, pendant que s'édifierait pour eux au loin, sans qu'ils en prissent souci, la royauté de la fortune.

«Nous serons Dieux, dit-il; ou du moins jouirons-nous du pouvoir des Dieux, tel qu'en jouissait le premier homme lorsque, encore sans descendance, il régnait sur la nature et tous les autres êtres dont il était le type le plus fort et le plus beau. »

Puis, exprimant par quel enchaînement de faits et d'idées, il en était venu à cette solution suprême de l'isolement dans l'ermitage de la Maison Blanche : « Cette existence, écrivit-il, me reportera à quinze ans en arrière, au temps où j'habitais les bords de la Méditerranée. J'éprouve une émotion bien douce à me rappeler ces jours heureux où je rêvais dans la presqu'île Cépet, comme sous un ciel d'Orient. On appelle ton île de Zante, fior di levante, isola de oro! la presqu'île peut bien porter le même nom. Quand j'étais attaché à ce pays dont le souvenir est presque tout mon passé, je pressentais que j'aimerais un jour une femme telle que toi. La vie humaine n'est qu'un songe sous une double forme, le souvenir et l'espérance. Le souvenir,

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c'est le passé; Fespérance, lavenir pressenti. Le présent ne doit être que l'action du bonheur. La beauté parfaite que tu réalises a sans cesse hanté le champ de ma pensée comme une vision des cieux. Tous les jours à mon réveil, ou le soir en m'endormanl, ton regard deviné à travers l'espace venait peupler d'images d'un autre âge ou d'un autre monde la solitude de mon cœur. Je comprends maintenant le secret des joies profondes que me donnait la contemplation des beautés du rivage méditerranéen.

Les mêmes eaux du grand lac d'Europe baignent l'île de Zante et les côtes de la Provence. Nous avons donc chéri, toi et moi, le même ciel bleu. Quand du haut des rochers de Notre- Dame-des-Anges, au cap Sicié, je regardais s'enfler la voile de quelque gracieuse tartane, volant vers lltalie, la même brise portait vers l'Orient la substance de mes secrets désirs. Si, au contraire, je disais adieu, le soir, aux focs empourprés d'un brigantin mettant le cap sur Gibraltar, le même rayon de soleil couchant, qui dorait sa toile et venait dans mes yeux, devait aller se perdre dans les jardins de Zante. — Tu vois qu'avant de te connaître, et déjà bien jeune, je te cherchais, je t'appelais; mon cœur s'élançait impétueusement vers toi. Tu es à présent mon trésor, l'unique joyau de ma couronne dans l'empire du sentiment dont je

suis un des rois. Tu es le diamant le plus beau, le plus rare que jamais mineur ait arraché aux entrailles de la terre. Pour te découvrir et te conquérir, je serais allé jusqu'aux limites les plus reculées du monde. Je serais descendu à d'incommensurables profondeurs pour te faire venir à la lumière du jour; et je n'aurais eu pour toute arme que mon désir. Mais tu es venue toi-même, tu as obéi à ma voix; tu m'appartiens, je vis de ta vie et mourrai avec toi... ))

Et à ces pages de cantique, Jania répondit sur l'heure : (( Giovanni! je t'attends, je t'appelle et je t'aime I » Après quoi il ne resta plus à Baratine qu'à écrire sa lettre de démission.

Il le fit sans regrets mais avec l'appréhension des critiques, des remontrances de son général qui, déplorant une pareille détermination, ne manquerait pas de tout faire pour l'en dissuader. Lorsque dans une audience particulière, demandée après le rapport quotidien, l'officier eut, avec une grande sobriété d'explications, prié son chef de vouloir bien transmettre sa démission au ministre et la faire accepter, le général fut saisi d'un étonnement dont il eut peine à se remettre. Après quelques minutes d'un silence gros d'observations :

(( Démissionner? Quitter l'armée? Vous? »

fit-il sur le ton douloureusement ému de quel-

qu'un à qui l'on apprend sans ménagements une catastrophe. « Je n'ose vous demander pourquoi? » poursuivit-il d'une voix saccadée. (( Comme je vous connais, vos raisons doivent être extraordinairement graves. Mais voyons, mon ami, qu'a-t-il pu vous arriver? Parlez, confiez- vous à moil II y a peut-être un remède, sinon je ne comprends pas. . .

— Mon général, ne vous donnez pas la peine de chercher I » interrompit Le Go>v ému lui aussi, mais prêt à déguiser la vérité pour franchir plus vite l'obstacle. « Les motifs de ma démission ne tiennent à aucune question de service, pas plus qu'à un fait quelconque de ma vie privée; ils sont purement d'ordre général. J'abandonne ma carrière absolument comme un prêtre se fait relever de ses vœux parce qu'il a perdu la foi.

— Vous voilà retombé dans la même erreur qu'il y a six mois I » observa le général en reprenant du champ pour lutter contre l'invisible mauvais génie qui ravissait à l'armée un de ses meilleurs fils. — « Mais, vous aimiez alors, vous étiez entraîné I Tandis que maintenant, froidement, de propos délibéré, vous jetez votre uniforme uniquement parce que vous en êtes dégoûté? Si c'était à moi que pareille chose advînt, moi qui avant un an serai mis au rebut et qui ne puis compter voir luire le

jour de la guerre que nous préparons tous, ce serait admissible. Mais ce Test-il pour vous dont Tavenir est magnifique, vous déjà noté comme un chef d'armée et qui devez arriver à mon grade, plus haut peut-être, juste vers répoque de la pleine maturité des représailles? Ne trouvez-vous pas qu'il y a dans votre démarche de quoi me surprendre et surtout gémir?... Allons, vous avez eu des déceptions.

Qui n'en a pas? Vous traversez une crise de défaillance. Réfléchissez encore, je vous en priel Tenez, je vais déchirer votre lettre ; vous la referez dans huit jours, si vous en avez de nouveau le triste courage.

— Mon général, j'ai profondément réfléchi », répondit Le Gow baissant la tête sous le juste poids de ces objections. « J'ai sondé l'avenir. J'ai rassemblé mes espérances de jadis en un faisceau placé dans la balance du destin.

D'autres idées l'emportent. Ma décision est irrévocable.

— Alors, vous renoncez à cela? » s'écria le chef debout, montrant d'un geste noblement énergique le i8o5 de Meissonier, dont la gravure était placée comme un objet de religion au-dessus du modeste bureau où il avait coutume d'exercer les fonctions de son commandement,

A ce cri qui traduisait plus vivement que tout

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autre discours les reproches du vieux soldat. Le Gow se dressa fiévreux, comme s'il eût entendu Vappel des trompettes à la bataille. Un moment, oubliant son amour, l'affaire Fano et les attirances du Roc Blanc, il fixa l'image bien connue de ces cavaliers géants qu'on dirait d'abord alignés pour la parade mais qui au contraire — et c'est ce que le peintre a mis tout son génie à faire sentir — attendent la minute de la charge dans le calme de leur force prête à éclater. Quelques larmes lui venant en face de ce poignant rappel au devoir et de ce témoignage de notre héroïsme d'il y a un siècle, il songea avec remords qu'un jour se recommencerait sans doute aux plaines de la Sarre le thème d'une semblable épopée, et qu'il n'y serait pas, lui qui avait fait de l'espoir d'un tel avenir le rêve de toute sa jeunesse 1 Puis, revenant au fôcheux sentiment de la réalité :

(( Si la guerre se déclare, dit-il, je reprendrai du service. Mais, je ne crois plus à la guerre !

— Je vous plains, répliqua solennellement le général. Voici seulement mon dernier avis. Pour vous qui êtes en pleine possession de votre vigueur, de votre esprit, de vos moyens, avec cela riche et sans liens de famille, déserter ainsi tant que l'intégrité de la patrie n'est pas refaite, c'est mal, très mal... et je m'abstiens de vous dire un mot plus dur. »

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Et, rendu de nouveau sourd et aveugle par l'amour qui ne va jamais sans quelque lâcheté, ro£Bcier démissionnaire s'en alla. Les théories du banquier Fa no triomphaient. « Le patriotisme, le dévouement à la chose publique.^ vains mots I » se dit Le Gow une fois hors du cabinet du général, « et, surtout, sentiments de dupes I »

D'autres avis ne furent pas mieux écoutés.

Baratine avait cru nécessaire d'annoncer sa démission à Fouché-Lahache en le priant d'en faire part à Rafaël dont il ignorait l'adresse, mais qu'il savait devoir se trouver encore à Paris pour quelque temps. Avec la même spontanéité que le général,- l'homme politique écrivit au prince pour le supplier de revenir, s'il en était temps, sur une décision incompréhensible, en tout cas impossible à approuver. « C'est un acte lâche que tu commets, dit Fouché-Lahache, et Rafaël partage mon sentiment. Reprends ta démission. Nous avons hâte d'apprendre que tu l'as reprise. » — A ces objurgations Le Gow ne répondit rien. Ses relations avec ses deux amis devaient s'arrêter là pour longtemps.

Cette méprise de tout sacrifier à l'amour, parce qu'ils en espèrent des joies supérieures à celles de la domination, n'est pas rare chez les grands esprits ; et il est curieux d'établir com-

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bien sont différents en eux les résultats du fait d'aimer. L'amour déçu est souvent l'origine du quo non ascendam de l'ambition. L'amour partagé en est presque toujours la fin.

A quelque temps de là, Baratine envoyé en congé illimité sans solde, en attendant l'acceptation de sa démission par le ministre, se rendait en voiture au Pavillon Blanc qu'il pouvait désormais, comme l'avait dit Fano, baptiser la Casa Bianca, car la fille de Carminé était à côté de luî, l'âme remplie d'un singulier mélange de joie et de remords. La veille, en effet, une dernière fois exaspérée par l'obstination de son père et poussée d'autre part par la suprême exhortation de Giovanni qui lui avait enfin écrit : « Viens, notre nid est prêt », elle avait, suivant ses prévisions, quitté à la dérobée la maison de son père ; et Carminé parti aussitôt à sa recherche était venu lui aussi à Burdigala, certain que sa fille devait y être auprès de Le Gow. Mais lorsque, pour savoir où demeurait celui-ci, le peintre s'adressa à Olympe Fano, le seul burdigalien qu'il connût et qui fût en état de le renseigner, le banquier s'abstenant à dessein de dire toute la vérité lui apprit que l'officier ayant démissionné avait quitté la ville pour une destination inconnue. Ces faits lui ayant été confirmés à d'autres sources, il fut impossible à Carminé de découvrir la retraite de sa

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fille. Alors désemparé, fou de douleur, le cœur atteint d'un coup qui marquait le terme proche de ses battements, le vieux Don Juan renonçant à sa vaine poursuite s'embarqua pour Tlle de Zante où, enterré vivant dans sa villa des Marbres, il n'attendit plus que la mort.

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