‹ Le nouveau jeu; comédie en cinq actesChapitre 31 sur 34 · BARNOUX. SAPIN, MADAME PAUL COSTARD BARNOUX · texte numérisé non relu

BARNOUX. SAPIN, MADAME PAUL COSTARD BARNOUX

Alors, ils sont tous là ?

SAPIN

Oui, monsieur. Mme Costard est dans le petit cabinet. Son mari est dans la grande galerie, avec Mme Bobette Langlois.

RARNOUX

Et M. Buranty ?

SAPIN

Il est arrivé aussi. Il se promène dans le passage vitré. Tous les témoins sont au complet.

BARNOUX

C'est bien. Passez-moi le dossier, les deux dossiers. (Le greffier les lui passe. Il les pose sur sa table et va ouvrir la porte du cabinet où attendait Mme Paul Costard.) Madame, veuillez entrer. (Elle entre. Tenue soignée, sombre. La distinction dans le malheur.) Asseyez-vous. (Elle s'assoit.) Je suis fâché, madame, de vous avoir dérangée une fois de plus, mais il le fallait.

MADAME PAUL COSTARD

Inutile de vous excuser, monsieur, cela ne m'a pas dérangée.

BARNOUX

Asseyez-vous. Je crois que c'est la dernière. Depuis que j'ai eu l'honneur de vous voir, avezvous réfléchi ?

MADAME PAUL COSTARD

Qu'entendez-vous par « réfléchi » ? J'ai vécu «omrae à l'ordinaire.

BARNOUX

Avez-vous pensé à l'avenir ? Que comptez-vous faire désormais ?

MADAME PAUL COSTARD

Je n'en ai pas idée. Ce qui me plaira. Avant tout, je ne veux plus avoir d'ennuis... Qu'est-ce que vous feriez, vous, si vous étiez à ma place ?

BARNOUX

J'aurais commencé par ne pas m'y mettre. Vous avez le bonheur d'avoir encore madame votre mère ; à votre place, je me retirerais chez elle.

MADAME PAUL COSTARD

Pour toute la vie ?

BARNOUX

Momentanément, pour un petit laps de temps...

MADAME PAUL COSTARD

Va pour le petit laps... Et puis après? Qu'est-ce que je ferai chez ma mère ? Du crochet?... Où ça me conduira-t-il ?

BARNOUX

Au calme, à la paix.

MADAME PAUL COSTARD

Et puis à la vieillesse. Je déteste ça.

BARNOUX

Qui vous dit que, d'ici à quelques années, il ne se présentera pas un honnête homme...

MADAME PAUL COSTARD

Me remarier?... Halte! J'ai essayé du mariage une fois. Ça me suffit.

BARNOUX

Vous êtes aigrie, madame ? Déjà ?

MADAME PAUL COSTARD

Je trouve qu'il y a lieu.

BARNOUX

Quel malheur que vous n'ayez pas d'enfant !

MADAME PAUL COSTARD

Quelle chance pour moi, au contraire ! Et quel bonheur pour lui ! Ah ! le pauvre petit bonhomme 1 Quelle figure ferait-il entre nous deux ?

BARNOUX

Enfin, laissez-moi croire, madame — mon âge

et ma situation me permettent de vous tenir ce langage — que vous voulez à tout prix demeurer désormais une honnête femme ?

MADAME PAUL COSTARD

Une honnête femme seule ! Ça ne sera pas croyable! On me remarquera!

BARNOUX

La vérité finit toujours par être la plus forte.

MADAME PAUL COSTARD

Elle ne fait que succéder aux calomnies, elle ne les détruit pas. Non, voyez-vous, monsieur, ma situation actuelle est peu brillante, décidément. Mon mari m'a quittée tout de suite après mon mariage, et mon amant m'a quittée tout de suite après ma faute.

BARXOUX

Vraiment?

Le lendemain du jour où nous avons été surpris, M. Buranty m'a signifié mon congé. Je me suis présentée chez lui, il ne m'a pas reçue. Si j'étais capable d'en vouloir à quelqu'un, je lui en voudrais plus qu'à M. Costard. Aujourd'hui, je

suis une femme qui a goûté à tout, même au plaisir, et sans plaisir, et je ne sais pas trop ce qui me reste. Me reste-t-il quelque chose?

BARNOUX

L'indépendance, la liberté. Vous aurez votre divorce.

MADAME PAUL COSTARD

La liberté. Pourquoi faire? Je n'ai rien à en faire. Enfin, que voulez-vous? Quand je me lamenterai!... Vous avez raison, je vais réinstaller chez maman. Ce sera plus moral... Bien qu'il y ait mon père! Le connaissez-vous?

barnoux, froid.

J'en ai beaucoup entendu parler.

MADAME PAUL COSTARD

C'est un père à part. Je l'aime bien. Mais, tout de même, c'est peut-être lui qui est la cause de tout ce qui m'est arrivé.

BARNOUX

Comment cela?

MADAME PAUL COSTARD

Oh! il faudrait vous reprendre depuis Phara-

mond! Nous n'aurions jamais le temps. Et puis, il y a les autres qui attendent.

BARNOUX

Un dernier mot : vous allez donc demander le divorce ?

MADAME PAUL COSTARD

Oui. Je crois qu'à la station où j'en suis je n'ai pas d'autre train à prendre?

BARNOUX

En effet. Vous et votre mari, vous êtes aussi coupables l'un que l'autre.

MADAME PAUL COSTARD

Dos à dos.

BARNOUX

Vous avez eu de grands torts tous les deux...

MADAME PAUL COSTARD

Oui. Mais moi après.

BARNOUX

C'est juste. Et vous, êtes-vous sûre une dernière fois... que tout espoir de rapprochement?...

MADAME PAUL COSTARD

Oh! monsieur! Vous ne me trouvez donc pas assez punie?

BARNOUX

Je n'insiste pas. Madame, je souhaite de tout cœur que plus tard vous soyez heureuse.

MADAME PAUL COSTARD

Gomme je ne le mérite pas, ça n'est pas impossible. Je vous remercie, monsieur, vos souhaits sont aimables, et vos conseils sensés. Et même ils me font penser à une chose.

BARNOUX

Peut-on savoir?

MADAME PAUL COSTARD

C'est que, si jamais je me remariais...

BARNOUX

Eh bien ?

MADAME PAUL COSTARD, ironique.

Je n'épouserais qu'un magistrat. Monsieur... {Elle s'incline et sort.)

BARNOUX, à un huissier quil a sonné. Faites entrer M. Buranty.

l'huissier M. Buranty. (M. Buranty entre.)

BARNOUX

Asseyez-vous, monsieur. Je suis arrivé, monsieur, à la fin de ma petite instruction en ce qui vous concerne. Votre affaire n'aura pas de suites...

buranty. joyeux.

Vraiment ?

BARNOUX

Pas plus que celle de M. Costard. Le mari et la femme, par les deux constatations réciproques de flagrant délit, que vous savez, se trouvent à présent en quelque sorte « d'accord », et le divorce réclamé par tous deux ne peut pas leur échapper. Gela vous intéresse-t-il ?

BURANTY

Je crois, bien !

BARNOUX

Vous n'avez donc aucune plainte en adultère,

ni aucune poursuite à redouter. Vous pouvez dire que vous l'échappez belle !

BURANTY

J'en suis bien heureux. J'ai eu tellement peur...

BAUNOUX

Vous avez rompu, n'est-ce pas, avec Mme Paul Gostard ?

BURANTY

Oh ! oui, monsieur !

BARNOUX

Dès le lendemain du flagrant délit ?

BURANTY

Dès le lendemain.

BARNOUX

Vous avez été prompt.

BURANTY

Et raisonnable. Je ne le regrette pas.

BARNOUX

Elle non plus, je viens de la voir. Elle se félicite également de cette rupture.

BURAXTY

J'en suis bien aise.

BARNOUX

Que comptez-vous faire, à présent ?

BURANTY

De la peinture, toujours. Vous êtes marié ?

BARNOUX

Oui. Pourquoi cette question ?

Si jamais vous souhaitez avoir un beau portrait de Mme Barnoux...

BARNOUX

Oh ! monsieur...

BURANTY

Et dans des conditions, tout à fait... d'ami... monsieur...

BARNOUX

Monsieur... (Il sort.] L'autre voulait m'épouser... celui-ci veut faire le portrait de ma femme. Quelle

idée ont-ils de la magistrature ! {A l'huissier qu'il a sonné.) Faites entrer M. Paul Costard.

l'huissier

M. Paul Costard.

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