‹ Le nouveau jeu; comédie en cinq actesChapitre 32 sur 34 · SCENE II LE JUGE, LE GREFFIER, COSTARD · texte numérisé non relu

SCENE II LE JUGE, LE GREFFIER, COSTARD

COSTARD

Monsieur... j'ai l'honneur. (Au greffier, un signe amical de la main.)

LE JUGE

Asseyez-vous. Monsieur, au fur et à mesure que je vous étudie, je ne vous crois pas mauvais, mais terriblement léger !

C'est ce que je m'entends dire depuis qu'on m'a vacciné!

LE JUGE

Cette entrevue que nous avons ensemble me paraît la dernière. *

COSTARD

Je le regrette. Vous êtes charmant. D'ailleurs, est-ce qu'on sait jamais ?

LE JUGE

Laissez-moi le croire. Vous avez à votre actif beaucoup de folies. Peut-être est-ce aujourd'hui le début d'une période plus sage. Par votre faute vous avez perdu, — irrémédiablement perdu, j'en ai peur, — la jeune fille que vous aviez épousée...

Mais non. Elle se retrouvera, allez!

LE JUGE

La voilà seule de son côté, comme vous du vôtre.

COSTARD

En effet, nous ne peuplerons pas une île. Et, qu'a-t-elle résolu?

LE JUGE

Sur mon conseil, elle se retire...

COSTARD

Dans le sein de sa mère ?

LE JUGE

Oui, monsieur.

COSTARD

C'est une noble retraite.

LE JUGE

Avec quel ton, monsieur, vous parlez de celle qui aurait pu être la mère de vos enfants I

COSTARD

Moi ? Mais non. Je lui pardonne Buranty, la pauvre petite !

LE JUGE

Elle vous a pardonné madame Bobette.

COSTARD

Pas la même chose. D'ailleurs j'admets tous mes torts. Et puis, ce qui m'arrive là, monsieur, mais c'est la vie, tout bêtement.

LE JUGE

Vous trouvez ?

COSTARD

La vie, c'est ça... c'est d'être marié, de le regretter, de se dérégler, de se faire pincer, de se quitter, et puis d'aller toujours à fond, et de suivre la chasse derrière les chiens. Avec ça que, dans votre carrière, vous n'avez pas dû en voir de toutes les couleurs et de plus roides que les miennes?

LE JUGE

Peu. Alors vous n'êtes pas plus ému que ça à la pensée d'avoir brisé la vie de votre femme?

COSTARD

Encore une fois, non! Parce qu'elle ne pouvait pas être heureuse avec moi. Je suis bâti pour tout, excepté pour le mariage.

LE JUGE

Il ne fallait pas vous marier.

COSTARD

Je ne pouvais pas le savoir avant. C'est l'histoire des épinards. Pour les détester, faut commencer par en manger.

LE JUGE

Et alors, maintenant ?

COSTARD

Je vais reprendre ma vie de garçon.

LE JUGE

C'est-à-dire la continuer.

COSTARD

En plus grand. Figurez-vous que j'ai déniché un amour d'appartement. Devinez où ?

Je ne saurais.

COSTARD

Au Cirque d'Été. C'est Franconi qui m'a révélé l'existence de ça. Alors, vous voyez d'ici ma pullhop de vie Pet puis les dadas que j'adore... clic, clac! Miousic! Vellé-vô joer? Tout. Enfin, j'ai le Colisée chez moi. Néron n'avait pas ça.

LE JUGE

Mais, êtes-vous bien sûr, mon cher monsieur, que la vie doit être pull-hop?... Là?... voyons?... vraiment? Le jureriez-vous ?

COSTARD

Mon Dieu... vous m'impressionnez !... A vous

dire vrai... je le crois... quoique depuis ces temps derniers... le soir... seul... j'ai eu des petites sueurs à l'idée... Si c'était pas ça, pourtant, le nouveau jeu ?

LE JUGE

Hé ? Gomment ?...

COSTARD

Si je m'étais fichu l"œil dans le doigt?... L'autre jour, je lisais un petit bouquin, tenez ? Je sais pas si vous connaissez ? Paul et Virginie. (Geste du Juge.) C'est pas d'hier... ça m'a beaucoup plu... Alors... de fil en aiguille... une chose en décroche une autre... j'en arrivais^ ça, que dame... l'âme est peut-être immortelle?... Pourquoi pas ?

LE JIGE

Vous êtes en bon chemin.

COSTARD

Nous verrons... Ohé! Ohé!... mon président... (Salut. Poignée de main.

Monsieur... (Costard sort.) La dernière, maintenant.

SAPIN

La demoiselle ?

LE JUGE

Oui... madame Langlois. [V huissier ouvre la porte aussitôt. Elle entre.)

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