‹ Le Nouveau Monde;Chapitre 25 sur 140 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

RUTH. assise et réfléchissant, à droite. MARY, entrant par la porte de gauche, puis le Chevalier DE VAUDREUIL. puis, tout à la fin. Voix lointaines.

MARY, entrant doucement, avec précaution, sans voir Ruth.

Personne ! (Frissonnante.) Oh ! ce vent sur cette plage, depuis une heure! ... Et celte cloche du donjon, que l'on

ne réveille qu'aux heures de deuil ou de fêle... C était le retour du comte Cecil qu'elle annonçait sans doute. — Mais pourquoi donc Ruth m'oublie-t-elle? Henri va partir sans qu'elle lui ait dit... Je suis inquiète !... (Elle s'approche du balcon.) — Il me semble voir une barque, là-bas, sous la lune, dans l'éclaircie des rochers. Ce doit être lui.

Elle ouvre la fenêtre, puis recule avec surprise : le chevalier de Vaudreu.il est sur le balcon.

VAUDREUIL, à demi-voix.

Oh ! donnez vite, mademoiselle !

MARY, ôtant sa bague et l'enveloppant, à la haie, dans le nœud de ruban de son corsage.

Tenez, monsieur, et partez ! On priera pour vous.

VAUDREUIL. lui baisant les mains.

Merci! N'oubliez pas !... — Dans un an. ou jamais!... Je vous aime !

MARY, vivement.

Jamais, dites-vous? Ah! se peut-il que l'on parle ainsi pour des pays d'où l'on ne reviendra peut-être plus? C'est donc bien beau, le Nouveau-Monde ?

VAUDREUIL. entrant et demeurant au fond de la scène.

(Pendant la réponse du chevalier, l'orchestre exécute très

sourdement iair national américain : « Ilail Columbia ! » Musique

étouffée et comme très lointaine.)

Oui, miss ; car c'est une terre hasardeuse qui accueille tous ceux que la fortune a trahis sur le vieux continent : tous ceux auxquels il reste le courage de réussir ou de périr, et ceux qui veulent aimer et vivre en liberté. Là, si l'on aborde cinquante, l'année d'après on est dix mille. Nous sommes les aventuriers des forêts sublimes, les familiers des hautes montagnes, les cavaliers des déserts et des prairies ! Nous naviguons sur des fleuves grands connue des océans, — et nos amis, les colons anglais, creusent des mines resplendissantes comme un conte arabe! — Soldats

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