ACTE PREMIER
épris de contrées inconnues, nous disputons aux indigènes leurs chasses et leurs territoires, un contre mille, et nous restons victorieux. Chacun de nos villages, chacune de nos cités est notre œuvre et notre conquête. — Ainsi, formé de toutes les nations du monde, nous constituons un peuple intrépide, fier de ses combats et sur de l'Avenir.
MARY, frappant dos mains, naïve.
Oh ! c'est tout de poésie !
Ruth a écouté, Vue espérance lui est revenue: pendant le mot de Mary, elle s'est levée.
Rl'TH. s'approchant, grave.
Monsieur de Vaudreuil, je m'appelle Ruth Moore ; je suis la seule parente de miss Mary Mark Kllis ; et son père, l'un des plus vaillants officiers highlanders du Royaume- Uni, l'a léguée à ma tutelle.
MARY, l'interrompant, joyeuse, pendant que le chevalier s'incline
devant Ruth.
Comment ! Tu étais là?
RUTH, continuant.
Vous vous aimez, je le vois, je le sais.
VAUDREUIL
Oui, Miss Ruth. Quelques jours mont suffi pour l'aimer à tout jamais, et j'ai l'ordre du Roi de m'exiler, — lorsque je donnerais le Nouveau-Monde lui-même pour qu'elle devint ma femme !
MARY
Tu vois : — ces Français, ils plaisantent toujours, même avec des larmes dans les yeux !
VAUDREUIL
Cependant. Miss, nous autres, marins, nous avons foi dans les fiancées qui nous disent : Je vous attends.
MARY, rieuse, tout bas. à Ruth.
Il t'appelle miss.
RUTH, vivement et à voix basse.
Grand Dieu! tais toi.
MARY, qui a regardé Ruth.
Mais, — comme tu es pâle! Qu'y a-t-il donc? Que s'est-il passé ?
RUTH. toujours à voix liasse.
Oh! je t'en prie, silence! (Haut, au chevalier.) Monsieur de Vaudreuil, je vous accorde la main de... votre fiancée.
VAUDREUIL
Miss Ruth, c'est une cruelle joie que vous me donnez. Vous oubliez que mon devoir, mon honneur exigent que je parte, et ce soir même.
RUTH. simplement.
Nous partons aussi.
.MARY, la regardant avec stupeur.
Nous!... pour la Virginie?
RUTH. de même, presque sombre.
Sur-le-champ! Il le faut : — sans jeter un regard en arrière. — Je ne rentrerai pas dans la chambre où nous nous endormons chaque soir. — Nous partons.
/ il silence. Mary a tressailli el la regarde profondément. MARY, tout bas.
— Ruth, une parole, je l'en supplie !
RUTH. à voix basse, à Mary.
Je ne suis plus la femme de lord Cecil.
Mari/ entre vivement dans les appartements de droite, pais revient l'instant d'après, tenant un petit sac de cuir et deux manteaux