ACTE DEUXIEME
UN AUTRE, escaladant une fenêtre.
Burnett ! Un navire, là-bas ! dans le couchant. —
Regarde ! (Il se dresse et se détourne vers l'horizon.) Voilà le pavil-
lon!... Ah! les fleurs de lys d'or! Navire français ! — Eh! c'est un brick !
Entrent, en hâte, des coureurs d'épaves. Coups de canon lointain.
Le voilà qui appuie son pavillon !
PREMIER MARINIER, courant à la fenêtre.
D'ici l'on voit briller son nom dans les rayons du soir sur la mer !... A un autre. Lis donc, toi qui sais lire?
UN AUTRE, debout sur une table et la main sur les yeux.
Attends, le soleil méblouit !... C'est — l'Espérance!
Mistress ANDREWS, à part, avec un cri de joie sauvage.
Ah ! je suis arrivée à temps !
TOM RURNETT, entrant à gauche et grommelant, tout en servant, ça et là, quelques verres de whiskey.
Une aubaine! Hum! Si l'on veut? — Ces étrangerslà finiront par signaler mon auberge à l'attention du constable ! — N'aurais-je vécu que pour voir cela?... On ne parle, ici, que de révolte et de bataille : j'aimerais mieux recevoir des gens tranquilles, de mœurs engageantes et d'un doux commerce. — Moi-même, par exemple. — Ceux qui viennent fomenter la rébellion ne sauraient être d'honnêtes gens.
PREMIER MARINIER
Ah! ça, mais, si les honnêtes gens venaient encore peupler le Nouveau-Monde, il deviendrait, bientôt, plus inhabitable que l'ancien, entends-tu, bonhomme?
UN AUTRE, bourrant sa pipe.
Et, alors, ce ne serait pas la peine de s'y expatrier, maître farceur !
Rires.
TOM BURNETT
Payez d'avance.
PREMIER MARINIER
Rien.
TOM BURNETT Hein ?
PREMIER MARINIER
On t'a prévenu du brick. Tu es payé — Vite à boire?... Et en voilà assez !
Tous regardent 'l'uni Ihirnelt en fronçant le sourcil. TOM BURNETT, soupirant et servant à boire.
C'est bon! c'est bon! gueux de mer. Le devoir avant tout !... Je recevrai ces dignes émigrants que nous apporte ce brick. D'ailleurs, j'ai remarqué que si ces étrangers n'étaient pas sérieux du côté du bon sens, ils l'étaient du côté de la bourse. (Soupirant encore.) Je ne comprendrai jamais, il est vrai, que des gens qui ont les poches pleines bravent les tempêtes et les distances, histoire de venir se faire tuer pour les autres. Je les recevrai, nonobstant ! Mais je salerai leur note, car je m'expose !.. je m'expose. — Et puis, dans le commerce, les uns payent pour les autres
UN DES MARINIERS, après avoir échangé un regard avec la bande.
Allons! en route! Nous aiderons à débarquer.
Ils sortent, Tom llnrnell les suit.