‹ Le Nouveau Monde;Chapitre 7 sur 140 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Lady CECIL, MARY, seules.

Lady CECIL

Se pencher au balcon pour adresser la parole à des marins de passage? — Mary, comme vous êtes étrange, aujourd'hui ?

MARY

Etrange?... Et ces beaux yeux mouillés de larmes? — Et cette pâleur soudaine au seul nom d'une contrée lointaine'?... Ruth, ma bien-aimée! Non! Je ne veux pas que tu pleures, ou je vais pleurer à mon tour, pour te faire de la peine.

(Elle lui essuie les yeux.) Lady CECIL

Cesse ce jeu qui me fait mal, je t'en prie !

MARY

Imagine-toi que je suis ton cœur qui te parle à voix basse! (Tout bas.) Il est en Virginie. . ., il s'appelle... Stephen, n'est-ce pas ?

Lady CECIL

Juste ciel! qui ta dit ce nom?

MARY Est-ce que tU ne rêves pas Seule?... (Toujours à voix basse.)

Oui, c'est un cœur plein de liberté, qui t'aimera jusqu'au

dernier battement !... Riche, il devait te revenir... — Infidèle !

Lady CECIL

Deux années! Sans lettres! Sans nouvelles! — Va. celui dont tu parles m'a bien oubliée.

MARY

Ah ! tu sais bien que c'est impossible !

Lady CECIL

Tais-toi ; j'ai dû céder aux instances, aux ordres, même, de ma mère mourante ! — Le comte Cecil représentait de grands privilèges pour les miens : c était un appui futur pour notre chère et triste Irlande !... J'ai fait mon devoir.

MARY, douce.

Ton devoir, c'était d'aimer — et non de consentir à cette union sans amour. Le comte Cecil t'a délaissée : son premier baiser, le soir des noces, fut un baiser d adieu. Maintenant, à Londres, dans les plaisirs, il t'oublie...

Lady CECIL

Songe que lord Cecil est membre du Parlement et conseiller du roi George : il appartient à la patrie.

MARY

Notre patrie, tu le sais bien, c est l'Irlande.

Lady CECIL

D'ailleurs, je n'en doute pas, c est à ma muette prière que le comte a cédé en s éloignant ; il a compris que mon cœur lui était fermé pour toujours — et il est parti.

Sans souffrir de cette séparation, parce qu il t'aimait peu !

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