ACTE TROISIEME
UN CHÉROKEE, criant, avec un baril sous le bras.
Le vin de canne !... Boire sirop d'érable bien bon?
TOM BURNETT, grommelant.
Hum!... C'est cher! — - Enfin, je suis sujet anglais : je donne l'exemple.
( // tire un cheak-book de sa poche. L'Officier lui offre une plume trempée dans l'encrier qu'il porte tut coté. — Tom Burnetl signe le bon et déchire la feuille; puis, avec une mauvaise humeur contenue.)
Voici un chèque sur la banque de la ville. Allez, et que Dieu vous bénisse! (L'Officier s'éloigne.) — Vous le voyez, citoyens, je m'exécute le premier plutôt que de braver les lois. Je disais donc que les impôts commençaient à être assez lourds, en effet. (Rires.) Mais, aussi, quelles superbes opérations nous pouvons tenter si nous maintenons la bonne intelligence avec l'Angleterre ! J'ai les chiffres. Nos demandes d'objets manufacturés là-basse sont multipliées d'une façon énorme, grâce au développement de notre industrie. En 1723, le total des importations, en Pensylvanie, n'était que de 15,000 livres : aujourd'hui il s'élève à près de 500,000 livres! Nos exportations (je parle de la seule Pensylvanie) ne sont encore que de 40,000 livres ! Elles vont doubler! — Vous le savez aussi bien que moi, monsieur Eadie, qui avez l'air de rire, là-bas!...
Je ne ris pas, monsieur.
TOM BURNETT
C'est que je ne suis point dans les nuages, moi ; je plante du tabac, moi, — entendez- vous !
Le quaker EADIE. froidement.
Tu es dans la fumée, alors.
TOM BL'RXETT, après avoir haussé, plusieurs fois, les épaules.
Et c'est au moment où la balance n'est encore établie qu'au moyen de traites sur les îles, où notre numéraire est
si jeune et si timide, que vous voulez prendre les armes ? — Ah ! mes frères ! . . .
{Nouveau bras, nouveau papier mis sous les yeux de Tom Burnett.) DEUXIÈME OFFICIER, debout, derrière lui.
Pardon, monsieur.
TOM BURNETT. se retournant.
Qu'est-ce que c'est? N'ai-je vécu que pour être interrompu, toujours?
L'OFFICIER
C'est jour de tournée de perception, monsieur Burnett; vous devez à l'octroi pour vos importations de plants de tabac dans le New-Hampshire et dans le North-Caroline... quelques livres, sir Tom. Seulement.
TOM BURNETT Hein?... L'endroit est mal choisi, monsieur...
L'OFFICIER, glacial.
Mal choisi?... Pas du tout! — L'endroit où l'on touche de l'argent est toujours bien choisi... C'est l'affaire de quelques livres, monsieur. Tout au plus. (Lui tendant le
papier.) VOUS VOVeZ...
TOM BURNETT à l'Officier, en relevant la tète.
Comment! je paierais à la couronne pour importer de district à district? Sur mon territoire?
L'OFFICIER, de même, rêveur.
Sur votre territoire, monsieur Burnett?... dites-vous?...
TOM BURNETT, s'échauffant.
De colon à colon? Sur le territoire américain? Vous ne dites pas cela ! Aussi bien, vous ne le pourriez pas. Vos facultés en révolte se refuseraient à... Evidemment, il y a malentendu...