ACTE PREMIER
MARY
Mais... il mérite bien sa renommée ! — Je descendis aux jardins. Tu comprends, il eût été impoli de refuser, puisqu'il nous était parent. Il vint à ma rencontre avec une bonne grâce parfaite — et, l'ayant regardé, je le trouvai charmant !
Lady CECIL
En vérité, Mary?... (A part .) Mon Dieu! S'il se pouvait!
MARY
Oh! si tu savais! Une mine aventureuse et intrépide, mais un regard doux et sincère ! Un air de grand seigneur; une simplicité !... Bref, il lit ma conquête, à l'instant
même, je dois le dire. — Et depuis... (Elle baisse les yeux gravement. Un silence. Puis, plus vite.) TOUS les SOÎrS, il vientlà, SOUS
le balcon, pour échanger, avec moi, seulement quelques paroles. Je ne puis m'y refuser ; je sens que c'est un cœur ami !
Lady CECIL, l'embrassant.
Je vous fais présent de ma plus belle parure de pierreries pour votre corbeille, madame.
MARY
Moi? — Quelle apparence ?... Tu exagères toujours! — Je crois, cependant, qu'il ne me trouve point trop déplaisante... J'ai voulu être très mystérieuse, c était plus amusant ! Je ne lui ai pas dit qui nous sommes. Mais lui !... oh ! il m'a raconté toute son histoire ! — Si tu savais ! quelles aventures... Il ma parlé, ensuite, de sa mère, de sa sœur, qui sont restées dans son pays. Comme il les aime ! Et puis, il commande une compagnie franche: c'est très fier, n'est-ce pas ?
Lady CECIL, assombrie.
Il pari ?...
MARY, avec un soupir.
Mon Dieu, oui !... ce soir. Aussi m'a-t-il demandé (oh! d'une manière tout à fait simple et touchante quelque chose, un talisman, — ce petit anneau, tiens, pour lui porter bonheur. — Un anneau, c'est grave, et j'ai différé, voulant te consulter, toi, ma seule parente, ma belle tutrice, ma jeune mère!... Me permets-tu? — Ce n'est point mal, n'est-ce pas? Il va si loin ! il part si vite !
Lady CECIL. après un instant.
Puisqu'il est de notre maison et digne d'elle, puisque tu ressens de lui une aussi bonne impression... l'innocence
est Clairvoyante. (Mary fait un mouvement de joie.) De SOl'te que
c'est lui qui t'a répondu, tout à l'heure, dans la barque?
MARY, baissant les yeux.
Dame, j'ai cru reconnaître sa voix; sans cela...
Lady CECIL
Et comment vas-tu faire pour lui donner la bague, à présent? — Je ne suppose pas que tu veuilles la lui envoyer par l'entremise de Dick ou par un de nos petits pages ?
J'ai prié M. de Vaudreuil de passer, ce soir, sous le balcon, une heure avant le départ. Si je me décidais, j envelopperais mon anneau dans ce nœud de rubans, et je le lui jetterais. Or, il est neuf heures, l'Espérance s'envole à minuit : — donc, je pense bien qu'au moment fixé, notre cher ténébreux...
Lady CECIL, pensn e.
Es-tu rieuse !...
MARY, grave.
Cela ne m'empêche pas de l'aimer.