‹ Le Nouveau Monde;Chapitre 94 sur 140 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

chanceler, le cœur souillé par son forfait et le visage stigmatisé par le sang paternel.

Mouvement d'horreur dans l'auditoire.) Mistbess ANDREWS, à elle-même.

Oh ! vieille voix maudite !

Mistress NOELLA

Meurtrissant alors, sur le fer de sa main, les deux poignets de la fiancée déjà veuve, il l'entraîna dans l'oratoire, demi-nue, échevelée, les genoux ployés par l'épouvante

— et voulut contraindre, sur l'heure, le chapelain du vieux manoir à bénir leur union sacrilège.

Un silence.)

Bien que terrifié, le prêtre se raffermit devant lautel et ne put proférer qu'un juste anathème. Ainsi fut consommé le coupable hymen ! — Et l'ombre vint sur leur race! Et ils donnèrent le jour à une postérité de démons.

— à une lignée de maudits, — de gentilshommes féroces qui se sont illustrés, depuis, sur la terre, par leurs crimes et leurs sombres amours.

Mistress ANDREWS, à part.

Hélas !

(Une main sur les yeux elle sendyle pleurer i Mistress NOELLA

Maintenant, — maintenant la race s'est éteinte. — Une fille survit. Elle a brûlé son domaine, détruit la vieille demeure avant de fuir son pays. Où donc est-elle sur la terre? Nul ne le peut savoir. — Cependant on la reconnaîtra quand viendra son heure dernière ! Car depuis l'horrible soir où la jeune aïeule aperçut la Main sanglante sur la face du parricide, la main révélatrice, gravée dans la chair des Evandale, s'est perpétuée à travers les générations. Ils sont conçus dans cette empreinte. C'est leur loi natale! (Cri lointain de l'orfraie.) Et chaque fois que la mort

frappe l'un d'eux, la sinistre main apparaît sur le front de l'infortuné. C'est une main d'ombre, lumineuse, sanglante — et que, seule, efface l'éternelle Nuit. — Priez pour Edith Evandale, la dernière, l'inconnue, l'oubliée!

(Sur ces derniers mots, et pendant que tous écoutent encore, inclinés et taciturnes, Mistress Andrews est descendue, pâle, au milieu d'eux. — Elle apparaît maintenant, toute seule, dans le rayon de la lune.)

Mistress ANDREWS, terrible, à voix basse.

Oui ! priez.

Un frisson semble passer dans l'auditoire.) VAUDREUIL

Brrr ! Un conte noir, bonne mistress Noëlla !

Le lieutenant HARRIS

On n'y voit pas bien, ici !

RUTH, se serrant contre Stephen.

Oh!... J'ai peur!

STEPHEN, la rassurant, avec tendresse.

Amie, tu as peur de ces vains fantômes de l'ancien monde à jamais quitté? Ruth, mais ce ne sont là que des

rêves !

Mistress ANDREWS, tristement.

De mauvais rêves, même, — et dont Dieu vous garde, Stephen !

il'n profond silence ) VAUDREUIL, insoucieux.

Ah ça ! vive Dieu ! sommes-nous sûrs d'un quart d'heure, pour nous troubler de ces histoires du temps jadis?

(Montrant la porte ouverte.)

Qu'une balle passe, et l'un d'entre nous devient un revenant lui-même, pendant la veillée. — A table ! — J'ai faim, moi !

Les femmes placent du pain, d^s brocs et des verres sur la table.]

M. O'KEENE

Le fait est que, demain, plusieurs d'entre nous manqueront à l'appel.

MARY, serrant la main du chevalier.

Pas toi, va, mon Henri !

Le Quaker EADIE. se levant.

Et quant à ces ombres scélérates, Dieu les a jugées.

MAUD, au quaker Eadie.

Mon père, placez-vous à côté du chevalier.

[Tous n'asseoient autour de la table, excepté Mistress Andrews, qui s'est adossée à la muraille de droite et qui semble perdue dans une mystérieuse mélancolie.!

Le Lieutenant HARKIS

Un bon verre de rhum, pour dorer les idées!

Mistress NOELLA

La prière, d'abord.

iGeorge Washington et Benjamin Franklin paraissent au fond et regardent , enveloppés dans leurs manteaux de guerre )

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