ACTE QUATRIEME
le flottement du drapeau, 1 illusion du soldat, sans quoi tout drapeau ne serait qu'un lambeau de toile. Donc, à tout défenseur dune cause sa libre foi ! — Comme vous, j'ai la mienne, dans cette guerre. C'est pourquoi je suis ici, — comme vous ! — moins pour fonder une nation nouvelle que pour ouvrir une sorte de Terre-promise à tous les proscrits de 1 Humanité !
Franklin le regarde.)
C'est pourquoi cette colonne lumineuse qui, jadis, guida les milices d'Israël, apparait, par instants, au front des nôtres, comme si nous étions, nous aussi, des prédestinés. Je crois que notre vraie mission est de servir d'exemple ! Je crois que nous combattons non seulement pour l'Amérique, mais pour un nouveau monde ! Non seulement pour conquérir l'indépendance de ce sol adoptif, mais pour qu'au bruit du tomber de nos entraves rompues s'éveillent, en sursaut, de toute part, sur la terre, ceux qui sont faits pour délivrer! Enfin, je sens que, mystérieux éclaireurs, nous élevons les premiers, au loin, dans la nuit de nos forêts, par delà l'Océan, par delà les patries, pour toute la race humaine, un grand flambeau, — désormais et. grâce à nous, inextinguible, — la Liberté !
{Washington, accoudé, mangeant le pain noir avec les autres, regarde silencieusement Stephen.)
FRANKLIN
Ashwell, vous êtes jeune ; vous avez une fiancée qui vous aime; s'il vous fallait sacrifier amour, fiancée, avenir, pour ce grand idéal ?
STEPHEN
Ah! si je répondais non, H montre Ruth en souriant) serais-je digne d'elle?
FRANKLIN
Et vous, miss Ruth Moore. cette parole du commandant Ashwell, votre fiancé, satisfait-elle votre cœur?
RUTH. un peu surprise.
Moi, général? — Je dis comme sir Stephen : ne suis-je pas ici?
FRANKLIN, à Stephen.
Et que serait, selon vous, cette Liberté, pour laquelle vous êtes prêt à ces désintéressements ?
STEPHEN
Ah ! demandez-moi ce que j'entends par la Lumière! — La Liberté ?... Cela veut dire que l'Homme s'éveille, confusément, que son aurore va luire, et que les temps sont enfin venus pour lui de lever sans peur le front vers les cieux... Avec un grave sourire :) comme vous en avez donné l'exemple vous-même, Benjamin Franklin, le jour où vous en avez arraché la foudre.
[Interruption. Une flèche vient, par une fenêtre, clouer à la muraille un drapeau américain. Des pierres frappent les portes. Cri d un blessé. Eclats de rire féroces au loin.)
WASHINGTON
— Qu'est-ce? Des Indiens, n'est-ce pas?
FRANKLIN, qui s'est levé et regarde tranquillement à la fenêtre.
Oui. — Ce sont des hordes de Sioux. Ils descendent le fleuve dans leurs pirogues, emportés par le courant. Ils ont vu de la lumière ici et la saluent, en passant, d une volée de pierres et de flèches, avec des huées de joie.
Mistress ANDREWS, à elle-même relevant la tête.
— Ah ! lord Cecil s'est défié de mon avertissement : il le fait contrôler par ses éclaireurs indigènes. — Bien!
HARRIS, aux soldats, indiquant la fenêtre d'un mouvement d épée.
A volonté!
| Les soldats vont mettre en joue.) WASHINGTON, arrêtant du geste lis soldats.
Que pas un coup de feu ne soit tiré : laissons-les disparaître. Le bruit des fusils pourrait être entendu au loin par