‹ Le nouveau monde industriel (volume 2)Chapitre 44 sur 120 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

Contrariété de l'éducation civilisée avec la naiure ei ie

bon sens.

En passant des principes à l'application , je dois rappeler que la difficaltë apparente en théorie sociétaire , c'est d'établir une répartition satisfaisante pour les 8 facultés industrielles de chacun, GirrrAL, Tbavail et TàiBiiT. L'ordre civilisé ne sait répartir équitablement que sur le capital , en raison des Tersemens; c'est un problème d'arithmétique et non de génie ; le nœud gordien du mécanisme sociétaire, est l'art de satisfaire chacun sur le travail et le

IIIBOSTIIBI. 277

talent. Ces! là Tobstade qai a ëpoaTaoté toas les siècles et empêché les recherches.

Poar escobarder ce double problème de rëpar* tition, la secte Owen met en jeu la communauté des biens , Tabandon à la niasse, de tout profit autre que celui de revenu des actions. G*est avouer qu'elle n*osepas même envisager le problème d'association.

On ne peut atteindre à cette répartition équilibrée qu'en étendant aux 3 sexes Tharmonie des passions. Les enfans considérés chez nous comme nuls en mécanique sociale, sont la cheville ouvrière de rharmonie sociétaire et de l'attraction industrielle; il faudra donc examiner d'abord les ressorts que l'attraction met en jeu chez le sexe neutre ou impubère , qui étant privé de deux passions , amour et paternité , n'a pas autant de ressources que rage pubère pour la formation des Séries passionnées. La méthode une fois étudiée sur les enfans sera d'autant plus facile à appliquer aux S autres sexes qui présentent plus de moyens , plus de pas* sions. Cest donc par l'éducation qu'il faut commencer , d'autant mieux qu'elle sera la branche do mécanisme qu'on devra organiser la première, parce que les enfans n'étant que peu faussés par le préjugé et les défiances , seront plus dociles à l'attraction que les pères ; ils s'y livreront en plein dès la I** semaine , et manifesteront bien vite l'excellence du régime des Séries passionnées.

L'éducation sociétaire a pour but d'opérer le

278 HouYiAU mmhB

plein doveloppement des facultés malërielles et intellectuelles , les appliquer toutes , môme les plai» sirs , à Tindustrie productive;

L'éducation civilisée suit une marche opposée, elle comprime et dénature les facultés de Ten* faut ; le peu d'essor qu'elle leur laisse ne tend qu*à Tcloigner de l'industrie , la lui rendre odieuse , lex* citer à la destruction. Elle dirige donc le jeune âge a contre-sens de la nature ; car le I«' but de la nature ou attraction est le lcxs : il ne peui naître que de l'industrie partout odieuse à Teufant , quoique les produits industriels, gimblettes, panaches, friandises, aient un vif attrait pour lui. Il est donc en développement faussé , en guerre contre lui-même. Nos soi-disant observateurs de Thomme ne s*aper* çoivent pas de ces contre-sens de mécanisme : analysons - les avec disliiiction de luxe interne el externe,

Liixi iRTEBifB, rigueur corporelle et raffinement de» sens. L'éducation civilisée est contraire à la santé, elle affaiblit l'enfant en raison des frais d'éducation* Cent enfans de dix ans, pris au hasard dans la classe opulente qui leur donne des gardes et médecins, et de bons comestibles , seront bien moins robustes que cent enfans de village à demi-nus , exposés aux intempéries, nourris de pain noir et dépourvus de mé* decins : ainsi l'éducation civilisée éloigne l'homme de la santé ou luxe interne , en raison des efforts qu'elle fait pour Vy conduire. Elle 1 éloigne aussi du

imnrsTRrBL, â79

rafflniment des sens qai , grossiers naturellement chez Tenfant villageois, sont grossiers spëeulativement chez Tenfant opulent. Les pères et précepteurs entravent chez lui les penchans à la parure et surtout au raffinement gastronomique, principal ressort de réducation naturelle ou harmonienne.

D'autre part les civilisés , même au village , sont moins robustes que les sauvages qui n'ont aucun système d*éducation philosophique. (Je parle des contrées où le vdisinage des civilisés n*a pas aba* tardi les hordes, par les vexations, les liqueurs fortes, les maladies, etc.)

Cependant, parmi les civilisés, on voit souvent des exemples de longévitéqui attestent que Thomme pourra fournir une très-longue carrière , lorsqu'il sera secondé par Téducation naturelle et l'industrie attrayante. Il atteindra communément au terme des ultra -centenaires , tels que la famille Rovin , en Hongrie, dont les moins robustes ont vécu 14â ans, et qnelqnes-uns 170 ans , longévité qui s*est étendue aux femmes comme aux hommes.

Récemment en France un chirurgien nommé TiiAir , à Vnndemont en Lorraine (octobre 1835), est mort à Tâge de 140 ans, avec des circonstances qui promettaient 180 ans. « La veille de sa mort, 9 disent les rapports , il avait fait avec beaucoup » dliabileto et d'une .main ferme, l'opération du 1* cancer a une femme âgée. Jamais il n'avait été » saigné ni purgé, ni médicaraenté, n'ayant jamais

280 IfOOVBAO HOHPB

» été malade, quoiqu'il n*ait jamais passé aucun n jour de sa vie saris s*énivrer à soupe , repas qu'il » n'a jamais manqué de faire. » On voit que sa mort prématurée fut Teffet de quelque impression nuisible que lui causa Topération de la Teille. Tel est le genre de santé qu'on obtiendra communément de réducation sociétaire.

La nôtre , qui nous éloigne de la santé ou luxe interne, opère de même à contre-sens quant au luxe externe ou richesse. Je viens de Tubserver au sujet de la manie destructive des enfans, et de leur aversion pour Tindustrie utile. Mais de toutes les preuves^ la plus frappante est celle déjà donnée dans la préface, Vabsorpiion des vocaHons, J'ai cité à ce sujet le charretier devenu habile fondeur par effet d» hasard^ par initiation fortuite. Cet événement est la condamnation de tous les systèmes d*éducation civilisée; ils ne donnent aucun moyen de discerner et faire écloro dès le bas âge les vocations industrielles , au nombre de vingt et trente , et non pas une seule : au contraire, ils travestissent tous les caractères. Sénèque et Burrhus ont formé Néron, qui eût été en harmonie un très*beau caractère ; <4Condillac, avec toutes ses subtilités métaphysiques ne sut produire qu'un imbécile; J.-J. Rousseau n'osa pas élever ses enfans ; Diderot et tant d'autres n'ont pas mieux brillé en ce genre. An reste , la civilisation sent fort bien qu'elle est tout- a -fait hors de nature eu éducation ; c'est

à peu près le seul point sur lequel elle soit assez modeste pour avouer qu'il lui reste beaucoup à inventer.

Je supprime plusieurs pages de détails très-im* portans sur cette contrariété de l'éducation civilisée avec la h atuiv. Il resterait à examiner sa contrariété avec le bon siiis, par confusion de méthodes et duplicité d'action. Indépendamment des variantes de système en institution publique , on entremet encore, soit dans le domestique , soit dans le monde, une douzaine de méthodes hétérogènes , donnant a l'enfant autant d'impulsions contradictoires , les-> quelles, à l'âge de puberté, sont absorbées par une nouvelle éducation, dite V esprit du monde ; c'est encore un des chapitres à omettre pour abréger. J'ai décrit quatre de ces méthodes, dans le Traité de l'Association domestique- agricole ; il en est un bien plus grand nombre : j'en compte jusqu'à seize, don* nées par les pères , les précepteurs , les voisins , les parens, les camarades, les valets, etc. Je me borne à en citer une.

La BonoAiRi, ou absorbante^ qui broche sur toutes les autres : elle en élimine ou modifie tout ce qui n'est pas à sa convenance. Lorsque l'enfant , a Id* ans, fait son entrée duns le monde, on lui enseigne A se moquer des dogmes qui intimident et contiennent le bas âge , â se conformer aux mœurs de la classe galante, se rire comuie elle des doctrines morales ennemies du plaisir, se rire bientôt après des prin-*

282 IfODVBAV HONVE

cipes de probité , lorsqa il passera des amourettes aux affaires d'ambition. Quelle absurdité à nos sciences de façonner les enfans a un système d'opinions et de préceptes qui seront dédaignés et même conspués dès Tentrée en âge pubère: car on ne Terra pas un jeune bomme de vingt ans qui, trouvant une beureuse occasion d'adultère, veuille, comme le chaste Joseph, résister a la belle Zaluca, pour obéir à la morale et aux saines doctrines. Un tel jeune homme , s'il s'en trouvait un , serait la fable du public et des moralistes mêmes. Le monde âgé se moquerait mieux encore d'un financier qui , malgré l'assurance d'impunité , ne grivelerait pas une obole. Il serait de toutes voix titré « d'imbécile, Il de visionnaire, qui ne sait pas que lorsqu'on est » au râtelier , c'est pour manger. » Dans quelle fausse position se placent nos sciences, avee ces doctrines de civilisation perfectible , qui ne sont parfaites qu'en impraticabilité ou en sottise : telle est parmi les 16 éducations divergentes, VhèrèdUairef tendance du pore à inoculer aux enfans tous ses défauts. Un procureur, un marchand, donnent pour modèle à leurs enfans le plus rusé ; un père juif vante le plus rampant; un buveur admire celui qui boit bien dès le bas âge ; un joueur les façonne à aimer le jeu ; puis la morale nous conte que l'instituteur naturel est le père !

Passons a l'éducation naturelle ou harmonienne, bien exempte de ces contradictions. Je la diviserai

1R»DSTI1IL. 283

en A phases et tm prélude ou dégrossissement appliqué au bas âge.

Prélude, en âge brut, ou prime enfance, 0 à â ans.

1'* Phase, éduc. antér. en basse enfance, 2 à 4 1/2.

S* — £ducat. citer, en moyenne enfance, 4 1/2 à 9.

S* — Educat. ultér* en haute enfance, 9 à 15 1/2.

4« — Educat. post. en mixte enfance, 15 1/2 à 20.

Page 1