CHAPITRE VINGTIÈME
Education de la tribu des bambiuê par les mentorinê
et mentorines,
Noos abordons une classe fort intéressante parmi les enfans sociétaires, celle qui dès Tâge de 4 ans sait déjà gagner beaucoup dCargent : je dois faire sonner ce mérite, puisque c'est le plus apprécié en civilisation, cbei Tenfant comme ches lo père.
Les enfans dont il s'agit, les bambins et bambines, âge de 3 à 4 1}3 tiennent un rang très*notable dans la phalange; ils forment la 1^* des 16 tribus d'harmonie : mais la V et la lô"" étant 2 âges extrêmes ou âges de transition, d'ambigu, dérogent en divers point aux règles générales ; par exemple elles n'ont point de sous-tribu en demi-caractère* J'en ai expliqué les causes.
La distinction du plein et du demi-caractère est l'objet principal de l'éducation des bambins, confiée a une catégorie de fonctionnaires spéciaux : le nom de mentorins et mentorines que je leur donne est
IRDUSTKIBU 817
asset impropre , car un mentor est an homme qui étonfie le naturel pour y substituer les doctrines ; au contraire les mentorins d'harmonie ne s'attachent qu*à dëyelopper très-exactement le caractère, «fin qu'on parvienne a en discerner le rang en échelle générale , et que ce rang soit bien connu Ters Tâge de 4 ans 1/d où l'enfant devra entrer aux chœurs de chérubins et chérubînes.
Les mentorins ont une 2^ tâche qui est de discerner le tempérament do Tenfant et lui assigner comme au caractère , son rang dans Téchellc des 810 tempéramens de plein titre, ou des 405 de demi* titre.
On ne réussirait point à discerner caractères et tempéramens, si l'enfant pendant l'année passée aux latins avait été gêné dans ses fantaisies industrielles ou gastronomiques ; la période lutine est celle du dégrossissement en l'un et l'autre genre ; un lutin s'est déjà prononcé pour diverses branches d'industrie , on voit qucHe carrière il veut suivre, à quelles fonctions la nature le destine. 11 en est de même en gastronomie ; l'enfant au sortir des hauts latins, âge de 8 ans, a déjà des goâts prononcés en gastronomie; il est engagé dans les cabales et l'esprit de parti, aux tables, aux cuisines, et par suite dans lea jardins, les vergers ; ce genre de passion ne se trouverait pas chex un bas lutin de 26 à 28 mois : ainsi le lutin de 86 mois est pleinement dégrossi on arrivant aux bambins.
318 ifocvi&u ■OHM
Parmi les latins on évite de distinguer les 3 sexes par costumes contrastés, comme le jupon et le |>antalon ; ce serait risquer d*empécher Téclosion des vocations et de fausser la proportion des sexes en cliaque fonction. Quoique chaque branche d'industrie soit spécialement convenable à Tun des sexes, comme la couture pour les femmes, la charrue pour les hommes, cependant la nature veut des mélanges , quelquefois par moitié et sur quelques emplois par 1/-4 ; elle veut au moins 1/8 de l'autre sexe dans chaque fonction. Ainsi quoique la caye soit spécialement le domaine des hommes , il convient que la série des cavistes contienne un huitième de femmes , qui prendront parti au travail des vins blancs, mousseux, bourrus, sucrés, et autres genres agréables aux femmes, dont quelques-unes, comme la femme du savant Pittiscus, aiment les vins mâles et vendent au besoin la bibliothèque du sa vantas pour solder en secret le marchand de vin.
Moyennant ce mélange , en chaque emploi, le sexe féminin formera une rivalité utile au masculin. On se priverait de cette concurrence en excluant un sexe entier de quelque fonction , comme la médecine et renseignement ; et ce serait Ten exclure par le fait, que d'empêcher le développement de ces instincts chex les en£ans de 2 à 3 ans. La différence de costumes serait un obstacle à cette éclosion; les filles se sépareraient des garçons ; et il convient de les laisser confondus à cet âge, afin que les pencha os
IRODSTRIBl. 919
exira-sesuek y penchans mâles chex une petite fille, penchans féminins chez un petit garçan, éclosent sans obstacle, par la présentation confuse des deux sexes à chaque atelier, a chaque trsTail.
Ces penchans sont déjà éclos à 3 ans, lorsque Tenfant passe à la tribu des bambins et bambines^ Là on commence à distinguer les sexes qu'il était sage de confondre parmi les lutins. Il semble que cette confusion s*écarte de la règle générale de ri- Talité des sexes, voulue par la 10'' passion, la cabaliste : à cela il faut observer que les lutins et lutines, âge de â à 8 ans, sont la classe de sous-transition en industrie, demi-avénement à l'industrie, car ils ne font que Teffleurer ; les bambins, âge de 3 a 4 1/2, sont la pleine transition à Tindustrie. Or la nature exige que dans les périodes formant transition ou ambigu. Ton déroge aux lois générales du mouvement ; aussi a Textrémité de chaque série de végétaux ou afhimaux, place>t-elle des produits de transition nommés ambigus , mixtes , bâtards , comme le coing, le brugnon, Tanguille, la chauvesouris, produits qui font exception aux méthodes générales, et qui servent de lien.
C'est pour avoir ignoré la théorie des exceptions ou transitions , théorie de l'ambigu, que les modernes ont échoué partout dans Tétude de la nature; ils commencent â s'apercevoir de cette erreur*
Les mentorins ont le même but que les autres
SâO NODTEAO HOR»!
instituteurs, c^est de diriger toutes les facultés de l'enfant à Tindastrie productÎTe et aux bonnes études, par des amorces judicieuses.
En amorce d'industrie, le ressort primordial est toujoiirs la série ou division trinaire : ainsi, qu'on opère sur des bambins, sur des chérubins ou autres, on doit toujours les distinguer en S degrés, les hauts y les moyens et les bas , distinction que nous avons vue appliquée même aux poupons et pouparts, soit pour les âges , soit pour les caractères. Plus on forme de séries, plus le mécanisme est facile. La série à A divisions n'est pas moins parfaite qu'à 3.
On applique d'abord cette échelle aux instituteurs formant pour la basse enfance une série quaternaire, bonnins et bonnines, mentorins et mentorinés ; aucun de ces précepteurs n'exerce sur tous les caractères indifféremment : chacun d'eux se fixe aux catégories d'enfans qui lui conviennent, soit par les passions déjà apparentes, soit par les penchans industriels. Chaque instituteur, dans le choix des en fans à régir, consulte ses sympathies; aucun ne se chargerait comme en civilisation d'une cohue d'enfans confusément assortis. L'enfant de son côté consulte aussi ses affinités dans le choix des instituteurs ; le régime de TaUraction réciproque devant s*établir en éducation comme partout, il n'y existerait plus du moment ou on adopterait la confusion civilisée.
mBuaTsiBL. S2t
Je ne traiterai pas des procédés qu'emploient les mentorlns poar distinguer les caractères et les tenipéramens ; cette branche d'éducation ne sera pas praticable danslesdébuts. D'ailleurs avant d'en parler, il faudrait donner connaissance du clavier général des caractères; voyez 5« section.
La phalange d'essai manquera d*officiers experts en ce genre, au lieu de gens habiles à discerner le naturel des en fans, donner cours à leurs penchans, elle n'aura que des esprits faussés par la morale , excitant l'enfant à réprimer l'attraction, à mépriser les richesses per6des, k âtre en guerre avec ses passions etc : de telles visions nommées aujourd'hui êmneê dodrinea seront inadmissibles dans un ordre où il faudra exciter l'enfant au raffinement des passions, dès l'âge de 2 ans, car on ne peut discerner ni son tempérament ni son caractère, tant qu'il n'a pas des goûts prononcés et cabalistiques sur le choix des travaux et des comestibles.
La fonction des bonnins et bonnines , l'art de faire éolore les vocations, s'exerce encore sur les bambins comme sur les lutins, car il est beaucoup d'industries hors de la portée d'un lutin et sur les* quelles on n'a pas pu mettre ses penchans à Tépreuve ; il est des branches de travail qu'il ne pourra aborder qu'à 10 ans, d'autres à 15 : jusqu'à ce qu'il soit parvenu aux chérubins où l'émulation seule suffira à le guider, il faut lui appliquer les méthodes d'éclosion artificielle. Ce sujet nous conduit à parler
H% RODVIAU BOIDI
des gtmhkites hannoniqutêf sorte d*ainorce industrielle qa*on emploie avec les lutins et bambins : an exemple en va Taire connaître Tusa^.
Nisus et Euryale touchent à Fâg^e de Z ans et sont impatiens d'être admis parmi tes bambins qui ont de beaux costumes , beaux panaches, et une pince à la parade sans y figurer actirement. Pour être admis à cette tribu , il faut donner des preures de dextérité en divers genres d'industrie, et ils y travaillent ardemment.
Ces S lutins sont encore trop petits pour s^entremettre au travail des jardins. Cependant un matin, le bonnin Hilarion les conduit au centre des jardins, au milieu d'une troupe nombreuse de bambins et chérubins qui viennent de faire une cueillette de légumes. L*on en charge douce petits chars attelés chacun d'un chien. Dans cette troupe figurent deux * amis de Nisus et Euryale, 2 ex-lutins admis depuis peu aux bambins.
Nisus et Euryale voudraient s'entremettre avec les bambins ; on les dédaigne en leur disant qu'ils ne sauront rien faire , et pour essai on donne à l'un d'eux un chien à atteler , à Fautre des petites raves à lier en botte ; ils n'en peuvent pas venir à bout , et les bambins les congédient sans pitié, car les enfans sont très-sévères entre eux sur la perfection du travail. Leur manière est l'opposé de celle des pères qui ne savent que flagorner Fenfaot maladroit, sous prétexte qu'il est trop petit.
IRBFSTRIIL. tSZ
NÎBQS et Eurfale congédies reviennent tout chagrins vers le bonnin Hilarion qui leur promet que sous 3 jours ils seront admis s'ils veulent s*exercer â l'attelage. Ensuite on voit défiler ce beau convoi de petits chars élégans ; les chérubins et bambins après le travail achevé ont pris leurs ceintures et panaches, ils partent avec tambours et fanfare, chantant rhymne autour du drapeau,
Nisus et Euryale dédaignés par cette brillante compagnie remontent en pleurant dans le cabriolet du bonnin ; à peine sont- ils arrivés, qu'Hilarion les conduit au magasin des gimblettes harmoniques, leur présente un chien de bois, leur enseigne à latteler à un petit chariot , ensuite il leur apporte un panier d^ petites raves et oignons de carton , leur apprend à en former des paquets , et leur propose de prendre pareille leçon le lendemain ; il les stimule à venger l'affront qu'ils ont reçu , et leur fait espérer d'être admis bientôt aux réunions des bambins.
Ensuite les denx lutins sont conduits vers qnelqn'autre compagnie et remis à un autre bonnin par Hilarion qui a terminé avec eux sa faction de deux heures.
Le lendemain ils seront empressés de revoir le bonnin Hilarion , répéter avec lui la leçon de la veille. Après trois jours de pareille étude, il les conduira au groupe de la cueillette des petits lëgumes,ils sauront s'y rendre utiles,et on les y admet-
SS4 nOOVIAO MIMIDB
' tra aa rang des noTices postalans. Aa retour , à 8 heares, on leur fera Tinsigno honneur de les inviter à déjeuner avec les bambins.
G^est ainsi que la fréquentation d*une niasse d*enfans aura entraîné au bien deux enfans plus petits qui, en civilisation , ne suivraient leurs aînés que pour faire le mal avec eux, briser, arracher, ravager..
Remarquons ici Temploi fructueux des gimblettes: on durtno aujourd'hui à l'enfant un chariot, un tambour qui seront mis en pièces le jour môme, et qui dans tous les cas ne lui seront d*aucune utilité. La phalange lui fournira toutes ces gimblettes en diverses grandeurs, mais toujours dans des circons-^ tances où elles seront employées à rinstruction. S'il prend un tambour , ce sera pour s% faire admettre parmi les bas tambours , enfans qui figurent déjà en chorégraphie : je prouverai de mêmeque les gimblettes féminines, poupées et autres, seront utilisées chez les petites filles , comme le chariot et le tambour chez les petits garçons. ( Voyez 7* notice.)
Des critiques diront que le menu service des 13 petits chars a légumes, serait fait plus économiquement par un grand char. Je le sais, mais pour cette petite économie on perdrait l'avantage de familiariser de bonne heure lenfant à la dextérité dans les travaux agricoles , chargement , attelage et conduite , puis Tavantagebien plusprécieux decréeraux enfans des intrigues sur les cultures auxquelles ils auront coopéré par ces petits services , qui les passionne-
IHDDSTBIIL. 325
ront peu à peu pour l'ensenible de l'agricultare. Ce serait une bien fausse économie que de négliger ainsi les semailles d'attraction industrielle , et les moyens de faire éclore les vocations; épargne aussi désastreuse que la concurrence réductive du salaire, qui réduit les ouvriers en victimes dé naumachie, s'entretuant politiquement pour se disputer le travail.
Un stimulant qn*on ne peut pas faire valoir en civilisation et qui est décisif en régime sociétaire , c*est la précocité de certains enfans. Dans toutes les catégories il s'en trouve de précoces d'esprit ou de corps. J'en ai vu un qui a 18 mois, valait en l'un et l'autre genre les enfans de 3 ans. Ces précoces montent en grade avant le temps; c'est un sujet de jalousie et d émulation pour leurs pareils dont ils ont quitté la compagnie. La civilisation ne peut tirer aucun moyen émula tif de cette précocité que l'harmonie utilise en matériel et en intellectuel. L'ascension prématurée d'un enfant fait une vive impression sur les plus habiles de la tribu qu'il abandonne , ils redoublent d'efforts pour l'égaler , se présenter bientôt aux examens d'ascension; cette impulsion se communique plus ou moins aux inférieurs , et l'éducation marche d'elle-même par tous ces petits ressorts dont la civilisation ne peut faire aucun emploi, parce que ni Tindustrie ni les études ne sont attrayantes hors des Séries passionnées.
L'état sociétaire peut seul présenter à l'enfant ,
826 ifonyiio bords
dans toutes les branches d'industrie, un matériel échelonné qui fait le charme du bas âge , comme sera une échelle de chariots , bêches et outils en sept grandeurs difiérentes, appliquées aux sept corporations de lutins, bambins, chérubins, séraphins, lycéens, gymnasiens et jouvenceaux. Les outilu tran? chans, haches, rabots, ne sont pas encore liyrés aux lutins et bambins.
C'est principalement par emploi de cette échelle qu*on tire parti de la êingerie ou manie imitalive qui domine chez les enfans ; et pour renforcer cet appÂt, on subdivise les diverses machines, en aouaéchelons. Tel outil à Vusage des lutins est encore de 3 dimensions adaptées aux 8 catégories de haats lutins, mi-lutins et bas lutins ; c'est à quoi devront veiller ceux qui feront les préparatifs de la phalange d'essai.
On emploie de même cette éohelle dans les grades industriels qui sont de plusieurs degrés, aspirant, néophyte, bachelier, licencié, officiers divers.
Dans tout travail, ne fût-ce que l'assemblage des allumettes , on établit cette échelle de grades et de signes distinctifs , afin que l'enfant puisse déchoir ou 8*élever d'un degré selon son mérite.
Les enfans harmoniens ont le même faible que les pères civilisés , le goût des hochets , des titres pompeux , des décorations en tringle , eto : un enfant de Z ans , haut lutin , a déjà pour le moins une vingtaine de dignités et décorii tiens, comme celles d^
tNDVSTBIELfc 227
Licencie au groupe des allaniettefl,
Bachelier au groupe d'égoussage,
Néophyte au groupe du réséda, etc., etc., avec oraemens indicatîls de tontes ces fonctions.
L'on procède arec beaucoup de pompe dans les distributions de grades qui ont lieu aux parades.
L*iinpatience d^admission à ces dignités , ainsi qu'aux échelons bas, moyen et haut de chaque chœur, est un grand stimulant pour les enfans; cet âge étant peu distrait par Tintérét , point par l'amour, est tout à l'ambition de gloriole ; chaque enfant brûle de s'élever de tribu en tribu , d'échelon en échelon , toujours empressé de devancer Tâge , s'il n'était contenu par la sévérité des examens et des thèses : chaque tribu en laisse le choix au récipiendaire , car il est indifférent que Tenfânt prenne parti pour tels ou tels groupes industriels, (chap. 19.) Il doit seulement faire preuve de capacité dans certain nombre de groupes qui, en se l'aggrégeant , attestent par le fait sa dextérité et son instruction. Ces attestations sont expérimentales , et nulle protection ne pourrait les faire obtenir , puisqu'il faut opérer et figurer adroitement dans les fonctions d*épreuve. Les groupes d'enfans étant très-orgueilleux, aucun d'eux n'admettrait un postulant qui pourrait exposer le groupe aux railleries dans les rivalités avec les phalanges voisines.
Je cite pour exemple une bambine de 4 ans et demi , postulant l'admission au chœur des chéru-
Sâ8 IfOOVBAC HOHOB
bines. Elle subira , à peu près , les épreuves suivantes :
1. Intervention musicale et chorégraphique à TOpëra. — 2. Lavage de lâO assiettes en une demiheure, sans en fêler aucune. — 3. Pelage d'un demi-quintal de pommes en temps donnée sans en retrancher au-delà de tel poids indiqué. — 4. Triage parfait do telle quantité de riz ou autre grain en temps fixé. — 5. Art d'allumer et couvrir le feu avec intelligence et célérité. £n outre on exigera d'elle , des brevets de licenciée dans cinq groupes , de bachelière dans sept groupes , de néophyte dans neuf groupes.
Ces épreuves dont le choix est libre pour la postulante , sont exigées lorsqu'elle veut . monter de chœur en chœur ; on en exige d'autres pour monter d'échelon en échelon , comme des bas chérubins aux mi-chérubins , etc.
L'éducation harmonienne dédaigne l'usage des prix qu'on donne aux enfans civilisés et par fois aux pères ; elle n'emploie que des ressorts nobles , plus justes que les prix si souvent donnés à la faveur , comme on l'a vu lors des prix décennaux sous Bonaparte. Elle met en jeu l'honneur et l'intérêt ; Thonneur de s'élever rapidement de grade en grade , et l'intérêt ou récolte de forts dividendes dans plusieurs séries. (Voyez chap. XIX le tableau des ressorts pour la basse enfance : j'en décrirai bien d'autres pour la haute enfance).
lllDlISTKtlL. S19
Joiqu'à 9 ans les ëpreaves roulent sur le mate* rîel plus que sur le spirituel ; et au-delà de 9 ans , plus sur le spirituel que sur le matériel qui est déjà formé.
Dans la basse enfance on s'attache d'abord à obte^ nir Texercice intégral des fonctions corporelles , et le déTeloppement simultané des organes> Si des bambins ou bambines se présentent aux chéru* bina , on exigera d'eux outre les cinq emplois et les brevets indiqués plus haut , une autre épreuve en desiériiè intégrale^ appliquée aux diverses parties du corps , par etemple , les sept exercices qui suivent ;
1**, de main et bras gauche ; 2*, de main et bras droit, ft* , de pied et jambe gauche ; 4' , de pied et jambe droite* 5* , de S mains et un bras; 6*, de t pieds et une jambe ; 7" , un des quatre membres ; plus une thèse intellectuelle qui , selon les facultés de leur âge , roulera sur la compétence de Dieu seul en direction sociale , et Fincompélence de la raison humaine dont les lois n'engiendrent que barbarie et civilisation , que fourberie et oppression.
En gradation des chérubins au séraphins , on sera plus exigeant , soit en matériel sur des exercices plus difficiles que les précédons , soit en intellectuel sur des sujets à portée de Tàge de 6 ans.
Si l'on exige de la basse enfance majorité ou totalité d'épreuves en matériel , c'est pour se conformer à Tînipulsion de l'âge qui est tout au matériel. On ne s'applique en harmonie qu'à seconder l'attrac-
830 rrOOVEAU HOI«DB
lion , favoriser Tessor de la nature avec autant de soin que la civilisation en met à rétouffer.
L'éducation se terminant aux 2 chœurs de joavenceaux. et jouvencelles , ils n*ont plus d'épreuves à subir pour passer aux 2 chœurs d*adoléscens et adolescentes ; mais ces épreuves se prolongent par degrés dans tous les chœurs et échelons de Tenfance , elles sont le ressort qui excite l'enfant impatient de s'élever , et honteux de quelques revers , à solliciter passionnément l'instruction.
Les chœurs et tribus , même les plus jeunes, sont pétris d'amour-propre, et n'admettraient pas on candidat maladroit. 11 serait renvoyé mois par mois, d'examen en examen. Les enfans sont des juges trèsrigoureux sur ce point. L'a£front du refus devient piquant pour ceux qui ont passé Tâge d'admission dans une tribu. Après 6 mois de répit et d'épreuves réitérées , ils sont , en cas d'insuffisance , places dans les chœurs de demi-caractère. Les parens ne peuvent pas se faire illusion sur leur infériorité, ni prôner, comme à présent la gentillesse d'un enfant idiot. L'émulation est étoufiëe dans sa source, tant que les gâteries du père n'ont aucun contre-poids*
Le renvoi au demi-caractère, quoique peu flatteur, n'est pas offensant , parce que cette classe contient beaucoup d'individus disgraciés en facultés sensv^elles, quoique remplis d'aptitude intellectuelle. La* dite classe contient aussi certains ambigus précieux, figurant dans 2 caractères et doublant l'un et l'autre.
INDOSTRIBL. 2^1
D*ai)leur8 comme le plein caractère formé ua corps très-nombreux où rarahcement est difficile , les enfans faibles en moyens intellectuels se décident aisément pour le demi-caractère, où la faiblesse réelle d'un sujet se trouve déguisée sous un rôle d'ambigu.
£n outre lorsqu'un enfant passe au demi-carac« tère de la tribu supérieure y c'est pour lui un avancement réel qui. ne l'empêchera pas de passer au plein caractère de cette tribu, lorsqu'il fera preuve de l'aptitude nécessaire.
Certains individus peuvent passer leur vie entière dans les chœurs de demi-caractère ; ils n'en sont pas moins heureux pour cela , ni déconsidérés, puisque cette classe y je l'ai dit, contient des individus de très-grand prix. On sait d'ailleurs que souvent un caractère mal prononcé dans les premiers âges, se déploie avec le temps et devient un titre de très-haut degré.
Du reste, dans le demi comme dans le plein caractère , les nombreux moyens d'attraction industrielle/ (voyez ceux de la basse enfance) , conservent toute leur influence. La seule envie de passer des aspirans aux néophytes de tel groupe , des néophytes aux bacheliers, suflit pour électriser un jeune enfant dans les ateliers , jardins , étables et manœuvres : l'on est moins en peine d'exciter son émulation que de modérer son ardeur , et le consoler d'une irapéritie dont il s indigne et s'efforce de se corriger.
393 NODVEAO HONÉB
Quel contraste areo les enfans cmlisës qa*on dit charmans, et qui à 4 ans n*ont d'autre talent que de tout briser et souiller , et de résister au travail auquel on ne peut les résoudre que par le fouet et la morale.
Aussi leur sort est-il si ilàcheux qu'ils soupirent tous après la récréation j chose qui sera ridicule aux yeux des enfans harmoniens. Ils ne connaîtront d'autre amusement que de parcourir les ateliers et les réunions bien intriguées sur Tindustrie. L'un des prodiges qu'on Tiendra admirer dans la phalange d'essai , sera le spectacle d*enfans qui ne yoadront jamais se récréef , mais toujours passer d'un travail à un autre, et qui n'auront de sollicitude que celle de savoir quels rassemblemens vont être négociés à la bourse pour les travaux du lendemain , par les chœurs de chérubins de qui les bambins prennent l'impulsion , car ils ne sont pas encore en activité à la bourse , et n'ont la direction d'aucun travail»
- La pleine liberté qu'on accorde aux enfans harmoniens ne s'étend pas aux licences dangereuses ; il eerait ridicule qu'on permit à un bambin de manier un pistolet chargé. Les harmoniens n'abusent pas du mot liberté comme les civilisés qui, sous prétexte de liberté , autorisent chez un marchand toutes les fourberies imaginables.
L'admission a manier l'arme à feu , les chevaux nains, les instrumens tranchansy n'est accordée que
HIDVSTBIIL. 818
par degrés , lorsqa^on 8*élève de chœur en chœur , d*ëchelon en échelon ; et c^est un des moyens d*émulation qu'on met en jeu pour stimuler l'enfant à rindustrie , à Tétude sans jamais Fy obliger.
On ne verra pas cette émulation en pleine activité dans la phalange d'essai, parce qu'elle manquera de tous les ressorts que fournissent les relations extérieures pour exciter Tamour-propre et les rivalités parmi l'enfance. Un enfant de cette phalange n'aura pas la perspective d'arriver dès l'âge de 12 à 13 ans à de hautes dignités telles que le commandement de dix mille hommes dans une manœuvre de parade ou d'armée ] mais il suffira des résultats déjà très-brillans qu'on obtiendra au début , pour faire juger de ceux que donnera le nouvel ordre, quand il sera pourvu de toutes les ressources , et élevé au plein mécanisme par l'organisation générale.
Il est dans l'éducation des bambins et bambines , une branche sur laquelle je n'ai pas pu disserter, c'est l'art de déterminer le caractère et le tempérament de l'enfant , l'échelon qu'il occupe dans une échelle de 810 pleins et 405 mixtes , plus les trans* cendans. C'est une discussion qui sortirait du cadre des connaissances actuelles; j'ai du l'éviter et je n'en fais mention que pour signaler la haute importance du rôle de mentorin et mentorine auquel sont affectées ces fonctions scientifiques.
Faut-il s'étonner que la nature qui assigne aux mentorines un emploi si éminent , leur inspire du
ux
IfODTIAU HOIfDB
dégoût pour lef rôles subalternes de rédacaiion , le soin des marmots au berceau ? Gomment pourraient-elles vaquer à l'ëclosion des caractères , à celle des penchans industriels , à la classification des tempëramens , et aut épreuves très-délicates qu'exigent ces divers services , si elles étaient obligées de passer tout leur temps à donner la bouillie aux marmots, écumer le pot , ressarcir les culottes pour se rendre dignes d*un mari moraliste. Il est donc dans Tordre que les femmes réservées à ces hautes fonctions dédaignent la broutille du ménage, et que ne trouvant pas dans l'état civilisé des emplois dignes de leur talent, elles se jettent dans les distk*actions, bals , spectacles , amourettes , pour combler le vide que la mesquinerie civilisée laisse à tous les caractères supérieurs. Cest bien à tort qu'on les accuse de dépravation , quand on ne doit accuser qae le régime civilisé qui , en éducation Comme en toutes choses, n^ouvre de carrière qu^aux femmes enclines k la petitesse, à la servilité, a l'hypocrisie. L'étalage d'amour maternel n'est souvent qu'hypocrisie, marchepied de vertu pour les femmes qui n'ont aucune vertu réelle , aucuns moyens.
Diogène dit que l'amour est l'occupation des paresseux ; on en peut dire autant des excès mater* nels. Ce beau zèle de certaines femmes pour le soin du marmot , n'est qu'un pis-aller de désœuvrement. Si elles avaient une vingtaine d'intrigues industrielles a suivre pour leur intérêt et leur renommée,
IHDOSTBIBL. M5
elles seraient fort aises qa*oii les délivrât du soin des petits enOeuis , sauf garantie de lf»ur bonne tenue.
L'harmonie ne commettra pas comme nous la sottise d'exclure les femmes de la médecine et de l'enseignement , les réduire à la couture et au pot. E)le saura que la nature distribue aux 2 sexes par égale portion , l'aptitude aux sciences et aux arts , sauf répartition des genres ; le goût des sciences étant plus spécialement affecté aux bommes , el celui des arts plus spécialement aux femmes , ei| proportion approximative de
bommes , d;i aux sciences , 1/S aux arts.
femmes y 2/d aux arts, 1/S aux sciences.
bommesy ^Z à la grande culture, 1;8 à la petite.
femmes, SfS à la petite culture, 1/8 à la grande*
bommes, 2/3 aux mentorins, 1/8 aux bonnins.
femmes, 2/8 aux boimiiies, 1/8 auf mento-
vines.
Ainsi les philosophes qui veulent tyranniquement exclure un sexe de quelqu'emploi , sont comparables à ces méchans colons des Antilles qui , après avoir abruti par les supplices leurs nègres déjà abrutis par l'éducation barbare, prétendent que ces nègres ne sont pas au niveau de l'espèce humaine. L'opinion des philosophes sur les femmes est aussi juste que celle des colons sur les nègres.
L'éducation harmonleone en direction des peup)ians, se trouve achevée à l'époque où la nôtre n'est
8S6 ICODTB&V BOIIOE
pas commencée, à Tâge d'enTÎron A ans 1/d. Dès cet âge l'enfant passant à la triba des chërobins , s'élèvera par le seul effet de Fattraction et de Fémulation . Sans doute il aura encore beaucoup à apprendre jusqu'à 20 ans , mais ce sera qui lui demandera renseignement , et s'instruira de lui-même dans les réunions scientifiques ou industrielles. Aucun officier ne le surveillera pour le diriger comme les bambins et lutins ; il sera dès Tâge de 5 ans ce qu'est chez nous l'homme de 25 ans qui ne s'iustruit qu'à son gré et fait d'autant plus de progrès.
Ajoutons une différence à établir entre les deux éducations ; c'est que la nôtre sépare les sciences et l'industrie qui sont toujours réunies dans l'ordre sociétaire. L'enfant y fait marcher de front l'agriculture, la fabrique, les sciences, les arts ; c'est une propriété de l'exercice parcellaire et des courtes séances, méthodes impraticables hors des Séries passionnées.
Conclusiotis.
Avant d'aller plus loin en éducation, remarquons la contrariété de nos méthodes civilisées avec le vœu de la nature. Loin de vouloir que les femmes soient toutes uniformes en penchans maternels , toutes empressées de soigner les petits enfans , elle n'en veut affecter à ce soin qu'environ le huitième , et répartir ce petit nombre à des fonctions très*
iRvrsTiiii.. S37
opposées » celles de bonnes, bonnines et mentorines qui n*ont aucun rapport, et qui encore sont subdi- TÎsées chacune en emplois parcellaires , en diffë* rens rôles snr lesquels on a Toption.
En outre la nature veut mettre en concurrence les sexes et les instincts ; ce sont des instincts trèsdifierens , que ceux des 3 corporations précitées , et cependant ils concourent à former une série coopérative des 2 sexes dans Tensemble dje la basçe éducation.
Ainsi dès son enfance lliomme n^est poi^t compatible avec la simple nature , il faut pour 1 élever un vaste attirail de fonctions contrastées et graduées , même dès le plu< bas âge où il n'esl point fait pour le berceau. J.-J. Rousseau s'est insurgé contre cette prison où Ton garotte les en fans , mais il n'a pas su imaginer le régime de nattes élastiques, des soins combinés et des distractions nécessaires à Tappui de cette méthode. Ainsi les philosophes ne savent opposer au mal que des déclamations stériles , au lieu dlnventer les voies du bien qui , fojrt éloignées de la simple nature , ne naissent que des méthodes composées.
Plus nous avancerons dans l'examen de Tédncation harmonienne , plus nous reconnaîtrons cette contrariété de la morale avec la nature : il convient d'en récapituler ici quelques détails tirés de l'éducation de basse et prime enfance. La morale veut fonder le système d*éducation
8S8 ROUTE AU HOIfDB
des petits enfans, sur la plus petite réunion domestique , celle du ménage conjugal. La nature veut fonder cette éducation sur la plus grande combinaison domestique , distribuée en 3 degrés , les groupes , les séries de groupes et la phalange de séries. Hors de cette vaste réunion , Ton ne peut ni former les deux échelles de fonctions et de fonctionnaires exerçant émulativement sur chaque parcelle de réchelle, ni satisfaire chez Tenfant le caractère et le tempérament qui ont besoin des salles et des services annexés à cette double échelle , services impraticables hors d'une phalange de Séries industrielles. Aussi dans les ménages de famille , Fenfant s'ennuie-t-il au point de hurler nuit et jour, sans que ni lui ni les parens ne puissent deviner les distractions dont il a besoin et qu*il trouverait dans un séristère de prime enfance.
La morale veut que dans ce ménage de famille , le père se complaise à entendre le vacarme perpétuel de marmots, qui le privent de sommeil et troublent son travail. La nature veut au contraire que rhomme , pauvre comme riche , soit délivré de ce charivari moral, et que rendu à sa dignité, il puisse reléguer en local éloigné cette diabolique engeance, placer les enfans en lieu où ils soient sainement et agréablement tenus, selon la méthode sociétaire qui assure le repos des pères , des mères et des enfans ; ils sont tous harcelés par le régime civilisé nommé doux Aiénage, véritable enfer pour le peuple, quand
IHSIISTKIBL. 889
il n'a ni appartement sépare pour les marmots , ni argent pour subvenir à leurs besoins.
La morale veut que la mère allaite son enfant ; précepte inutile avec les mères pauvres qui forment les 7/8 ; loin cl*avoir de quoi payer une nourrice , elles cbercbent des nourrissons payans. Quant aux mères fortunées, en nombre de 1/8 , il faudrait leur interdire cette fonction, car elles sont assassines de l'enfant. Par désœuvrement , elles s'étudient à lui créer mille fantaisies nuisibles , qui sont un poison lent et tuent la plupart des enfans riches.
On s'étonne sans cesse que la mort enlève le fils unique d*one opulente maison , tandis qu'elle épargne dans les chaumières de misérables enfans privés de pain; ces marmots de village ont une garantie de santé dans la pauvreté de leur mère qui , obligée d*aller au travail des champs , n'a pas le temps de s'occuper de leurs fantaisies , et encore moins de leur en créer, comme le fait la dame du château. Ainsi J.-J. Rousseau en croyant rappeler les mères au tendres sentimens de la tendre morale y a fait naître la mode d*allaitement, chez la classe de femmes qu'il fallait en exclure ; car dans cette classe riche elles manquent pour l'ordinaire ou de la santé nécessaire, ou du caractère froid et prudent qui serait un préservatif de mal pour la mère et Tenfant.
La morale défend au père de gâter l'enfant ; c'est au contraire la seule fonction réservée au père, son
840 nouTBAU uanéi
enfant étant saffisammeut critiqué et remontré en régime sociétaire , par les groupes qu*il fréquente, ôtt s'il est très^petit, par les bonnes qui le soignent au séristère du bas âge.
La morale veut que le père soit instituteur naturel de Tenfant ; c'est un soin dont la nature l'exclût et qu'elle rcserTC aux bonnins et mentorins, genë formés pour cette fonction par Tinstinct et Tesprît corporatif.
La morale veut qu'on place autour de l'enfant une deminiouzaine d'aïeules et tantes , sœurs et cousines, voisines et commères pour lui créer des fantaisies qui nuisent à sa santé et lui fausser l'oreille par là niusique française. La nature veut qu'on n*emploie pas le vingtième de cet attirail pour tenir l'enfant gaimenl et sainement, dans un séris-» ière assorti a tous les instincts dû premier âge.
La morale vent que l'enfant sdit élevé dès le bas âge à mépriser les ricbesses, et estimer les marcbands ; la nature veut au contraire que l'enfant soit élevé de bonne heure à estimer l'argent et s'évertuer à en acquérir par la pratique de la vérité qui, en civilisation ne peut pas conduire aux ri« chesses, et qui est incompatible avec le commerce inversé ou méthode actuelle.
La morale veut qu'on ne permette aux enfans au-^ cun raffinement, surtout en gourmandise, et qu'ils mangent indifféremment, tout ce qu'on leur présente. La nature veut qu'on les élève aux exigence^
IRDD6TBIBL. S41
gastronomiqaes, aux finesses de cet art qui, en harmonie, derient moyen direct de les passionner pour ragricnlture. ( Traité de FAssociation dômes* tique«agricole*)
U est donc certain que la morale , même en lui supposant de bonnes intentions, joue le rôle d'un médecin ignorant qui ne donne que des avis pernicieux, ne sait que contrarier les vues de la nature et tuer les malades avec un étalage de belles doc* trines. Mais est-il certain que la morale et ses coryphées aient de bonnes, intentions ? Avant de prononcer sur ce point, continuons à analyser la contrariété de cette science avec la nature ; après l'avoir pleinement convaincue de contre-sens perpétuel, nous examinerons ses perfidies égales, à son ignorance.