‹ Le nouveau mysticismeChapitre 8 sur 12 · L^ESPRIT NOUVEAU · texte numérisé non relu

L^ESPRIT NOUVEAU

jours rencontré chez elle un des caractères généraux de Tesprit nouveau ; mais ce qui nous intéresserait surtout, ce serait un retour de la philosophie vers un certain mysticisme, vers des succédanés de la religion, ou même vers des religions véritables ; les exemples n'en ont pas manqué dans le courant du siècle, ils peuvent nous servir à la fois à indiquer la persistance et la force des tendances comprimées qui se réveillent aujourd'hui et aussi la différence entre ce qu'étaient ces tendances et ce qu'elles sont devenues. Un fait intéressant à cet égard est la tentative d'Auguste Comte aboutissant à la religion de l'humanité et à la méthode subjective. Ici l'essai de systématisation théorique et pratique est reconnue par son auteur, la méthode subjective ayant pour but avoué de ranger toutes nos connaissances dans l'ordre qui permettra à l'humanité d'en tirer parti, de déterminer quelles sont les connaissances qui peuvent entrer dans cet ordre et même de faire admettre des croyances, des façons de se représenter les choses qui n'ont rien de bien scientifique, mais qui répondent à nos besoins. Je ne pense pas au reste que le positivisme religieux qui mérite plus de considé-

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ration qu'on ne lui en accorde depuis Littré et Stuart Mill, recrute des prosélytes bien nombreux, mais il continue à vivre, et en somme il a eu moins d'éclat, mais plus de durée que l'école purement scientifique rendue un moment populaire par les travaux de Littré. Actuellement ni Tune ni l'autre doctrine ne paraissent de nature à nous satisfaire. Le positivisme scientifique nous paraît à la fois trop peu scientifique, trop peu prouvé dans plusieurs de ses conclusions, trop arrêté, trop précis aussi. Le positivisme religieux a des défauts analogues, ce qui n'est pas surprenant ; c'étaient les défauts de l'esprit d'Auguste Comte. Ce grand organisateur faisait des cadres trop rigides, trop nombreux, trop étroits, pour contenir tout ce que l'homme peut sentir ou connaître. Mais si ni l'une ni l'autre des formes que sa doctrine a prises ne parait devoir définitivement triompher, l'une et l'autre laisseront des traces fécondes. A bien des égards Comte est un précurseur dont le tort a été de vouloir faire du définitif.

Le succès de la théorie de l'évolution donne lieu à des considérations analogues, ainsi que son déclin. La philosophie de M. Herbert Spencer est très connue chez nous et très

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appréciée. Peut-être est-elle un peu moins en faveur depuis quelque temps. Ce qui Ta fait triompher, c'est sans doute les qualités du philosophe anglais, la puissance de la généralisation, l'ampleur des Tues, l'étendue des connaissances, l'ingéniosité des détails, c'était aussi la simplicité de la formule à laquelle le monde entier se laissait ramener, un peu péniblement parfois. Du reste, il ne faut pas s'imaginer que le succès de la philosophie évolutionniste fut absolument le triomphe de l'esprit scientifique. Sans doute on était charmé d'avoir un système du monde qui prétendit ne s'appuyer que sur l'expérience et le raisonnement scientifique, mais on était charmé surtout d'avoir un système du monde et comme il ne péchait pas par où péchaient les croyances religieuses que l'on venait de rejeter ou qui étaient au moins bien ébranlées, on l'acceptait malgré ses imperfections, malgré les nombreuses hypothèses qu'il nécessitait, malgré le manque de rigueur et de précision de certaines de ses parties, on l'acceptait parce qu'il venait remplir une place vide, qui ne pouvait rester vide. Malheureusement, sur un point, le système a failli ; il suffisait tant bien que

mal à la théorie, il n'a pu suffire à la pratique ; il avait systématisé nos connaissances, on pouvait du moins l'admettre à la rigueur, mais il n'a pas offert assez de prise au besoin, exagéré d'ailleurs chez l'homme, de se soumettre Tunivers ou tout au moins d'y trouver soit des instruments de domination, soit une collaboration consciente ou inconsciente.

L'homme était trop perdu dans un univers mécanique avec lequel il ne pouvait guère sympathiser. Peut-être l'idée qu'elles étaient en harmonie avec la loi générale de l'évolution et qu'elles contribuaient pour leur part à en rendre les manifestations régulières, a-t-elle sufTià quelques personnes. Il est des esprits qui se plaisent assez à la contemplation désintéressée des lois abstraites pour ne pas, au moins de quelque temps, désirer autre chose, et pour en tirer des impressions très vives. On se rappelle la belle page, pleine d'une sorte d'admiration respectueuse consacrée par M. Taine à « l'axiome éternel » .

C'est toujours avec une certaine émotion qu'on entre dans les secrets de l'univers, la lecture de Spencer, à ce point de vue, est* attirante et j'imagine que plusieurs ont ressenti, comme moi, une forte et presque reli-

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