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CHAPITRE VIII

Saint-Thomas-d'Acquin.

L'Alibaye-anx-Bois.

- Le Musée d'artillerie. — Sainte-Glotilde.

- La Fontaine delà Rue de Grenelle.

Pour nous rendre à l'extrémité opposée du YI" arrondissement, nous avons à parcourir des rues bordées de. beaux hôtels : quelques-uns sont encore habités par les descendants des plus vieilles familles de France; d'autres ont été modifiés ou agrandis pour recevoir les ministères de l'Intérieur, de l'Instruction publique, de la Guerre et des Travaux publics. Presque chaque année des améliorations s'accomplissent dans les salles de réception ou dans les bureaux de ces grands centres administratifs. Ainsi les salons du ministère de la Guerre ont été' complètement restaurés en 1859, dans le style du x\u° siècle, d'après les dessins de M. Delarue. Le grand salon carré, qui était jadis la salle d'armes, est blanc et or; des pilastres composites, reposant sur leurs socles, supportent une voussure ornée de cartouches, d'aigles et de rinceaux. Entre les pilastres sont des panneaux, dont plusieurs renferment des dessins allégoriques représentant les quatre parties du monde.

La nouvelle galerie des armures faisant suite au grand salon est une des plus belles de ce genre. Sur chaque panneau assortent les armures, disposées en forme de panoplies; au centre se trouve le buste de Napoléon III, entouré d'un faisceau de drapeaux.

Le maréchal Randon a inauguré ces riches salons, le 15 février 1800, par une fête a laquelle assistèrent le prince Napoléon, la princesse Clotilde, les maréchaux Pélissier et. Magnan, des notabilités des armées de terre et de mer, et un grand nombre de personnages de distinction, appartenant à la diplomatie, aux grands corps de l'État, aux corps savants et à la société parisienne.

LE PALAIS BOURBON

Plusieurs établissements situés dans le VIIe arrondissement dépendent du ministère de la Guerre ; tels sont l'École d'application d'état-major, le Dépôt de la guerre et le Musée d'artillerie. Les diverses collections dont, se compose ce dernier Musée sont distribuées dans six grandes salles ou galeries. Les anciennes armes défensives, telles que cottes de mailles, brigandines, armures de pied en cap, cuirasses, casques, boucliers, etc., sont placées dans la plus vaste de ces pièces qui a pris le nom de Galerie des armures. Les collections d'armes offensives et une grande quantité de modèles d'armes de toute espèce, de machines et. d'instruments servant à l'artillerie, occupent les quatre autres galeries. Enfin les modèles de tous les systèmes d'artillerie sont classés dans la grande salle du rezde-chaussée.

La galerie des armures se trouve partagée, d'après l'ordonnance de sa colonnade, en trois parties ou travées, séparées l'une de l'autre par des colonnes accolées, surmontées d'arcades. Sur les côtés et au milieu de cette galerie, à commencer par la travée du fond, ont été rangées chronologiquement les armures de pied en cap et autres, d'après les formes caractérist'ques qui déterminent l'époque à laquelle appartient chaque armure.

La collection des épées et armes blanches anciennes et modernes se trouve le long de la petite galerie contiguë à la galerie des armures.

La série des armes à feu portatives, série très-remarquable, est établie dans les trois autres galeries du musée, sur des râteliers placés en face des croisées. Cette série chronologique, s'étend depuis la plus ancienne des armes portatives à feu, l'arquebuse à mèche, jusqu'au fusil à platine percutante. Ce qu'il y a de plus précieux en ce genre par la beauté du travail , par la richesse des ornements, par la singularité des formes ou par l'importance historique , est conservé dans quatre armoires vitrées placées au milieu de. chacune des quatre galeries:

En face des râteliers d'armes règne une suite de tables destinées à recevoir : 1° les modèles des machines et des instruments employés dans le service de l'artillerie; 2" les modèles des machines, des instruments et des outils servant, aux constructions des armes de guerre et aux différents métiers qui concernent ces constructions. Sur le parquet, sur les po:tecrosses des râteliers, et sous les tables, sont placés des modèles de forte proportion.

Enfin, le long des murs, entre les croisées de la troisième et de la quatrième galerie, sont suspendus quelques assortiments d'instruments de fabrication ou de vérification, quelques détails de construction pour divers articles de manufacture, et autres objets qui n'ont pu trouver place sur les tables qui garnissent, les quatre galeries.

Dans la collection des armures, on en remarque une de la première moitié du xvie siècle : elle provient de la galerie de Sedan: les cuissards sont fermés par derrière, ce qui indique que cette armure a dû servir pour combattre à pied. Carré, dans sa Panoplie, avance que ce harnais est celui dont Charles Vil fit présent à la Pucelle, et que celle-ci vint le déposer à Saint- Denis, après avoir été blessée sous les murs de Paris. Mais on doit reconnaître que cette assertion ne repose sur aucun fondement, et les formes de cette armure démontrent qu'elle appartient incontestablement à une époque de beaucoup postérieure à celle à laquelle vivait l'héroïne d'Orléans. L'armure entière pèse 30 kilogrammes.

Une autre armure est celle de François I", roi de France , mort en 1547. Elle est montée sur un cheval bardé, supporté' par un piédestal autour duquel sont des bas-reliefs représentant les batailles de Marignan et de Cérisoles. C'est, dit-on , l'armure que François Ier portait â la bataille de Pavie. Elle provient, de. la galerie d'Ambras.

Au Alusée d'artillerie se trouve déposé un casque turc qui a appartenu à Bajazet II, fils de. Mahomet II, conquérant de Constantinople. L'inscription arabe, tracée en lettres d'or sur le bord du casque est ainsi conçue : L'Iinan courageux, maître de la victoire, le Sultan Bajazet , fils du Sullan Mahomet- Khan.

Parmi les armes d'hast, on distingue des fourches à croc qui furent portées par les sous-officiers des compagnies de grenadiers de l'ancien régiment Dauphin. Voici quelle est l'origine de ces fourches. Le 1" avril 1691 , au siège de Mous, les grenadiers de ce régiment, commandé par le maréchal de Vauban, emportèrent d'assaut un ouvrage à cornes, saisirent les

fourches des Autrichiens morts, en tuèrent beaucoup d'autres et firent le reste prisonniers de guerre. Louis XIV, voulant, perpétuer le souvenir d'une action aussi honorable, permit aux sergents de grenadiers seulement de porter ces fourches au lieu de mousquets.

Le régiment du Perche (une des souches de l'ancien 102e régiment) ayant dédoublé avec le régiment Dauphin, les sousofficiers ont gardé l'usage de cette arme, qui a été ensuite conservée dans le 102e jusqu'au moment où il a été licencié. {Extrait des registres matricules du 102e régiment.)

Dans la galerie du rez-de-chaussée qui contient d'anciens obusiers, mortiers, pierriers, etc., on remarque des canons fondus à différentes époques de notre histoire. On voit également ceux du roi Gustave -Adolphe. Ils furent pris à Lutzen par les troupes bavaroises. L'âme, en fer forgé, de 0™,2 d'épaisseur, est garnie de douves en bois assez épaisses et fortement ficelées. Le tout est recouvert par une enveloppe de cuir. Non loin de là se trouve un canon rayé, en fer forgé, et destiné, par l'inventeur Pe.rkins, â lancer des boulets à l'aide de la vapeur. C'est ce canon qui a servi aux expériences qui ont été faites à Vincennes en 1820. Dernièrement, lors de la campagne d'Italie, et surtout â la bataille de Solferino, on sait avec quel succès ont été employés les nouveaux canons rayés, auxquels de notables perfectionnements ont été apportés. Nous devons mentionner un affût et un canon qui se trouvent dans la même salle, et auxquels se rattachent des souvenirs historiques. Ils ont été offerts à Louis XIV par la province de Franche-Comté, après la conquête de 1674. Cette pièce est enrichie d'ornements ciselés et dorés d'un très-beau travail. Ou y voit Louis XIV ayant à ses pieds deux esclaves enchaînés; et, sur le premier renfort sont placés deux médaillons représentant les sièges de Dôle et de Besançon.

Dans une des salles du Musée d'artillerie se trouve le fauteuil dans lequel le comte de Fuentès, général espagnol, fut tué à la bataille de Rocroy, le 10 mai J 043. Il fut donné le même jour, par le grand Condé, au seigneur Pierre de Noël de Champagne, major, et comte de Rocroy, qui s'était distingué par des sorties vigoureuses. Sa famille en a fait présent à Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé, à son passage à Rocroy, en 1783. Non loin de là se trouve, dans la même salle, une forte chaîne de barricade, d'une ancienne, poterne du Palais-de-Justice. Cette chaîne a été offerte au Musée d'artillerie, il y a quelques années, par M. Héricart de Thury.

Le local occupé par le Musée d'artillerie est celui du noviciat des dominicains ou jacobins, qui avait été autorisé par lettres patentes du 4 août 1622, grâce à la protection du cardinal de. Richelieu. L'église, qui a été conservée comme paroisse sous le vocable de Saint-Thomas-d'Acquin, fut commencée par Pierre Bullet en 1682, et le manque d'argent empêcha de l'achever avant l'année 1740. Sa façade offre une ordonnance de colonnes doriques surmontées de colonnes ioniques; deux obélisques se dressent aux angles du premier étage, et le fronton qui couronne l'avant-corps central est orné d'une figure de la Religion. A l'intérieur sont quelques beaux tableaux : une Transfiguration, peinte par Lemoine en 1724; un Saint Thomas apaisant la tempête, par Ary Scheffer, et des peintures murales de BlondeL Le chœur, les chapelles et les autels sont parés avec une richesse proportionnée à la condition sociale des fidèles. C'est en effet l'église où viennent s'agenouiller les gentilshommes du noble faubourg ; c'est là que se marient les grands noms et et les grandes fortunes.

Nous avons déjà eu occasion de faire observer qu'une ancienne règle plaçait le chevet des églises à l'est et le portail à l'occident, mais qu'elle avait été méconnue. On en trouve la preuve dans le VIIe arrondissement, où pas une église n'est convenablement orientée. Saint-Thomas-d'Aquin regarde le midi; l'église du séminaire des Missions-Étrangères a sa façade du côté du soleil couchant, et Sainte-Clotilde tourne la sienne vers le nord.

La construction de cette, dernière église fut autorisée par une délibération du conseil municipal, en date du 16 février 1827; mais l'édifice ne fut commencé qu'environ vingt ans plus tard, au mois de septembre 1846. Le premier architecte, M. Gau, mourut, et M. Ballu lui succéda dans la conduite des travaux. Au mois de mars 1855, la décoration du grand portail était presque entièrement exécutée. 11 en était de même des deux flèches qui couronnent les deux tours de ce portail. L'église fut inaugurée, le 30 novembre 1857, par le cardinal Morlot, ar-

cliWêque de Paris, assisté do ses vicaires généraux, de ses archidiacres, des membres du chapitre métropolitain et d'un nombreux clergé appartenant aux différentes paroisses de la ville et de la banlieue.

Le portail de Sainte- Clotilde en est la meilleure partie. Dans la tour située au côté occidental sont placées plusieurs cloches de différents modules qui forment une octave complète, et la sonnerie de Sainte-Clotilde est l'une des plus puissantes en même temps que des plus harmonieuses de toutes les églises de Paris.

Los flèches qui surmontent le. grand portail sont construites dans le style architectural des xme et. xtv° siècles, et donnent un aspect assez monumental a cette église.

M. Picot a peint à l'intérieur les cinq chapelles du choeur, M. Lohmann les deux chapelles du transept, et M. Henri Delaborde celles des Morts et des fonts baptismaux. Les travaux de sculpture de l'intérieur de l'église ont été confiés à MM. Pradier, Duret, Guillaume, Paul Gayrard, Lequesne. La façade principale et les deux portails latéraux sont décorés de statues dues aux ciseaux de MM. Maillet, Perrey, Ottin, Geoffroy de Chaume, Leharivel-Durocher, Fromenger.

L'église. Sainte-Clotilde est riche en produits de l'art du peintre-verrier. Les vitraux, de MM. Maréchal, Herse, Lamothe et Oharicel, produisent un bon effet. D'antres verrières, exécutées sur les cartons de MM. Galimard, Lafaye et par d'autres artistes, sont placées aux différentes ouvertures de l'édifice, qui est partout bien éclairé. Elles concourent à donner au monument un caractère de richesse ornementale qui rappelle les cathédrales du xiv* siècle, sur le modèle desquelles il a été construit.

En IS.'w, le curé de Notre-Dame de l'Abbaye-aux-Bois, l'abbé Hamclin, fut nommé par l'autorité diocésaine à la cure de Sainte- Clotilde, et la succursale qu'il occupait fut rendue aux religieuses chanoinesses de Saint-Augustin, auxquelles on l'avait empruntée. Cette église, qui couvre une superficie de 808 mètres seulement, avait été autrefois la chapelle d'une communauté religieuse dont l'origine datait, de l'année 120'2. On lui avait, donné le nom de l'Abbaye-aux-Bois parce qu'elle avait été fondée en Picardie par Jean, seigneur de Nesle, au milieu d'épaisses forêts. Etablie, à. Paris en 1054, cette communauté fut supprimée en 1700, et les braiments devenus propriété nationale furent vendus le 5 frimaire an vi. Depuis 1802,

l'église, qui avait été conservée, était la première succursale de Saint-Thomas-d'Acquin.

Les chanoinesses de Saint-Augustin ont, à l'Abbayc-aux- Bois, une maison de retraite pour les veuves et les vieilles filles, et la société' qui s'y réunissait, sous la restauration, a laissé quelques souvenirs. On y voyait M™" Récamier, femme a laquelle on a fait indûment une réputation européenne, parce qu'elle était gracieuse et qu'elle causait agréablement; le vicomte de Chateaubriand, la duchesse d'Abrantès, le vicomte de Montmorency, Ballanche et une foule d'autres défenseurs du trône et de l'autel, philosophes chrétiens, littérateurs bien pensants et bas-bleus. Tout ce monde passait son temps à bavarder, à éplucher les œuvres littéraires, à médire, des romantiques, et a faire un peu d'opposition, non pour pousser le gouvernement dans une voie de progrès, mais pour l'enrayer dans l'ornière des vieilles idées. Ce cénacle ne méritait pas, selon nous, le bruit, qu'on a fait autour de lui, et. nous ne voyons, ni dans les actes, ni dans les lettres de Mme Récamier, rien qui justifie le fol engouement dont elle a été l'objet jusqu'à sa mort, arrivée en 1840.

C'est dans le VIIe arrondissement que se trouve la plus belle fontaine de Paris; celle que la ville fit construire sous la prévôté de Michel-Etienne Turgot, de 1730 à 1730, dans la rue de Grenelle-Saint-Germain. Cette fontaine peut être considérée romme le principal titre de gloire d'Edme Bouchardon, qui en fut. l'architecte et le sculpteur. L'emplacement assigné à l'artiste pour la construction du monument présentait de nombreuses difficultés par le. peu de largeur de la voie publique et par un alignement de maisons sans solution de continuité. Il sut les vaincre au moyen d'une retraite de quelques mètres et en pratiquant, un renfoncement semi-circulaire entre deux portes d'habitations particulières qui complètent l'harmonie au lieu de la rompre. La décoration principale du monument consiste dans trois statues placées sur un socle de glaçons que soutient, l'avant-corps. Celle du centre représente la ville de Paris; les deux autres, couchées au milieu des roseaux et appuyées sur des urnes d'où l'eau s'épanche en abondance, figurent la Seine et, la Marne. Dans le renfoncement semi-circulaire ont été pratiquées des niches également ornées de statues. Toute cette décoration, de fort bon goût, se trouve dans un parfait état de conservation. Quelques-unes des parties lisses de l'édifice seulement ont un peu souffert.

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