‹ Le nouveau ParisChapitre 114 sur 441 · partie de ce que la France doit défendre En me livrant, elle · texte numérisé non relu

partie de ce que la France doit défendre En me livrant, elle

se livre elle-même, elle avoue sa faiblesse, elle se reconnaît

vaincue, elle encourage l'audace du vainqueur Ce n'est pas

la liberté qui me dépose, c'est Waterloo, c'est la peur, une peur dont vos ennemis profiteront.

« Et quel est donc le titre de la chambre pour me demander mon abdication? Elle sort de sa sphère légale, elle n'a plus de mission. Mon droit, mon devoir, c'est de la dissoudre. »

Alors il parcourut rapidement les conséquences possibles de cette mesure. Séparé des chambres, il n'était plus qu'un chef militaire ; toute la population paisible et industrieuse ne voyait plus en lui un pouvoir constitutionnel : mais l'armée lui restait, l'armée que l'aspect de l'étendard étranger rallie toujours autour de quiconque veut l'abattre. En supposant même que cette armée éparse se divisât, la portion qui lui demeurerait fidèle pouvait se grossir de cette classe véhémente et nombreuse, facile à soulever parce qu'elle est sans propriété, et facile à conduire parce qu'elle est sans lumières. H n'y avait point là de moyens d'organisation, mais il y avait beaucoup de moyens de résistance.

« Comme si le hasard eût voulu fortifier Napoléon dans le sentiment des ressources que lui promettait cette résolution désespérée, au moment où il comparait ses forces avec celles de ses adversaires, l'avenue de Marigny retentit des cris de vive l'empereur! Une foule d'hommes, pour la plupart de la classe indigente et laborieuse, se pressait dans cette avenue, saisie d'un enthousiasme en quelque sorte sauvage, et tentant d'escalader les murs de l'ÉIysée pour offrir à Napoléon de l'entourer et de le défendre. Ces cris, poussés jadis au milieu des fêtes, au sein des triomphes, et se mêlant tout à coup à notre entretien sur l'abdication, formaient un contraste qui me pénétra d'une émotion profonde. Bonaparte promena quelque temps ses regards sur cette multitude passionnée. « Vous le voyez, me dit-il, ce ne sont pas là ceux que j'ai comblés d'honneurs et de trésors. Que me doivent ceux-ci? Je les ai trouvés, je lej ai laissés pauvres. L'instinct de la nécessité les éclaire, la voix du pays parle par leur bouche; et si je le veux, si je le permets, la chambre rebelle, dans une heure elle n'existera plus

Mais la vie d'un homme ne vaut pas ce prix. Je ne sui.; pas revenu de l'île d'Elbe pour que Paris fût inondé de sang. »

Le lendemain de cette conférence, Napoléon signa son abdication, et le 25 juin, sur l'invitation de la commission du gouvernement, il quitta l'Elysée pour prendre la voiture qui l'emmenait à la Malmaison; celle du général Bertrand sortit par la porte des Champs-Elysées, tandis que sa voiture d'apparat, où était monté le général Gourgaud, sortait avec éclat par la porte principale du palais.

L'Empereur de Russie, Alexandre, occupa ce palais en lSli et en 1815. Sous la Restauration, il reçut de nouveau le nom d'Kli/sèe lluurbon. Leduc et la duchesse de Berry l'habitèrent en 1810; mais à la mort du prince, en 1820, il fut abandonné

par sa veuve. Plus tard, ce palais fut habité par le duc de Bordeaux. A partir de 1830, il fit partie des palais dépendants de la liste civile.

« Le palais de l'Elysée, dit M. Girault de Saint-Fargeau, a joué, avec raison, d'une sorte de réputation parmi les édifices construits à Paris pendant la première moitié du xviir5 siècle. Le plan en est singulièrement heureux ; les distributions intétieures eu étaient faites avec intelligence et ajoutaient beaucoup à l'agrément de cette habitation, qui doit à sa situation tant d'avantages précieux. Le style de l'architecture était généralement d'un bon goût : la décoration du principal corps de logis, tant sur la cour que sur le jardin, était d'une belle proportion et d'une exécution soignée. Ce palais a eu une destinée singulière et peut-être unique. Ayant appartenu à un grand nombre de personnes différentes, tous les travaux qui y ont été faits successivement, loin de le déformer, n'ont servi, au contraire, qu'à l'embellir. Le jardin, dont on aperçoit des Champs- Elysées la vaste étendue, est magnifique. » Ces éloges sont plus que jamais mérités depuis les travaux accomplis par les ordres de Napoléon III, sons la direction de M. Lacroix.

Le jour de sa nomination à la présidence de la République, '20 décembre 1849, après avoir, sur l'invitation du président, lu le programme politique qu'il se proposait de suivre, le prince quitta le palais de l'Assemblée et se rendit à l'Elysée, accompagné des trois questeurs : MM. Le Breton , Degousée et Bureaux de Puzy.

Le coup d'État du 2 décembre 1851 fut combiné à l'Elysée. Dans la soirée du 1" décembre, le président tint à l'Elysée' sa réception ordinaire des lundis; la foule y fut immense, et Louis- Napoléwn y manifesta une bonne humeur assez marquée. Le préfet de police, le ministre de la guerre, le général Magnan et M. de Persigny ne quittèrent pas les salons. M. de Morny était à l'Opéra-Comique, et dans la loge presque contiguê à celle où se trouvait le général Cavaignac. On jouait une pièce nouvelle de M. de Saint-George, dont le frère, directeur de l'imprimerie nationale, allait bientôt distribuer à ses compositeurs le manuscrit d'un drame bien autrement émouvant que celui qu'applaudissaient ensemble les ministres qui n'étaient déjà plus et les ministres qui allaient être. On raconte que, pendant un entr'acte, une dame qui n'avait pas vu M. de Morny depuis quelque temps, s'étant plaint que les travaux parlementaires absorbassent les hommes du monde, et ayant ajouté en riant: « Heureusement, on va vous balayer tous; » le futur ministre répondit gaiement : « Madame, je ne sais si on nous balaiera, mais, en tous cas, je tâcherai de me mettre du côté du manche. »

A l'Elysée, la foule affluait, au point qu'il fallut ouvrir les salles de danse du rez-de-chaussée. Nul pourtant ne soupçonnait encore. Vers dix heures, Louis-Napoléon s'étant adossé à une cheminée, appela d'un signe le colonel Vieyra, nommé la veille chef d'état-major de la garde nationale.

« Colonel, lui dit-il en souriant, êtes-vous assez maître de votre visage pour n'y rien laisser paraître d'une grande émotion ?

— Je le crois, mon prince, répondit M. Vieyra.

— Fort bien alors. » Et avec un sourire plus épanoui :

« C'est pour cette nuit , dit-il à demi voix. Vous n'avez pas bougé; c'est bien, vous êtes fort. Pouvez-vous me répondre que demain le rappel ne sera battu nulle part, et qu'aucune convocation de garde nationale n'aura lieu?

— Très-facilement, pourvu que j'aie assez d'ordonnances à ma disposition.

— Voyez pour cela le ministre de la guerre. Partez maintenant; mais, pas de suite, on croirait que je vous ai donné un ordre. »

Et , prenant le bras de l'ambassadeur d'Espagne qui s'avançait , le prince quitta la cheminée pendant que M. Vieyra, pour dérouter tout soupçon, s'en allait échanger quelques banalités dans un groupe de dames.

Lorsque la réception fut finie, Louis-Napoléon tint conseil avec MM. do Persigny, Magnan, Leroy de Saint-Arnaud, de Mau pas et de Morny. A deux heures du matin ils se séparèrent; mais à dix heures et demie Louis-Napoléon sortit de l'Elysée, accompagné du prince Jérôme et des généraux Magnan, Wast- Vimeux, Flahaut, Le Pays de Bourjolly, etc., etc. Il suivit la rue du Faubourg-Saint-Honoré, arriva à la place de la Concorde où il passa plusieurs régiments en revue. Traversant le jardin des Tuileries, il alla visiter l'état-major de l'armée de

L'ELYSEE

Paris. Il franchit le Pont-National et vint passer en revue les troupes qui stationnaient sur les quais, depuis la rue du Bac jusqu'au pont de la Concorde. De là il se rendit aux Invalides.

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