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CHAPITRE VIII

Hôtels du faubourg Saint-Honore". - Hôtel Perdre. — Hôtel Foula.

- Hôtel Furtado. — Hôtel Pontalba. — Saint-Philipre-du-Koule.

- La Madeleine. — Procès-verbal de l'inhumation de Louis XVi.

- Son exhumation. — La chapelle expiatoire.

Un grand nombre de beaux hôtels ont , comme l'Elysée, une façade du côté de la rue du faubourg Saint-Honoré et des jardins donnant sur les Champs-Elysées. On peut citer l'hôtel Péreire, construit dans le style du temps de Louis XIV, par M. Armand, architecte du grand hôtel du Louvre; les artistes qui l'ont décoré de peintures allégoriques sont presque tous des élèves de Paul Delaroche, comme Jalabert , Cabanel , Barrias et Picou.

Dans l'hôtel de M. Louis Fould, M. Labrouste, employant simultanément la brique et. la pierre, a conservé la noble simplicité du style Louis XIII. A l'intérieur, une galerie splendide contient une collection précieuse de monnaies antiques, d'émaux et de camées.

L'hôtel Furtado , construit sur les dessins de MM. Conwens et Noleau, n'a pas de style bien arrêté; mais il est élégant et coquet; le plafond du salon, peint par Faustin Besson, représente la cour de Flore, et les quatre saisons sont personnifiées dans les dessus de portes qui rappellent un peu la manière de Nattier. La salle à manger est tendue de belles tapisseries du temps de Louis XIV, et décorée d'un plafond qui plafonne, ce. qui est assez rare. Faustin Besson y a mis en perspective un balcon du haut duquel des dames font de la musique aux invités. M. Lévy, grand prix de Rome, a peint, pour le grand escalier, Vénus entrant dans l'Olympe, et pour le salon de famille, les Arts et les Sciences.

L'hôtel Pontalba, suivant, l'expression d'un de nos meilleurs critiques d'art, est le type palais.

Dès qu'on a passé le seuil de la grande antichambre, on comprend que, dans ce palais, on s'est encore moins préoccupé du riche que du beau.

L'or ruisselle partout; mais après le vertige qu'il nous cause, plus on s'attache à regarder de près le travail artiel qu'on a prodigué partout, plus on est émerveillé. L'hôtel Pontalba est surtout imprégné du charme indicible d'un pur sanctuaire de l'art. L'art vit, se montre, palpite, déborde dans la peinture des plafonds et des trumeaux, dans le tissu des étoffes de soie qui revêtent les meubles et les croisées, dans la richesse des tapis, dans les bronzes reproduits de Versailles , dans l'encadrement des glaces de Saint-Gobain et de Venise, dans la ciselure des lustres et les riches bizeaux de cristal de roche dont se composent leurs prestigieuses girandoles, dans la sculpture des meubles, dans la ciselure des écussons, des frises, dans le relief des chambranles qui ne déshonore point le carton-pâte des ornementations de la sculpture. moderne.

Le rez-de-chaussée de l'hôtel Poutalba se divise en quatorze pièces :

Deux antichambres, deux salles à manger; la principale, dont les dimensions sont très-vastes, est de marbre de diverses couleurs; elle est la réduction exacte de la salle à manger du palais de Versailles, avec ses piliers de marbre d'Egypte; la table de gala, qui est au ceutre de cette salle, est en bois d'ébène ; elle est de soixante couverts.

La décoration de la principale chambre à coucher, du cabinet de toilette, du boudoir, du parloir ou salon de conversation, est d'or et de nuance vert pomme. C'est d'une délicatesse, d'une fraîcheur de teinte à défier les plus délicieuses fantaisies du pinceau de Watteau.

Les meubles du premier salon sont en damas de soie verte brodée de fleurs. Le dessin du tapis correspond à celui de l'ameublement, et se retrouve également dans les ornements du plafond. Cette harmonie règne dans tout le palais.

Le second salon,' plus riche encore que le premier, se distingue par des groupes d'enfants en bronze aux quatre angles et au centre. Ce dernier groupe est entouré d'un de ces meubles circulaires vulgairement appelés pâtés. Les plafonds ont été

peints par Picot. La pendule, dont l'or étincelle sur le manteau de la cheminée, a été prise a Versailles, et porte la fameuse devise : Nec pluribus impar. L'ameublement de ce salon est en damas de soie jaune brodée.

Le troisième salon, tout en laque de Chine, est chamarré d'arabesques d'or sur les murs, aux plafonds, sur le bois des croisées. C'est une des merveilles sauvées de l'hôtel d'Avaray, presque dans l'intégrité de sa richesse originelle qui date de Louis XIV. Ici l'hôtel Pontalba renchérit sur Versailles. Les memblcs sont de soie cramoisie. La tradition nous apprend que ce salon a primitivement coûté 600,000 fr. au grand roi.

La galerie de bal vient après le salon en laque. Elle est éclairée par douze demi-lustres et. un lustre central qui portent des cristaux de roche de plus de vingt-cinq centimètres de diamètre.

Cette vaste pièce, où des quadrilles de plus de deux cents personnes peuvent facilement s'organiser, est contiguë à un petit salon réservé aux artistes dont les noms figurent, aux jours de grande réception, sur le programme des concerts. Elle est accessible par une porte particulière.

Les quatre salons, y compris la galerie des bals, ont vue sur le jardin, c'est-à-dire sur un espace de plus de 160 pieds de large sur 500 de profondeur, dont la perspective se perd sous le dôme des grands arbres des Champs-Elysées.

Les édifices religieux du quartier sont loin de répondre à la magnificence des habitations particulières. Quoique mentionné dans quelques actes du xine siècle, le Roule n'acquit d'importance que lorsqu'il eut été érigé en faubourg, le 12 février

Ce ne fut qu'en 1769 que sa modeste église fut embellie par les soins de Chalgrin. Dans le tympan du fronton, Duret, père de l'auteur du Danseur napolitain, exécuta une belle figure de la Religion. A l'intérieur, M. Claudius Jacquand a couvert de fresques la chapelle de Notre-Dame-de-Toutes-Grâces. Cette chapelle voûtée , de 26 mètres de longueur intérieur sur 1 2 mètres de largeur, a été érigée sous la direction de M. Victor Baltard, architecte de la ville de Paris. Elle est destinée au catéchisme et à l'instruction des enfants, et a été inaugurée le 8 février 1860, par le cardinal archevêque de Paris. L'artiste, déjà connu par plusieurs compositions de ce genre, a voulu prouver qu'il savait aborder les sujets religieux en ce qu'ils avaient de plus élevé. Il a passé deux ans et demi à perfectionner son œuvre, afin de ne rien omettre des particularités qu'il avait à rendre. Les jours de fête, où il lui fallait s'arracher à son travail, il lui semblait qu'on l'enlevât du ciel pour le rejeter sur la terre; il était possédé par son idée, aspirant au lendemain comme un amant aspire au premier rendez-vous. On comprend cette impression, on la partage, on ne peut s'en aller. L'idéal vous envahit. On voit la sainte Immaculée, on partage, ses joies, ses douleurs, on souffre avec elle, on sourit de son sourire, on répète, malgré soi, les sublimes litanies :

« Porte du ciel.

« Rose mystérieuse.

« Maison d'or.

« Étoile du matin. »

On s'agenouille devant l'Ange du repentir, l'Ange de l'espérance ; on tend les bras vers le Miroir de justice. Que de mères iront prier la Mère de toutes les grâces, que de cœurs brisés iront chercher l'Ange des consolations ! que de douces larmes couleront devant cette Arche d'alliance qui réconcilie Dieu avec les pécheurs!

En même temps que Saint-Philippe-du-Roule était englobée dans Paris, ainsi que l'église de la Ville-L'évêque, bourgade où les archevêques de Paris avaient une maison de plaisance, des granges et des dîmes, l'église de la Madeleine avait eu le bonheur d'être protégée par la marquise de Pompadour, et dès le 6 février 1763, Louis XV avait adressé à ses amis et féaux conseillers, à son parlement et à sa chambre des comptes, des lettres tendant à autoriser l'édification d'une nouvelle église à l'extrémité de la rue Royale, sous la conduite du sieur Coûtant d'Ivry, membre de l'Académie d'architecture. Le roi posa la première pierre de la nouvelle basilique, le 3 avril 1764, et les travaux avancèrent avec assez de rapidité. L'architecte, qui mourut au mois de janvier 1777, fut remplacé par Couture le jeune, qui détruisit les premières constructions , et un portail de douze colonnes corinthiennes avec une galerie en retour. Son œuvre n'était pas achevée au moment où la révolution de 1789 dé-

tourna les esprits des monuments religieux. L'église projetée n'était, en 1703, qu'un monceau de ruines anticipées, et les offices se faisaient toujours dans la petite chapelle de la Madeleine, dont le cimetière acquit une triste célébrité. On y enterra un grand nombre de victimes exécutées sur la place de la Révolution. Pour le supplice comme pour l'inhumation, Louis XVI fut le premier. Le 20 janvier 1703, le pouvoir exécutif manda le curé de la Madeleine, nommé Picavez, pour le charger des obsèques de Louis XVI; mais cet ecclésiastique, ne se sentant pas le courage de remplir une mission aussi pénible et aussi douloureuse, prétexta une maladie, et substitua sa place à son premier vicaire, François-Silvain Renard. Celuici, dans une déclaration ultérieure, a consigné les détails de ce fait historique. « Ma réponse, déclare le premier vicaire, fut d'abord un refus positif, fondé sur ce que personne n'avait peut-être aimé' Louis XVI plus que moi ; mais, sur l'observation juste que M. Picavez me fit que ce double refus pourrait avoir des suites fâcheuses et incalculables pour nous deux, j'acceptai.

« En conséquence, le lendemain 21, après m'ètre assuré que les ordres prescrits par le pouvoir exécutif, et relatifs à la quantité de chaux ordonnée, et à la profondeur d i la fosse qui, autant que je puis me le rappeler, devait être de dix à douze pieds, avaient été ponctuellement exécutés, j'attendis à la porte de l'église, accompagné de la croix, avec M. l'abbé Damoreau, qui1 l'on nous remit le corps de Sa Majesté.

n Sur la demande que j'en fis, les membres du département et de la commune me répondirent que les ordres qu'ils avaient reçus leur prescrivaient de ne pas perdre de vue un seul instant le corps de Sa Majesté. Nous fûmes donc obligés, M. Damoreau et moi, de les accompagner au cimetière, situé rue d'Anjou.

« Arrivé au cimetière, je fis faire le plus grand silence. L'on nous présenta le corps de Sa Majesté. Elle était vêtue d'un gilet de piqué blanc, d'une culotte de soie grise et les bas pareils... »

Remarquons incidemment que ce costume diffère par quelques nuances de celui qu'indiquent les autres historiens; mais la déclaration que nous citons étant de 1814, il est possible que la mémoire de l'abbé Renard l'ait mal servi.

n Nous psalmodiâmes les vêpres et récitâmes toutes les prières usitées pour le service des morts, et, je dois dire la vérité, cette même populace, qui naguère faisait retentir l'air de ses vociférations, entendit les prières faites pour le repos de l'àme de Sa Majesté avec le silence le plus religieux.

« Avant de descendre dans la fosse le corps de Sa Majesté, mis à découvert dans la bière, il fut jeté au fond de ladite fosse, distante à dix pieds environ du mur, d'après les ordres du pouvoir exécutif, dans un lit de chaux vive. Le corps fut ensuite couvert d'un lit de chaux vive, d'un lit de terre, et le tout fortement battu et à plusieurs reprises.

ii Nous nous retirâmes ensuite en silence après cette trop pénible cérémonie, et il fut, autant que je puis me le rappeler, dressé par M. le juge de paix un procès-verbal qui fut signé de deux membres du département et de deux de la commune. Je dressai aussi un acte mortuaire en rentrant à l'église, mais sur un simple registre, lequel fut enlevé par les membres du comité révolutionnaire lors de la clôture de cette église. »

Le 20 janvier 1815, sur les indications de M. Desclozeaux, propriétaire du cimetière de la Madeleine, des fouilles y furent faites en présence de M. Dambray, grand chancelier de France; du comte de lilacas, ministre de la maison du roi ; de M. de La Tour, évêque de Nancy; du comte de Brézé, grand maître des cérémonies; du bailli de Crussol et du service de paix. On transporta à Saint-Denis, le 21 janvier, des débris informes des ossements rongés par la chaux; mais, comme l'a dit l'archiviste Peuchet dans ses Mémoires : « Sa Majesté Louis XVIII n'était rien moins que certaine que ce fussent bien les restes de Louis XVI, de Marie-Antoinette et de. Madame Elisabeth qui avaient été retrouvés et transportés a Saint-Denis. Plusieurs fois on lui avait insinué qu'elle avait été trompée, et que la fausseté de ces reliques résultait de preuves anatomiques incontestables. Elle craignait que sa piété filiale ne l'eût rendue le jouet de quelques mystifications; et plusieurs rapports faits soit à la police du château, soit à la police générale, l'entretenaient dans cette crainte. »

Toutefois, on éleva rue d'Anjou une chapelle expiatoire, achevée en 1820 par Fontaine et Pcrcier, et Bosio exécuta en

marbre un groupe qui représentait Louis XVI et Marie-Antoinette soutenus par des anges.

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