CHAPITRE IX
Notre-Dame-de-Lorette. — La Trinité. — Saint-André. — La Rédemption. — La Synagogue des juifs portugais.
Il fallait une église à ces nouveaux quartiers qui s'agrandissaient chaque jour.
Le 13 juillet 1C1B, M. de Gondi, archevêque de Paris, avait permis aux habitants des Porcherons d'établir dans leur chapelle, au coin de la rue Coquenard, une confrérie sous le titre de Notre-Dame-de-Lorette.
Suivant une pieuse tradition, la maison que la Vierge avait habitée à Nazareth fut enlevée par des anges qui, sans en déranger la moindre solive, vinrent la déposer sur le mont Tersato en Dalmatie. La date de ce miracle est même fixée : il s'accomplit le 18 mai 1291. Trois années après, les anges reprirent la Sacra-Santa-Casa, lui firent faire un nouveau voyage aérien, et la laissèrent au milieu d'un bois sur le territoire, de Ricasoli, dans la Marche d'Ancône. Enfin, quelques années plus tard, les messagers célestes trouvèrent, pour la Santa-Casa, à Lorette, dans les États-Romains, un emplacement convenable et définitif, et l'on y établit un sanctuaire vénéré, que fréquentent encore actuellement de nombreux pèlerins.
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Ce fut afin de lui rendre hommage que, par acte du 13 juillet lGiG, M. de Gondi permit aux habitants des Porcherons, de la paroisse Saint-Eustache et de la paroisse Montmartre d'établir a. l'extrémité de la rue Coquenard une chapelle et une confrérie sous le titre de Notre-Dame-de-Lorette. C'était un aide, et non une succursale; les confrères n'y pouvaient chanter la messe a haute voix, excepté les jours de fêtes consacrées a la Vierge.'. On n'y bénissait l'eau et le pain que pendant les mêmes solennités; et on n'y administrait qu'en cas de nécessité les sacrements et consolations spirituelles. Le jour de la fête de la Présentation, dite de la Chandeleur, les garçons des Porcherons et lieux circonvoisins avaient le privilège d'y rendre le pain bénit, et allaient a l'offrande un cierge à la main.
A la fin du xvm= siècle, le service divin se faisait pourtant d'une manière régulière dans la chapelle de Notre-Dame-de- Lorette, sous le nom de laquelle plusieurs plans désignent la rue Coquenard. L'édifice fut démoli à l'époque de la Révolution, et après le Concordat, une modeste église, succursale de Saint- Hustache, s'ouvrit à l'endroit qu'occupent, en 1800, les écoles communales du IXe arrondissement.
A la demande de M. de Quélen, archevêque de Paris, une ordonnance du 3 janvier 1822 décida qu'une nouvelle église serait élevée au carrefour des Martyrs, nommé jadis la Croixdes-Porcherons. Un concours fut ouvert; M. Hippolyle Lebas obtint le prix, et le 5 août 1823, le préfet de la Seine posa la première pierre du monument.
Notre-Dame-de-Lorette a la forme d'une basilique; son fronton étriqué, dans le tympan duquel M. Nanteuil a sculpté un hommage à la Vierge, est soutenu par des colonnes corinthiennes, et surmonté des trois vertus théologales : la Foi, par Foyatier; l'Espérance, par Lemaire; la Charité, par Laitié. A l'extérieur, c'est un bloc de pierre d'un aspect attristant, un vrai pavé. A l'intérieur, les moindres recoins ont été décorés de peintures, de statues, de lave émaillée. Une légion d'artistes a collaboré à l'ornementation du chœur, de la grande nef, des basculés, des dix chapelles. Le tout a coûté '2,400,000 fr. ; mais en a-t-on pour son argent? La Présentation au temple, par Heim; le Couronnement de la Vierge, par Picot; Jésus au milieu des docteurs, par Drolling; le Martyre de saint Hippolyte, par Hesse; l'Apothéose de sainte Geneviève, par Eugène Devéria; l'Histoire de la Vierge, par Schnetz, Granger, Vinchon, Coûtait, Monvoisin, Dubois; tous ces tableaux juxtaposés se nuisent les uns aux autres. Sans nier le mérite réel de leur exécution, on ne peut les juger avec certitude; seulement il est facile de constater qu'ils n'ont point de caractère religieux. La chapelle des Mariages, par Victor Orsel; la chapelle de l'Eucharistie, que M. Périn a commencée au mois d'août 1830, et terminée au mois de septembre 1852, font exception par un style qui rappelle celui des maîtres italiens du xvic siècle. M. Périn nous a montré, dans des compositions pleines de sentiment, des exemples de foi, de force morale, de charité, d'espérance, de piété, de mépris des richesses et des douleurs. 11 a étudié et suivi consciencieusement les règles du symbolisme chrétien. Les couleurs employées comme fond dans la peinture de sa chapelle sont en rapport avec les sujets. Dans la coupole, l'or est l'image de la lumière du ciel; les fonds rouges des pendentifs rappellent la couleur du sang, le sang du Christ ayant sauvé le monde. Les fonds verts des pieds-droits sont relatifs â l'espérance qui naît des bonnes œuvres.
Les ornements qui, dans les écoinsons, accompagnent les inscriptions, se rapportent aux inscriptions mêmes. Dans la coupole, des pierres précieuses figurent les actions des justes. Les étoiles qui entourent les peintures de la voûte, les palmes qui couronnent l'ouverture supérieure , rappellent la récompense éternelle.
Au centre de l'arc, sous la Cène, se lisent les paroles mêmes du Christ environnées de pierres précieuses ; sous l'arc de la nef est peinte la grenade dont les grains sous l'écorce sont le symbole des vertus dans le cœur; sous l'arc du bas-côté est le lis, image de la splendeur des saints; et la rose au centre de l'arc de l'autel rappelle par sa couleur le sang des martyrs. (Et rosa dédit bonum odorein.)
En vertu d'un décret du '2 septembre 1851, a été édifiée, dans la rue de Clichy, l'église de la Trinité. Elle est presque entièrement en bois peint. Le fond de l'abside est semé d'étoiles d'or. Les bas-côtés sont séparés de la nef par des pilastres carrés. Dans le tympan du portail a été placée une peinture sur lave, exécutée par M. Devers en 1855, dans le style des
mosaïques byzantines. Elle représente le Christ entouré de l'ange, de l'aigle, du bœuf et du lion, symboles des quatre évangélistes.
L'église Saint-André, dont l'érection a été autorisée le 28 avril 1852, a été logée, faute de fonds, dans le local qu'occupait, cité d'Antin, un bal public assez fréquenté.
L'église Saint-Eugène, qui se trouve sur l'extrême frontière du IXe arrondissement sert principalement aux fidèles du Xe, et nous nous en occuperons plus loin.
L'octroi de Paris avait, rue. Chauchat, un entrepôt, qui, grâce a la sollicitude de la duchesse d'Orléans, est devenu l'église évangélique de la Rédemption. Elle a été inaugurée le 25 juin 1843, anniversaire du jour où la confession d'Augsbourg fut présentée à Charles -Quint. Une autre secte protestante possède, rue de Provence, une petite chapelle.
Rue Lamartine, au fond de la cour, ait n" 23, se cache le. temple des Israélites du rite portugais : c'est une nef presque carrée d'une grande simplicité; le sanctuaire est séparé de l'autel, qui, placé à l'autre extrémité de la nef et élevé de quelques marches au-dessus du sol, communique de plain-pied avec le chœur et l'orgue. Une, tribune supérieure et une inférieure sont destinées aux femmes.
Les dogmes du rite portugais sont les mêmes que ceux du rite allemand, mais tous deux diffèrent, par la manière de prononcer l'hébreu et par quelques prières accessoires. Ces divergences proviennent de la double direction vers laquelle l'exil poussa les Israélites après la chute de Jérusalem : ceux du nord et ceux du midi se perdirent un peu de vue pendant les persécutions du moyen âge et contractèrent également des usages, des traditions, une prononciation et même quelques pratiques accessoires qui ont été l'origine du double rite allemand et portugais.
Il existe même en France un troisième rite juif, dit romladin, qui est suivi encore par les anciennes familles Israélites du Comtat-Venaissin, où les juifs, parqués dans le ghetto sous l'autorité des papes, avaient à leur tour adopté un langage et un rituel un peu différents de ceux de leurs coreligionnaires.