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CHAPITRE IV

La hedoute chinoise. — Marché Saint-Laurent. — Marche du Château-d'Eau.

A l'attrait qu'offraient les représentations dramatiques s'ajoutait celui des exercices pratiqués par un grand nombre de saltimbanques; celui des cafés; celui des marchandises étalées par des forains de toute espèce; celui des danseurs de corde du sieur INicolet.

En 1783, on construisit dans l'enclos Saint-Laurent une Redoute chinoise, ou Pavillon chinois. On y trouvait, suivant les expressions d'un auteur contemporain, des jeux de bagues, des jeux de l'amour pour les messieurs et pour les dames; des jeux de bataille, de trou-madame, de thermomètre hermoménique; deux escarpolettes, dont une double; enfin un kiosque au-dessus de la porte d'entrée, et un salon chinois pour la danse, dont le dessous formait une grotte occupée par un café; dans cette groite étaient pratiqués des escaliers qui conduisaient au salon supérieur, et de là à une terrasse qui donnait sur le préau delà foire. Des bâtiments dans le genre chinois servaient à un restaurateur, chez qui l'on trouvait à dîner. Il en coûtait 1 livre 16 sols par personne pour entrer dans ce pavillon chinois, construit sur les dessins de M. Mellan, architecte, avec des peintures exécutées par M. Munich.

La foire Saint-Laurent avait quatre issues : la principale était rue du faubourg Saint-Denis ; près de celle-ci était placée, à l'angle de la rue Saint-Laurent, une fontaine d'eau des prés Saint-Gervais; deux autres issues aboutissaient à" cette dernière rue, et la quatrième donnait dans la grande rue du faubourg Saut-Martin.

L'ouverture de cette foire se faisait le 1" juillet, et elle durait jusqu'au 3 septembre.

L'établissement des théâtres des boulevards nuisit â la foire Saint-Laurent. L'autorité exigea d'eux qu'ils allassent donner des représentations dans l'enceinte privilégiée des prêtres de la Mission; mais ils y attiraient si peu de monde qu'en l'année 1785 le lieutenant de police leur permit de la quitter dès le 20 août. La fermeture des salles accrut la solitude de la foire; les marchands qui s'y étaient installés refusèrent de payer leurs loyers, attendu qu'un cas de force majeure les privait de ressources; et la Redoute Chinoise ferma ses portes, ruinée par la concurrence du Vauxhall d'été, qui s'était créé près du boulevard du Temple.

Après la révolution, la liberté des théâtres acheva de perdre la foire Saint-Laurent, et le terrain qu'elle occupait resta vague jusqu'en 1826. La baronne de Bellecote, qui en était propriétaire, y ouvrit, sans aucune espèce d'autorisation administrative, les rues Neuve-Chabrol et du Marché-Saint-Laurent. En 1835, une compagnie se forma pour créer sur cet emplacement un marché que rendait nécessaire l'accroissement de la population.

M. Philippon, architecte, dirigea la construction d'une halle qui l'ut inaugurée le 0 août 1836, et que surmontait de vastes ateliers servant aux peintres décorateurs.

En 1853, l'ouverture du boulevard de Strasbourg a entraîné la suppression de ce marché public. U en est résulté pour l'approvisionnement du quartier des difficultés qu'il importait de faire disparaître aussi promptement que possible. Une société, qui avait fait construire sur des terrains qui lui appartiennent un vaste bâtiment présentant deux façades, l'une sur la rue du Château-d'Eau, l'autre sur l'impasse de la Pompe, a proposé à la commission municipale d'affecter cette construction nouvelle â un marché appelé â remplacer celui qui venait d'être supprimé par suite du percement du boulevard de Strasbourg. La commission municipale ayant donné son approbation à ce projet, elle a autorisé Al. le préfet de la Seine à traiter avec la société aux conditions suivantes :

La société soumissionnaire a dû abandonner immédiatement â la ville de Paris la propriété des terrains et des constructions dépendants du marché; en retour, la ville lui a concédé pendant quatre-vingts années, la jouissance du droit de location Jes places à percevoir dans le marché, d'après un tarif qui ne pourra excéder 40 centimes par mètre et par jour pour les places destinées aux marchands sédentaires, et 25 centimes pour celles qui sont réservées aux marchands forains. Les appropriations intérieures du nouveau marché ayant été terminées, la vente y a commencé, sans toutefois qu'il y ait eu* d'inauguration officielle. Le nouveau marché du Château-d'Eau, construit en pierres de taille avec une couverture eu verre, occupe une superficie de 2,380 mètres. Il présente un double accès favorable à tous les arrivages et aux besoins d'un quartier aussi populeux.

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