‹ Le nouveau ParisChapitre 142 sur 441 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Fondation de la congrégation des Missions. — Son installation à Saint-Lazare. — Tombeau de Vincent de Taul.— Retraites forcées.

Vincent de Paul avait reconnu par lui-même le besoin d'instruction qu'on éprouvait dans les campagnes, où trop souvent la négligence des pasteurs, quelquefois même leur peu de lumières et de discernement, laissait les hommes simples et grossiers qui les habitent dans l'ignorance des premiers éléments de la religion. Ce fut donc pour dissiper cette ignorance, aussi préjudiciable aux individus qu'à la société, que cet homme apostolique se dévoua particulièrement à ces missions. Quel-

L'ENCLOS SAINT-LAURENT

ques prêtres vertueux et choisis par lui l'aidaient dans ces pieux travaux ; et le fruit qu'ils produisirent dans les lerres du comte de Joigny. auquel Vincent de Paul était attaché, fit naître à ce seigneur, ainsi qu'à sa femme, le désir de former à Paris un établissement de ce genre, et sous sa direction . Toutefois, ce projet, conçu dès 1617, n'eut son exécution que quelques années après. Ce fut en 1024 que M. de Gondi, archevêque de Paris, et frère de M. le comte de Joigny, voulant favoriser un projet si utile et si saint, donna i Vincent de Paul la place de principal et chapelain du collège des Bons-Enfants, près de Saint-Victor. Ce prélat destina dès lors ce collège pour la fondation de la nouvelle congrégation, à laquelle il l'unit et l'incorpora par son décret du S juillet 1627.

Cependant il restait encore beaucoup à faire pour arriver au but que l'on s'était proposé : le collège et les maisons qui en dépendaient menaçaient ruine, et les revenus en étaient trop modiques pour subvenir aux frais de l'établissement.

M. et M1" de Joigny sentirent la nécessité d'achever l'œuvre qu'ils avaient si heureusement commencée, et donnèrent une somme de 40,000 livres, tant pour la reconstruction des édifices que pour l'entretien des membres de la communauté. Le contrat, qui est du 7 avril, annonce la piété des fondateurs et l'objet de l'institut, dont les « membres doivent s'occuper de l'instruction des pauvres de la campagne, ne prêcher ni administrer les sacrements dans les grandes villes, sinon en cas d'une notable nécessité, et assister spirituellement les pauvres forçats, afin qu'ils profitent de leurs peines corporelles. »

Les services que la congrégation des Missions rendit dès ses commencents furent si utiles à la religion, que le souverain pontife, par sa bulle du mois de janvier 1632, l'érigea en titre, sous le nom de Prêtres de la Mission ; ce qui fut depuis confirmé par lettres patentes du mois de mai 1642, enregistrées au mois de septembre suivant.

Ce fut à cette époque que M. Lebon , prieur ou chef de la maison de Saint-Lazare, en offrit l'administration à saint Vincent de Paul. Celui-ci, vaincu par des instances réitérées pendant plus d'une année, signa, le. 7 janvier 1632, un concordat enregistré le 21 mars suivant, et approuvé par la bulle d'Innocent X du 1S avril 1645. De nouvelles lettres patentes du mois de mars 1660, enregistrées le 15 mai 1662, confirmèrent cette transaction.

En plaçant à Saint-Lazare les Prêtres de la Mission, le cardinal de Gondi exigea qu'il y eût au moins douze ecclésiastiques pour célébrer les saints offices et acquitter les fondations; il les chargea de recevoir les lépreux de la ville et des faubourgs, de faire des missions chaque année dans quelques bourgs ou villages de son diocèse, de faire des catéchismes, de confesser, prêcher, et préparer les jeunes ecclésiastiques aux ordinations.

La bulle d'érection portait que les ecclésiastiques qui voudraient y entrer s'obligeraient à ne jamais prêcher dans les villes où il y avait archevêché, évêché ou présidial. Cette congrégation était du corps du clergé séculier; on y faisait cependant les quatre vœux simples, dont on ne pouvait être relevé que par le pape ou le supérieur général.

Saint-Lazare devint le chef-lieu de la Mission et la résidence du supérieur.

Edme Joly, troisième général de la congrégation des Prêtres de la Mission, agrandit considérablement les bâtiments de Saint-Lazare : le terrain ne manquait pas, car l'enclos de cette communauté était le plus vaste de Paris ; l'église fut réparée, et le fondateur y fut inhumé au milieu du chœur sous une dalle qui portait cette épitaphe :

Hic jacet, venerabilis vir Vincentius à Paulo, prœsbyter, fundator, sm institùtor et primus superior, generalis congregationis missionis, nec non puellarum eharitatis. Obiit die 26 septembris anno 1660, œtatis vero suœ 84.

Dans l'église, tout rappelait le souvenir du pieux fondateur : la nef était décorée d'un tableau représentant son apothéose. Le frère André de Troy avait peint pour le chœur d'autres tableaux : Saint Vincent de Paul prêchant la' mission dans les campagnes; assistant Louis Xin à l'agonie; présidant une conférence ecclésiastique; siégeant au conseil de conscience établi par Anne d'Autriche. On remarquait en outre dans le chœur des compositions de frère .André, de Restout, de Baptiste, de Galloche, qui montraient le saint au milieu des galériens; don-

nant des instructions aux pauvres de l'hôpital du Saint-Nomde-Jésus; présentant à Dieu les prêtres de sa congrégation; exhortant les dames à secourir les enfants trouvés. Ce dernier sujet a été traité par Paul Delaroche, dont la gravure de Prévost a popularisé le tableau.

Vincent de Paul ayant été béatifié par le pape Innocent XIII, le 13 août 1729, le 29 septembre suivant son corps fut exhumé en présence de l'archevêque de Paris, et déposé dans une châsse d'argent, que l'on plaça sur l'autel de. la chapelle de Saint-Lazare.

Sur le premier pilier de l'église, en entrant dans le chœur, à . gauche, était une inscription latine où étaient gravées les principales conditions auxquelles la léproserie avait été concédée aux prêtres de la Mission.

La bibliothèque et la pharmacie étaient spacieuses et bien tenues. Au fond du réfectoire, où le général de la congrégation mangeait toujours au milieu de deux pauvres, qui partageaient les mets qu'on lui servait, était un grand tableau représentant le déluge universel. Ce réfectoire pouvait contenir plus de deux cents personnes.

Saint-Lazare était une maison de retraite : les ecclésiastiques s'y renfermaient, pour méditer à chaque ordination.

Quelques laïques y venaient pour se livrer à des exercices spirituels.

Enfin de jeunes débauchés, ou autres personnes, y étaient involontairement incarcérées.

Les règles établies pour ce dernier genre de retraites, dans le couvent dont nous nous occupons, sont indiquées par tous les ouvrages sur Paris, publiés au commencement, du règne de Louis XV. Ainsi on lit dans VEtdt de Paris, page 379, au chapitre des Retraites forcées :

« 1° Personne ne peut être reçu à Saint-Lazare que sur une lettre de cachet du roi ;

« 2° Ce sont les familles elles-mêmes qui sollicitent ces lettres, soit à la police, soit auprès du ministre ;

« 3° Un homme qui y serait condamné par une sentence, du juge pourrait y être détenu;

« 4" Les moindres pensions sont de 600 livres, sur quoi on est nourri , éclairé, fourni de gros linge ; mais le reste de l'entretien, le chauffage, les médicaments, etc., tombent sur la famille;

« 5° Il y a des pensions de 1,000 et 1,200 livres, etc.; proportionnées au traitement dont on convient ;

« 6" Les règles et les conditions sont les mêmes pour les aliénés, qui y sont, enfermés dans un bâtiment à part;

« 7° Il y a, pour la conduite spirituelle de ces pensionnaires, un préfet qui répond aux familles et maintient l'observance des règlements, et un directeur qui , dans l'intérieur de cette maison, dit tous les jours la messe, veille sur le spirituel des pensionnaires, les visite, les console, et tâche de leur inspirer les sentiments de religion et d'honneur dont ils peuvent avoir besoin. On leur fournit aussi toutes sortes de bons livres propres à les instruire et à les édifier.

« Il faut joindre à cette retraite forcée, pour les hommes seulement, Bicétre, faubourg Saint-Marcel, et Charenton , près Paris; pour les femmes seulement, les Filles de la Madeleine, rue des^Fontaines, au Marais; Sainte-Pélagie, faubourg Saint- Marcel; Sainte-Yalère , faubourg Saint-Germain, et la Salpétrière, près du faubourg Saint-Victor. — Pour les personnes des deux sexes, mais seulement dans certaines circonstances qui intéressent le gouvernement, le château de la Bastille et celui de Yincennes, près Paris. »

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