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CHAPITRE VIII

Les Folies. — L:i prison des jeunes détenus. — Régime intérieur. — Nourriture. — Distribution de la chapelle. — Punitions et récompenses. — Société de patronage pour les jeunes libérés.

Les églises Sainte-Marguerite et Saint-Ambroise donnent chacune son nom à un quartier. Celui de la Folie-Méricourt vient d'une maison de campagne créée par un certain Méricourt, Moricourt ou Moricault. Le nom de Folie était donné à toute habitation environnée de jardins et pour laquelle avaient été faites des dépenses excessives. Les prisons des jeunes détenus et de La Roquette sont bâties, en partie, sur remplacement de la Folie-Régnault. Quel en était le propriétaire? Un simple épicier. « On s'étonnera peut-être, a dit à ce sujet M. Léon Michel, de voir un épicier donner dans les folies ; mais répicier-niaitre du temps jadis était un personnage important à Paris. La corporation des épiciers-apothicaires formait le deuxième des six corps de ville, fournissant des échevins et même des prévôts a Paris. Les épiciers portaient le dais sur la tète du roi, et leurs gardes, dans les cérémonies, étaient vêtus de la robe consulaire à collet et à manches pondantes, brodées et parementées de velours noir. Ils avaient des armoiries, dont la devise rappelait qu'ils étaient les conservateurs de la bonne foi et du commerce, les gardes du poids le roi, c'est-à-dire des poids et balances étalons. Cette devise était ainsi conçue : lances

ET PONDERA SERVANT. Il

La fondation de la maison d'éducation correctionnelle date de 1830. Elle est située rue de la Roquette en face du dépôt des condamnés. Elle se compose de vastes bâtiments reliés ensemble aux extrémités par des tours. Au centre se. trouve la chapelle qui communique aux bâtiments par de larges galeries et des ailes rayonnantes. Les enfants et les jeunes gens qui y sont détenus composent une population d'environ 500 individus, ils appartiennent à deux catégories distinctes : 1° Ceux auxquels on a appliqué la disposition répressive de l'art. 06 du Code pénal ainsi conçu : « Lorsque l'accusé aura moins de seize ans, s'il est décidé qu'il a agi sans discernement, il sera acquitté; mais il sera, selon les circonstances, remis à ses parents, ou conduit dans une maison do correction pour y être élevé et détenu pendant tel nombre d'années que le jugement déterminera, et qui, toutefois, ne pourra excéder l'époque ou il aura accompli sa vingtième année. » 2° Les enfants contre lesquels le p''"re aura eu des sujets de mécontentement trèsgraves pourront être détenus pendant un mois au plus, lorsqu'ils seront âgés de moins de seize ans. Depuis seize ans jusqu'il la majorité ou l'émancipation , cette détention pourra durer six mois au plus. Le père fera prononcer cette mesure, toute de correction, en s'adressant au président du tribunal civil qui, après en avoir conféré avec le procureur impérial, délivrera l'ordre d'arrestation ou le refusera, et pourra, dans le premier cas, abréger le temps de la détention obtenu à la requête du père. Par une sage prévoyance, le législateur a voulu que, dans le cas où la mesure serait ordonnée, la reqi.êtc adressée au président et les papiers constatant la mise a exécution de l'ordre d'arrestation seraient anéantis, afin qu'il n'en subsiste aucune trace. On comprend que, parmi les détenus à titre de correction paternelle, il en est un grand nombre qui reviennent promptëmeht a de bons sentiments et

comptent plus tard parmi les hommes honorablement placés dans la société. Il eût été tout à la fois injuste et illogique de laisser peser sur leur avenir le souvenir de cette mesure qui a eu seulement pour but de réprimer le plus souvent des actes d'insubordination passagère et d'éviter pour l'avenir des écarts d'une nature plus grave. (Art. 376 et suivants du Code Napoléon. )

Le quartier appelé de la correction paternelle a été organisé aux termes d'un arrêté-règlement en date du 27 février 1838. Les enfants renfermés dans cette section occupent les cellules du premier étage d'une des ailes rayonnantes de la prison. Ces cellules, construites dans la pensée d'un système de séparation, pendant la nuit seulement, ont environ sept pieds et demi sur six pieds. L'air y est renouvelé par une ventilation constante. A la porte de chaque cellule est pratiqué un guichet qui met le détenu, dans quelque endroit de la cellule qu'il se place, sous les yeux des employés préposés à sa surveillance. Des calorifères sont disposés de manière à maintenir, pendant l'hiver, la température à un degré modéré. Le soir, toutes les cellules sont éclairées au moyen de lampes. Le coucher se compose d'un lit hamac, consistant en une toile tendue de la muraille à la cloison opposée, et sur laquelle sont posés un matelas, un traversin, une couverture en été, deux en hiver, et une paire de draps changée tous les mois. Une petite table, une chaise et quelque objets de propreté complètent cet ameublement.

Voici quelles sont les bases du régime disciplinaire : dès que l'enfant est entré dans le quartier- de la correction, il n'est plus désigné que par le numéro de sa cellule. Le silence absolu est la règle première du quartier; la seconde est l'obligation d'une occupation constante. Comme, dans cette catégorie particulière de détenus, la séquestration est trop courte pour permettre l'apprentissage d'un métier, on leur fait exécuter un travail qui peut être enseigné en quelques séances, comme par exemple, la confection de chaussons de lisière, etc..

Il existe pour ces enfants des professeurs, (actuellement ce sont MM. Trappe et Melin, dont les noms sont avantageusement connus dans l'enseignement) qui, à des heures déterminées, vont donner des leçons de lecture, d'écriture ou de calcul dans les cellules. L'enfant a du reste à sa disposition des livres de piété et de morale; et, s'il a reçu un commencement d'instruction, les livres d'étude qui peuvent lui convenir sont déposés dans sa cellule. Actuellement, il se trouve dans la maison d'éducation correctionnelle des jeunes gens, faisant partie du quartier de la correction paternelle, et qui se préparent aux examens du baccalauréat es lettres et es sciences, sous la direction éclairée des professeurs dont nous venons de parler.

Le directeur de la maison, l'aumônier, le médecin font de fréquentes visites dans ce quartier.

Les parents sont admis, s'ils le désirent, à voir les enfants détenus une fois chaque semaine. Cependant, l'administration, d'accord avec le président du tribunal , a coutume d'interdire ces sortes de visites pendant les premières semaines. L'absence complète, dans le début, de tous rapports avec la famille a (ainsi que cela a été reconnu) un puissant effet d'intimidation et de repentir sur le délinquant.

Chaque jour, si le temps le permet, un certain nombre d'enfants sont conduits dans les chemins de ronde de la prison pour s'y promener. Conformément à l'art. 4 du règlement, cette promenade se fait en commun et par files, mais sans que les détenus puissent causer entre eux.

Le régime alimentaire est fixé de la manière suivante :

Tous les jours.

1,500 grammes de pain bis blanc, 50 grammes de pain blanc pour la soupe ou l'équivalent en riz.

Cinq fois la semaine.

Une soupe grasse aux légumes le matin; quatre onces do viande de bœuf désossé pour le dîner.

Deux fois la semaine.

Soupe maigre aux haricots, aux pois ou au rix, avec quelques légumes verts, le matin; fricassée des mêmes substances pour le dîner.

L'habillement des détenus se compose d'une veste et d'un

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