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POPINCOURT

pantalon, en drap pendant l'hiver, en toile pendant l'été , et d'une chemise, que l'on change toutes les semaines.

Tels sont, en résumé, les principales dispositions matérielles et le régime du quartier de la correction paternelle, dans le pénitencier des jeunes détenus, régime qui du reste est. le même pour les autres détenus.

Les hases de la discipline du pénitencier sont l'incognito, le silence et le travail. Le personnel de la surveillance est ainsi composé :

1 brigadier ou inspecteur général ;

I sous-brigadier ;

30 surveillants ou inspecteurs de quartiers.

Dans la chapelle de l'établissement, un ingénieux système de disposition intérieure permet à plus de quatre cents jeunes détenus d'entendre la messe et d'assister aux offices sans se voir. Cinq cents petites cellules de construction légère sont disposées en amphithéâtre, devant l'autel. Chacun d'eux prend place dans sa cellule sans avoir aucune communication avec ses co-détenus, et tous peuvent suivre et voir lés différentes phases de l'office qui est célébré. Au milieu de ces rangées de cellules règne un corridor destiné à faciliter la surveillance. Dans le fond de la chapelle, et au-dessus des cellules, se trouve une tribune ou les personnes appartenant à l'administration de la maison viennent prendre place. Des extrémités de cette tribune adossée au mur faisant face à l'autel partent deux galeries circulaires aboutissant à la plate-forme du tambour assez élevé sur lequel est l'autel. Un escalier intérieur y conduit. De toutes les parties de la chapelle les regards peuvent suivre le prêtre qui officie.

M. Millot, entrepreneur général des travaux dans toutes les prisons du département de la Seine, donne l'impulsion aux travaux auxquels sont occupés les jeunes détenus avec l'aide de douze contre-maitres. Les détenus n'appartenant pas à la correction paternelle deviennent ciseleurs sur cuivre-, bijoutiers en faux, fabricants de boucles, doreurs sur bois, ébénistes, fabricants de chaînes en laiton, etc. Il existe en outre des sousentrepreneurs qui, vis-à-vis de l'administration prennent l'engagement formel de montrer et d'enseigner aux enfants travaillant dans leurs ateliers toutes les parties de leur état, et, par conséquent, de les appliquer successivement aux différents genres de travaux qu'il comporte. Il en résulte que les enfants, à la fin de leur apprentisage peuvent obtenir un livret d'ouvrier et être admis en cette qualité chez les fabricants et chefs d'atelier. Pour assurer l'exécution de ces engagements, on a exigé que les entrepreneurs s'obligassent à laisser examiner par des experts du tribunal de commerce le travail des enfants dont l'instruction industrielle leur a été confiée. Dans le cas ou des négligences auraient été constatées, les entrepreneurs auront à supporter une indemnité pouvant s'élever jusqu'à moitié du salaire acquis pendant les trois derniers mois de leur travail, par les enfants déclarés négligés.

Afin de sauvegarder d'une manière efficace les règles de discipline auxquelles les jeunes détenus doivent se soumettre, et les encourager dans la voie du devoir, on a dû maintenir ou instituer dans le pénitencier des moyens de coercition et des récompenses. Le directeur a donc été autorisé à infliger dans toutes les subdivisions de la maison les punitions suivantes :

1° La privation de la promenade;

2° Le pain et l'eau dans les cellules;

3° La même punition dans une cellule obscure.

Ces mesures disciplinaires peuvent être ordonnées pour un temps plus ou moins long, mais qui ne doit pas dépasser deux jours, à moins qu'il n'en ait été préalablement référé à l'autorité supérieure. Toutes ces peines sont peu sévères, et cependant elles suffisent. On a remarqué que depuis l'introduction du système cellulaire dans le pénitencier, la moyenne des enfants punis n'est que de sept, tandis qu'autrefois, lorsque les enfants étaient réunis , ce nombre était ordinairement double, et fréquemment triple ou quadruple.

Au nombre des récompenses se trouve la table d'honneur à laquelle sont admis, tous les dimanches, et jusqu'à concurrence du dixième de la population, les enfants qui, dans le courant de la semaine, non-seulement dans les ateliers, mais aussi à l'école, aux instructions, etc., se sont fait remarquer par leur conduite et leur application.

Outre le repas d'honneur, on distribue des prix à ceux qui en sont jugés dignes. Ces prix, qui consistent en livres et en outils, selon l'éducation première ou les goûts des enfants, au

lieu d'être distribués périodiquement, sont délivrés en échange de témoignages de satisfaction d'un ordre inférieur accordés toutes les semaines sur des listes de candidats présentés par l'aumônier, l'instituteur et l'agent spécial des travaux. Ces sortes de récompenses d'un premier degré, et qui sont désignées sous le nom de bons points, exercent une salutaire influence sur l'application au travail et sur les progrès dans les études. Ces distributions périodiques, les différentes formes et les divers degrés d'importance qui leur sont attribués, la certitude donnée à l'enfant que, mieux il remplira ses devoirs, plus tôt il sera mis en possession d'un objet utile, tous ces encouragements, combinés avec les excellents résultats que produisent les repas d'honneur, sont autant de moyens propres à aiguillonner l'insouciance et à stimuler l'hésitation en propageant les tendances vers ce qui est bon et utile. On accorde également des promenades extraordinaires et hors tour à titre de récompense.

Une commission de surveillance pour la prison des jeunes détenus a été instituée, et on ne saurait trop répéter combien elle s'efforce de seconder l'administration dans la tâche qui lui est confiée par la loi. Cette action commune, dirigée vers un même but, embrasse les différentes parties de l'œuvre intérieure des prisons. Mais on a sagement pensé que, quelque bien conçue que fût cette combinaison, quelques garanties qu'elle puisse donner d'une direction ferme, persévérante et progressive, en ce qui concerne l'éducation morale et religieuse, l'instruction primaire, l'habitude constante du travail, la discipline pendant la durée. de l'incarcération, elle avait besoin d'un complément. Parvenir, grâce à des améliorations successives, à constituer un régime sous l'empire duquel les enfants soient réellement élevés selon le voeu de la loi, c'est beaucoup sans doute, mais ce n'est pas assez encore ; car, au jour de la libération, qu'arrivera-t-il ?

Qu'on se représente un enfant jeté après sa captivité au milieu du tourbillon d'une grande ville, sans protection, quelquefois sans parents, n'ayant pas complètement achevé dans la prison l'apprentissage d'un métier? Que deviendra-t-il, s'il se. voit repoussé de ceux chez lesquels il pourrait l'exercer ? Quelle qu'ait été sur cet enfant l'impression salutaire des principes do morale et de religion qu'il aura reçus dans la maison de correction, quelque sincère que. soit le retour qui se sera opéré dans sa conscience, quel que soit, en un mot, l'effet de la mesure dont il a été l'objet, n'est-il pas à craindre qu'il ne tombe dans de nouveaux écarts ?

Il était donc urgent, sous peine de perdre en cet instant de crise le fruit de plusieurs années d'efforts, de trouver le moyen d'éloigner de lui le besoin, et d'amortir la puissance des dangereuses séductions. En effet, il ne peut exister de système pénitentiaire sérieux qu'à la condition de combiner les effets de l'incarcération sous un régime perfectionné avec l'action d'une tutelle efficacement morale et qui doit prendre naissance au moment même où l'enfant" est rendu à la liberté. C'est ce que l'on peut appeler l'œuvre extérieure des prisons, et c'est aux sociétés de patronage qu'est dévolue cette importante mission.

Ce. fut donc sous l'influence de ces idées que fut instituée, en 1833, la Société destinée au patronage des jeunes libérés du département de la Seine. Placer le jeune libéré sous l'égide d'une protection aussi active que bienveillante, veiller sur ses premiers pas, lui procurer du travail, le soutenir s'il vient à en manquer, l'aider à en retrouver; par un zèle charitable, sachant prévenir tous les besoins, telle est la lâche que cette Société s'est proposé d'accomplir.

Au milieu des résultats remarquables qu'a obtenus la Société de patronage, elle a éprouvé quelques mécomptes. Les rapports annuels qui ont été publiés il y a quelques années par l'honorable président de cette association, M. Bérenger, fournissent à cet égard les renseignements les plus intéressants et les plus complets. Toutefois, il importe de constater un fait important : c'est que les réformes qui ont été introduites dans le pénitencier des jeunes détenus concourent puissamment aux heureux résultats que doit produire la Société de patronage. Désormais les hommes charitables qui se sont placés à la tète de cette œuvre, philanthropique auront la consolation de voir fructifier les germes précieux qu'ils auront déposés dans une terre sagement, préparée et amendée. Tels sont les résultats que devra obtenir la Société de patronage.

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