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CHAPITRE II

Les Celtes. — Les Gâls. — Leur religion. — Les druides. — Organisation du druidisme. — Les trois cycles. — Les trois qualités.

Les peuples dont les civilisations autochthones ont mis en valeur les pentes de l'Himalaya, chassés de leurs terres natales par des révolutions intérieures, envoient les premiers des colonies en Europe. Ceux qui paraissent avant tous sur le sol des Gaules sont les Celtes, Kelt ou Keltairh, dont le nom implique l'idée d'hommes habitant sous des tentes. Quand ils se fixent et renoncent à la vie nomade, ils s'appellent Gàls, d'un mot. qui signifie pays cultivé. C'est Pausanias qui nous l'affirme dans le livre I" de ses Attaques, et la philologie vient à l'appui de son opinion. Dans les parties de la Grande-Bretagne où s'est conservée la langue gaélique, on se sert du mot ccltiaid pour désigner les pays que hantent les pâtres et les chasseurs, et du mot gwal, pour dire terre labourée.

Les Gâls se partageaient en tribus, subdivisées en clans, dont les chefs nous apparaissent sous deux faces distinctes. En qualité de tierns, de hhlan-kinnidhs (pères du clan), ils font observer la justice et maintiennent les bases de la société civile. Autour d'eux se groupent les ambachts, clients ou serviteurs, véritables vassaux de cette féodalité patriarcale. Quand un chef de clan commande les armées, il prend le titre de brenn (généralissime), et ses clients s'appellent soldurs. Ces deux pouvoirs étaient-ils séparés ou confondus, indépendants l'un de l'autre ou hiérarchisés? Reconnaissait-on dans les Gaules quelques principes analogues au cédant arma togœ? Problèmes insolubles, faute de documents!

Les Gàls, comme la plupart des peuples de l'antiquité, admettaient un dieu supérieur et des divinités secondaires dans lesquelles étaient personnifiées toutes les forces de la nature. Heuz (en latin .Esus) était le tout-puissant, le grand inconnu, le grand invisible, le père de la vie universelle. Au-dessous de lui s'échelonnaient des dieux et des déesses qui ne sont point sans analogie avec ceux de la Grèce : Héol ou Belen, le soleil ; Volcan, le dieu du feu terrestre; Taran, que Lucain cite dans le premier livre de la Pharsale, et dont le nom signifie tonnerre, en bas-breton. Math Hert était la terre, la grande mère, de laquelle dépendaient le dieu des Pyrénées, le dieu Gothar; le dieu Vogèse; la déesse Onuava, qui dirigeait le cours des eaux; la déesse Ardwen, qui protégeait les chasseurs dans le labyrinthe des grands bois. Les Gàls comptaient encore parmi leurs divinités : Camuu , dieu de la guerre ; Andart, déesse de la victoire; Ogmi (la puissante bouche), dieu de l'éloquence; Merzen, dieu des arts industriels. Ils attribuaient leur système théologique à Teutat, le père des hommes, le révélateur de toutes les sciences. Leur religion était en somme tout aussi poétique que celle des Grecs; mais, pour se perpétuer après avoir disparu, il lui a manqué d'être vivifiée par les beaux-arts.

Quant à leur culte, ils en célébraient les fêtes principales aux grandes époques indiquées par le retour périodique des saisons. Sur le chêne consacré à Heuz, ils cueillaient le gui toujours vert, symbole d'incorruptibilité. Au solstice d'hiver, ils s'enivraient de cervoise et d'hydromel en l'honneur de Belen, et se travestissaient avec des p'eaux de bêtes. Ils sacrifiaient au pied des menhirs (pierres levées) ou sur les dolmens (tables de pierre) les prisonniers de guerre, les étrangers et les criminels.

La religion des Gàls ne reçut son organisation définitive qu'environ sept siècles avant l'ère chrétienne. Des peuplades sortirent de la haute Asie, s'arrêtèrent sur les bords du Pont- Euxin et des Palus-Méotides et en chassèrent les Kimris. Ceux-ci remontèrent le Danube, descendirent ensuite le Rhin, et envahirent la Gaule par le nord. Leur chef, Hu-Cadarn (le magicien puissant), à la fois prêtre, pontife, législateur et général, fut l'organisateur du druidisme.

Le druidisme serait difficile à reconstruire, si l'on n'avait que les documents indigènes; mais comme il s'est étendu en Irlande et en Angleterre, qu'il y a laissé des traces profondes, que l'on parle encore la langue kimrique dans le pays de Galles, on est autorisé à recueillir au delà de la Manche des preuves à l'appui des renseignements que nous possédons suites croyances de nos pères.

Druide dérive-t-il de di-rhond (qui parle de Dieu), ou de derwwydd (gui de chêne)? Les deux étymologies sont peutêtre simultanément vraies; le gui ne devint peut-être sacré que parce que son nom rappelait celui du prêtre à l'esprit des fidèles. Théologiens par excellence, législateurs et juges, les druides avaient pour auxiliaires les vates , ministres du culte, et les bardes, poètes dont les chants célébraient les dieux et les guerriers. Il y avait des druides, des vates, des bardes du sexe féminin, et à la tête du clergé était placé un grand pontife élu à vie, comme l'est aujourd'hui le chef du catholicisme. M. Catien Arnoult, dans sou Histoire, de la Philosophie en France, pense que le corps des druides se recrutait dans toutes les classes de la société, et que l'entrée n'en était refusée à personne. Où en est la preuve? « Quand le souverain pontife est mort, disent les Commentaires de César, on lui donne pour successeur le plus élevé en dignité des survivants {si quis-ex reliquis excellit dignitate). » Ce passage établit à la rigueur que la papauté druidique était élective; mais, venus d'un pays où le système des castes était en vigueur, les druides auraient-ils innové à leur préjudice? Ils n'auraient pas été prêtres.

HISTOIRE GENERALE

Quoique l'autorité des Commentaires soit respectable, ils demandent à être étudiés avec discernement. Helvétius y a lu que la communauté des femmes était admise chez les Gaulois, et le texte cité ne s'applique qu'à certaines peuplades de la Grande-Bretagne. M. Amédée Thierry y a lu que les Gaulois ne semaient point de blé (frumenta non serunt), et ce sont ces mêmes peuplades dont le texte cité fait mention. M. Ampère y a lu que les magistrats gaulois assignaient annuellement à des associations un lot de la terre possédée en commun, et le texte cité signale cet usage comme existant chez les Germains.

La Rome du druidisme était Dreux (Durocasses), la terre du milieu), le centre religieux du monde, la demeure des forts et des savants. Là se réunissaient en collège les dépositaires de la doctrine ésotérique, ceux qui connaissaient le sens des mythes jetés en pâture à un peuple grossier et avide de merveilleux. Là on s'occupait médiocrement d'Héol, de Volkan et même d'.Esus. Dieu est pour les initiés l'infini en puissance,, en intelligence et en amour. Ce qu'il accomplit est parfaitement nécessaire et parfaitement beau. Seul, il est incréé. Les êtres auxquels il a daigné accorder la vie sont perpétuellement soutenus par lui , et appelés à se transformer graduellement depuis le dernier degré de l'existence jusqu'au plus élevé.

Dans le. premier cercle (cyteh y ceugant), la région du vide, il n'y a rien de vivant ni de mort.

Dans le second cercle (eylch y'r abred), dont le nom signifie littéralement errer, les êtres naissent avec un principe de spontanéité, Vawen, qui doit avoir la même étymologie que le mot sanscrit avenna (mouvement). Ils sont doués de mémoire et de perception ; leurs premiers pas sont embarrassés ; ils penchent vers l'abîme d'où ils sortent à peine, et où cherchent à les pousser les génies du mal, cythraut (l'obstacle), rliaful (le calomniateur), drwg (le malin); mais l'homme, par l'énergie et la liberté, triomphe de ces redoutables adversaires, et acquiert la connaissance de toutes choses, le savoir, le vouloir et le pouvoir. S'il manque de la force nécessaire pour se développer moralement et intellectuellement, il descend au lieu de monter. L'orgueil, le mensonge, l'absence de charité, le ravalent au niveau de la brute; la vertu, au contraire, l'introduit dans le cercle de gwynfid (l'heureux monde). Il est alors dispensé de transmigration, affranchi de l'obscurité, de l'erreur et delà mort; il n'éprouve plus de besoins; il comprend la cause et le mode d'action de toutes les créatures; il jouit de trois qualités supérieures : l'instruction, la beauté et le repos.

« Trois choses diminuent continuellement : l'obscurité, l'erreur et la mort.

« Trois choses s'accroissent continuellement : le feu ou la lumière, l'intelligence ou la vérité, l'esprit ou la vie. Ces trois choses finiront, par prévaloir sur toutes les autres, et alors Abred sera détruit. »

Ainsi la théorie du progrès universel est formulée par les druides de l'île de Bretagne, les plus orthodoxes de tous, ceux près lesquels, suivant César, les prêtres gaulois allaient, compléter leurs études [discendi causa). Leur philosophie, comme on le voit, ne manquait ni d'élévation ni de logique.

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