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CHAPITRE III

Les Belges. — Alliance des Sénones et des Parisiens. — Recherche d'une capitale. — Origine du nom de Lutèce. — Les sept îlots de la Seine.

Parmi les sectateurs des druides, dans la grande nation des Kimris, figuraient au premier rang les Belges, dont le nom veut dire guerrier. C'étaient des sauvages, demi-nus, tatoués, armés de massues et de flèches à pointe de silex. Ils laissaient flotter sur leurs épaules leurs longs cheveux, qu'ils relevaient parfois en touffes au sommet de la tête. Ardents à la guerre, implacables dans leurs vengeances, ils massacraient leurs prisonniers, suspendaient des têtes au poitrail de leurs chevaux, et buvaient dans le crâne de leurs ennemis. Quelques centaines d'années avant Jésus-Christ, ces Belges passèrent le Rhin, et un de leurs détachements fit alliance avec la tribu gauloise des Sénones, dont il obtint l'autorisation de s'établir sur les rives de l'Oise, en latin Esia. Les Belges prirent alors, du moins dans ces parages, le nom de Parisiens, qui signifie habitants des bords de l'Oise. L'accommodement avec les anciens propriétaires du sol ne précéda pas de beaucoup l'invasion des Gaules

par les Romains, et César dit que des vieillards qu'il a consultés en avaient encore le souvenir. (Confines erant Parisii Senonibus, civitatemque, patrum memoria, conjunxerant. — De Bello gallico, Mb. 6, cap. 3.)

Le territoire concédé aux Parisiens n'était pas de très-grande dimension. Pontoise, qui est situé sur la rive droite de l'Oise, était resté aux Sénones. dont les possessions bornaient celles des Parisiens à l'orient et au midi. Au sud et à l'ouest étaient établis les Carnutes, que la race druidique vénérait, quoique les prêtres de l'Armorique et du pays de Galles eussent acquis un immense crédit. A l'est étaient, outre les Sénones, les Meldes, dont Meaux était la capitale ; au nord, les Silvanectes, dont le chef-lieu était Senlis. Après avoir fixé, pardes traités, les frontières du domaine qui leur était octroyé, les Parisiens se mirent en quête d'une capitale.

350 ans avant Jésus-Christ, sept îles se suivaient dans la partie de la Seine comprise aujourd'hui entre le pont d'Austerlitz et le pont des Arts ; dans l'ignorance de leurs appellations primitives, nous sommes forcés d'employer celles qui leur ont été attribuées bien longtemps après. La première île était l'île Louviers, séparée de la terre ferme par un étroit chenal, qui a été comblé en 1845.

L'ile que nous nommons Saint-Louis était coupée en trois morceaux. L'ile Notre-Dame s'arrêtait rue du Harlay. Due sixième île, qu'on nomma l'île du Passeur-aux-Vaches ou de Bucy, fut réunie à la précédente à l'époque où l'on bâtit la place Dauphine. Une septième île de grande dimension, après avoir été longtemps couverte de vignes, ce qui la faisait surnommer l'Ile-aux-Treilles, a été exhaussée en partie pour devenir le terre-plein du Pont-N'euf, tandis que la pointe inférieure était convertie en jardin.

Sur ces sept îles, les Parisiens fondèrent Lutèce. Évidemment ce n'est pas ainsi qu'ils écrivaient et prononçaient le nom de leur capitale, mais les peuples avaient dès lors la triste habitude de rendre méconnaissables les noms des localités étrangères. Cette habitude, ils l'ont conservée; le Coeln des Allemands est pour nous Cologne; le Firenze des Italiens, Florence. Dans nos livres et dans notre conversation Aaclien devient Aix-la-Chapelle, Venezia Venise, London Londres. De Livorno la langue française a fait Livourne, et la langue anglaise Leghorn. Si l'on parlait à un paysan hollandais de La Haye, il lui serait impossible de deviner qu'il sagit de la ville qu'il appelle Gravenhage, en allemand der Haag. Une altération analogue dénature le nom indigène de Lutèce, qui n'est arrivé jusqu'à nous que traduit en grec ou en latin.

César et Ammien-Marcellin écrivent Lutetia; Strabon, Aouwreoxïa ; Ptolémée, Aooy.ovay.t'a ; Julien, dans le Misopogon, AouxE-îi'œ; d'autres, Lucotecia et Lucototia.

Un savant bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, dom Toussaint du Plessis, conjecture que ces noms sont dérivés du celtique leug-tec (belle pierre) , à cause des facilités que l'abondance des carrières offrent à l'édification d'une ville; il oublie que les Parisiens ne bâtissaient qu'en bois. Plus vraisemblablement, Lutèce vient de luth (eau), thoueze (milieu), et y (demeure).

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