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CHAPITRE XI

Abattoir de Ménilmontant. — Canal Saint-Martin. — Entrepôt. Bureau de la Douane. — Fontaine Topincourt.

L'abattoir de Ménilmontant ou de Popincourt occupe, dans le XI€ arrondissement, une superficie de 43,160 mètres. Comme tous les abattoirs sont créés d'après un plan uniforme, nous nous en occuperons dans un seul article.

Cet arrondissement est traversé par le canal Saint-Martin, qui met le bassin de la Villette en communication avec la haute Seine.

On avait depuis longtemps constaté les obstacles que le canal apportait à la circulation dans ce quartier populeux. En outre, en cas de mouvement populaire, c'était une ligne de défense formidable.

Au mois de juin 18 i8, il fallut du canon pour emporter les barricades élevées sur les deux rives à l'entrée du faubourg du Temple, et ce ne fut que le 26 juin que les troupes commandées par le général Lamoricière purent s'avancer dans le faubourg.

L'administra ion résolut en conséquence d'augmenter la profondeur du canal Saint-Martin, et de le voûter sur une longueur

de 18,000 mètres. Le lil du canal fut d'abord desséché, et un énorme bàtardeau, établi au point où devait commencer la voûte, contint les eaux du bassin supérieur ; un chemin de fer fut installé sur le fond même du canal, depuis le bàtardeau jusqu'à l'écluse, située à quelques mètres en avant de la place de la Bastille. On commença ensuite à déblayer le sol , composé de plusieurs couches épaisses de chaux hydraulique, au moyen d'une énorme tige triangulaire et d'un mécanisme assez semblable à celui dont on se sert' pour forer les puits artésiens ; des wagons recevaient les déblais à mesure que l'on défonçait l'ancien radier et les déversaient dans des bateaux qui stationnaient au pied de la dernière écluse. Les entrepreneurs ne négligèrent pas de recueillir, comme un engrais précieux, un limon noir dont l'épaisseur variait de 40 à 50 centimètres.

Le 27 février 1800, l'empereur visita ces travaux qui avançaient avec une prodigieuse rapidité ; aussitôt que le plan d'eau fut abaissé, des bateaux apportèrent la pierre, le sable et la chaux nécessaire à la construction du tunnel.

Le canal Saint-Martin fut créé en vertu d'une loi du 5 août 1821 ainsi conçu .

Article 1". La ville de Paris est autorisée, conformément à la délibération du conseil municipal du 7 juin 1821, à créer 400,000 fr. de rentes et à les négocier avec publicité et concurrence, dans la proportion des besoins, pour acquitter : 1° la valeur des propriétés à acquérir sur la ligne du canal Saint- Martin; 2° le prix des travaux nécessaires à l'ouverture et à la confection de ce canal.

Art. 2. Le traité à conclure pour l'exécution des travaux du canal Saint-Martin sera fait sous l'approbation du gouvernement avec publicité et concurrence, et pourra contenir la concession dudit canal pour une durée de 08 ans au plus.

Art. 3. Le tarif des droits de navigation et de stationnement établis par la loi du 20 mai 1818 sur le canal Saint-Denis sera applicable au canal Saint-Martin, etc.

Lue adjudication provisoire, faite à la compagnie Vassal le 12 novembre 1821, fut approuvée par une ordonnance royale du 11 décembre suivant. Un arrêté préfectoral du 1er mars 1822 prononce l'adjudication définitive moyennant 5,470,000 fr., et fixe la durée de la coucessisn à 90 années à partir du 1er janvier 1823.

La première pierre du canal Saint-Srartin fut posée le 3 mai 1822, et l'inauguration eut lieu le 4 novembre 1825, jour de la fête du roi Charles X. 11 ne fut livré au commerce que le 15 novembre 1820. Nous ignorons ce qu'il a coûté à la compagnie concessionnaire, mais les comptes municipaux établissent que la ville de Paris est entrée dans la dépense pour une somme de 14,220,000 fr. Malgré le soin avec lequel il a été construit et garni de revêtements de pierre, le canal Saint-Martin a plusieurs fois inquiété les propriétaires des quartiers voisins qu'il domine; des fissures s'étaient déclarées dans son radier, et l'eau, filtrant à travers les terres, avait inondé les caves de quelques maisons. Sur les vives réclamations des parties intéressées des mesures furent prises pour éviter à. l'avenir de tels accidents.

La navigation s'est accrue sur le canal Saint-Martin depuis la création de l'Entrepôt destiné à recevoir les objets soumis à la douane. Louis-Philippe posai le 29 juillet 1833, la première pierre de cet établissement, dont les travaux furent confiés à M. Grillon, architecte, et qui occupe, sur la rive gauche du canal Saint-Martin, une superficie de 20,370 mètres, sans y comprendre les bâtiments destinés à la douane, qui s'étendent sur une superficie de 0,985 mètres.

Le canal Saint-Martin a été exécuté sous la direction de l'ingénieur en chef Devillicrs. Il a une longueur de 3,200 mètres, une largeur de 19 mètres dans son plafond et de 20 mètres au sommet. Dans la partie qui n'a pas été remaniée pour devenir souterraine, il a une profondeur de 2 mètres 60 centimètres.

Le canal Saint-Martin fournit de l'eau à un grand nombre de fontaines publiques et de maisons particulières, dout les propriétaires paient un abonnement.

A propos de fontaines, nous mentionnerons celle de Popincourt, située près de l'église Saint-Ambroise ; elle a la forme d'un cippe, et sur sa face extérieure se détache une grande et belle figure de la Charité. Elle allaite un enfant, en enveloppe un second avec les plis de sa robe, et présente à boire à deux autres. Cette allégorie est convenablement placée dans ce quartier de travail et de misère, où de nombreux ouvriers, la plupart chargés de famille, ne reçoivent qu'un salaire insuffisant et sont sans ressources contre les chances du chômage et des maladies.

On chercherait, en vain dans le M' arrondissement les élégantes devantures, les façades ouvragées, les magasins où l'on débite des inutilités pour exercer une coercition sur le riche, qui hésite à dépenser son superflu. Les maisons sont rabougries, les mir s noirs et lézardés. Les boutiques ont une désinvolture provinciale; et il n'est pas rare d'en voir qui réunissent des produits hétérogènes, de la chandelle, des balais, du sucre et de la faïence. Les commerçants ont beau se multiplier, ils n'en sont point plus riches; leur clientèle ne peut leur donner ce qu'elle n'a pas, et pourtant, de ces quartiers qui gardent si peu pour leur population laborieuse et souffrante, partent les produits que recherchent les deux hémisphères. Au milieu des masures, des chantiers, des cours immenses, se dressent comme des colonnes monumentales, les cheminées rondes des usines. Des milliers de travailleurs alertes mettent chaque jour en mouvement, dans le XIe arrondissement, toutes les machines sorties tout armées du cerveau des savants modernes. Que d'industriels massés dans ce coin où s'aventure si rarement le Parisien du centre ! Fondeurs en fer, fondeurs et monteurs en cuivre et en bronze; mécaniciens; filateurs de coton; imprimeurs sur étoffe; entrepreneurs de pavage, de trottoirs et d'asphalte; faïenciers: vernisseurs sur métaux; retondeurs de laine et de coton; constructeurs et peintres de voiture; marbriers; forgerons; taillandiers; polisseurs de glaces; tondeurs et apprèteurs d'étoffe ; plombiers; mosaïstes; constructeurs de fourneaux et appareils de chauffage; blanchisseurs et apprèteurs de tulles; ébénistes; tourneurs en chaises, bois ou métaux; apprèteurs de pelleteries; régleurs de papiers; cadrilleurs de peaux; coupeurs de poils; doreurs; argenteurs; fabricants de baromètres; devant de cheminées; caisses de pianos; bronzes; \is cylindriques; papiers peints; couleurs pour papiers peints; bois de brosses; articles de voyage; crinolines; baguettes de tentures; masques; étuis à lunettes; ornements d'appartements; roulettes; appareils à gaz; ressorts de sonnettes; cabas en paille; cadres; pains à cacheter; briques; lattes, émeri; navettes; fauteuils; robinets; bouchons; acier poli; cadrans et boites pour pendules; lampes; ressorts de lampe; réflecteurs; lits en fer; boîtes à couleurs; boutons: coffres-forts; cadenas; registres; vêtements en caoutchouc; broches pour peignes à tisser, etc., etc. On se douterait peu qu'une vraie ville manufacturière se cache derrière les boulevards du Temple, des Filles-du-Calvaire et Beaumarchais.

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