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CHAPITRE II

Prise de la Bastille.

En prenant la Bastille, le 14 juillet 1789, les Parisiens réalisèrent un vœu populaire : la démolition de cette prison était formellement réclamée dans les cahiers du tiers état de Paris, de Dreux, de Montfort-l'Amaury , etc. En 1793, le Courrier du Bas-Rhin proposait d'élever sur l'emplacement du château détruit une statue à Louis XVI; ce projet fut reproduit dans les Mémoires de l'avocat Linguet , un des détenus de la Bastille, et dans les cahiers du tiers état de la ville de Paris, où on lisait, § 40, titre de la Municipalité : « Que les États-Généraux s'assemblent désormais à Paris dans un éditice public destiné à cet usage; que sur le frontispice il soit écrit : Palais des États-Généraux, et que sur le sol de la Bastille, détruite et ruinée, on établisse une place publique où s'élèvera une colonne d'une construction noble et simple, avec cette inscription : .4 Louis XVI, restaurateur de la liberté publique. »

Le gouverneur de la Bastille était Bernard-René Jourdan, marquis de Launay ; on assurait qu'il était dur et rapace, qu'il faisait fouiller les nouveaux venus avec une extrême rigueur, et que s'ils élevaient la voix, il leur disait brusquement : « Taisez-vous, c'est ici la maison du silence. »

Quoiqu'il tirât un revenn important de la location des fossés et des boutiques, de Launay cherchait à s'enrichir aux dépens des prisonniers en diminuant leurs rations, et quelques-uns d'entre eux ne recevaient pas plus de quatre onces de viande par repas. Quand le roi accordait un garde à un captif, soit pour le surveiller, soit pour le servir, avec une solde de trente sous par jour, de Launay n'en payait que vingt-cinq. Il s'était emparé, pour en faire un potager, d'un bastion qui servait de promenade aux détenus, et il leur interdisait de paraître dans la cour intérieure lorsqu'il donnait à diner et que ses valets devaient passer sans cesse de la cuisine à l'hôtel.

La garnison à laquelle commandait de Launay ne se composait que de 82 soldats invalides, 2 canonniers de la compagnie de Monsigny, 32 suisses du régiment de Salis-Chamade, com-

REUILLY

mandés par Louis de Fluc, lieutenant de grenadiers; mais les munitions étaient plus que suffisantes; elles consistaient en boulets de calibre, 400 biscaïens, 14 coffrets de boulets sabottés, 1,500 cartouches et 200 barils de poudre. Il y avait 15 pièces de canon sur les plates-formes, et 3 autres vis-à-vis le grand pont-levis. On avait placé sur les remparts G fusils portant chacun une livre et demie de mitraille, et désignés sous le nom d'amusettes du comte de Saxe.

En outre, le gouverneur de Launay avait fait monter sur les tours six charretées de pavés, de chenets, de vieux boulets et de vieilles ferrailles. On avait réparé les ponts-levis, enlevé les garde-fous, entaillé, les embrasures, pratiqué des meurtrières ; et les Suisses, à l'instigation du gouverneur, jurèrent de faire feu sur les invalides si ceux-ci refusaient d'obéir.

Le 14 juillet 17S9, jour de la Saint Bonaventure, les tambours battirent dès le matin le rappel dans tous les quartiers pendant que le tocsin tintait dans toutes les églises; des bandes tumultueuses parcoururent les rues et formèrent sur les places des groupes où circulaient les bruits les plus sinistres.

« On nous attaque, disait-on; le Royal-Allemand et le Royal- Cravate se sont rangés en bataille à la barrière du Trône, et déjà les hussards paraissent dans les faubourgs Saint-Denis, Saint-Martin et Saint-Marceau, n

Des électeurs racontaient qu'on avait saisi une dépèche adressée par le baron de Besenval au gouverneur de la Bastille, et ainsi conçue :

n Tenez bon contre le peuple; je saurai vous en débarrasser. »

D'autres citoyens arrivés de Versailles en rapportaient les nouvelles. « On se propose de frapper un grand coup ; le Royal- Allemand, le Royal-Étranger, les hussards de Nassau sont désignés pour envahir la salle des États. Le roi tiendra un lit de justice et dissoudra l'assemblée. »

Pendant ces colloques, on travaillait avec ardeur -à. dépaver les rues, à creuser des tranchées, à disposer des chevaux de. frise. Chacun cherchait à se procurer des armes ; des ouvriers, après s'être munis de piques, vendaient des fusils dont ils s'étaient emparés la veille. Un pistolet ou un sabre ne coûtait que 12 sous; on donnait un fusil pour 3 francs.

A midi , une bande désarmée se groupe autour du pont-levis de l'Avancé, en criant :

« Laissez-nous entrer ! Donnez-nous des armes et des munitions! »

De Launay ordonne de baisser le pont, le fait relever aussitôt que. la dépuration est dans la première cour, et ouvre un feu roulant sur les malheureux qu'il a mis dans l'impossibilité de fuir. De toutes parts on crie : « Trahison! à bas la troupe! » Louis Tournoy, ancien soldat au régiment du Dauphin, monte sur le toit du corps de garde attenant à l'Avancé et brise avec .une hache les supports du pont-levis. L'attaque commence, quinze blessés sont recueillis dans les maisons de la rue de la : Cerisaie; un jeune homme atteint d'une balle au bras, u:i garde-française expirant sur un brancard , sont conduits au comité permanent, auquel on demande de décréter le siège, tandis que d'autres citoyens vont chercher du renfort en racontant dans Paris la perfidie du gouverneur. Le siège de la Bastille, qui n'était que le rêve de quelques hommes, devient une pensée générale. Soulevée par les récits des premiers assaillants, la population entière s'ébranle : ouvriers, soldats, pompiers, journaliers des campagnes, femmes, abbés, capucins, grossissent l'armée assiégeante ,* les uns avec des carabines, d'autres avec des arquebuses à rouet, des massues, des haches, des javelots , des lames de sabfe emmanchées au bout de perches. En moins d'une heure, on a pénétré dans la cour du Gouvernement , et l'on échange des coups de fusil avec les Suisses postés derrière le pont-levis de la grande Cour.

Une dépuration du comité s'avance au pied de la forteresse; elle est composée de MM. De'avigne, Chignard, de l'abbé Fauchet et de M. Bottidoux, député suppléant des communes de Bretagne. En approchant, ils agitent leurs mouchoirs en signe de paix; néanmoins la fusillade continue; trois hommes, frappés mortellement, tombent auprès de M. Delavigne, et c'est au bruit de la mousqueterie que ce courageux parlementaire fait lecture de la proclamation suivante :

« Le Comité de la milice parisienne, considérant qu'il ne doit y avoir à Paris aucune force militaire qui ne soit sous la main de la ville, charge les députés de la ville, qu'il adresse

à M. le marquis de Launay, commandant de la Bastille, de lui demander s'il est disposé à recevoir dans cette place les troupes de la milice parisienne, qui la garderont de concert avec les troupes qui s'y trouvent actuellement, et qui seront aux ordres de la ville, n Signé : De Flesselles, prévôt des marchands et président du Comité; Deluvigne, président des électeurs ; Moreau nE St-Méry, président des électeurs, etc. »

La députation se retire sans que le combat ait cessé. Postés au haut des tours, les officiers de l'état-major encouragent euxmêmes les tirailleurs par leur exemple. Les Suisses, placés dans la cour principale, ont pratiqua une meurtrière dans le tablier du grand pont-levis, et foudroient les assiégeants avec l'un de ces fusils appelés amusettes du comte de Saxe.

Une autre ambassade arrive, tambour battant, précédée d'un drapeau blanc.

Elle a pour mission :

ii D'engager ceux qui environnent la Bastille a se retirer dans leurs districts respectifs, pour y être promptement incorporés dans la milice;

« De rappeler à M. de Launay combien il est important de ne pas exciter l'animosité du peuple, et d'épargner la vie des citoyens;

« De le sommer enfin de cesser toute hostilité, et de recevoir les défenseurs de la ville à la garde et dans l'intérieur de la forteresse. »

Les envoyés de la ville sont MM. Éthier de Carny, Francotay, Contans, Joannon fils, Boucheron, de Milly, Poupart de Beaubourg et Piquât de Sainte-Honorine.

A leur aspect on arbore le pavillon blanc sur la plate- forme des tours; les invalides renversent leurs fusils, élèvent leurs chapeaux ; leur attitude fait espérer un accommodement.

Mais soudain plusieurs coups de feu retentissent : une balle sillonne l'épaule de M. Poupart de Beaubourg; une autre perce le chapeau d'un député. « Retirez-vous, crie-ton à M. Francotay; vous voyez bien que la trahison est manifeste.

— C'est plutôt à vous de vous retirer, répond l'électeur; vous vous sacrifiez inutilement. Attendez, et trois cents gardes françaises vont arriver avec cinq pièces de canon. Si vous restez ici, ils ne pourront pénétrer dans cette cour encombrée.

— Nous n'avons pas besoin de renfort!... Laissez-nous; nous périrons ou nous mangerons tous ces b -là!

— Mais à quoi bon vous exposer?

— Nous épargnons de la besogne aux gardes françaises; si nous sommes tués, nos corps serviront à combler le fossé ! »

Francotay s'éloigne plein d'admiration pour ce noble dévouement. Les assiégeants, furieux, amènent trois voitures de paille et s'en servent pour mettre le feu aux bâtiments de la cour du Gouvernement. Les flammes dévorent l'hôtel de de Launay, quand on voit déboucher de la rue 'Saint-Antoine un détachement de grenadiers de Riffeville, commandé par le sergentmajor Wargnier; des fusiliers de la compagnie de Lubersac, sous les ordres du sergent de grenadiers La Barthe, et une troupe de bourgeois armés que dirige Hulin, rncien officier au service de Genève, employé à la buanderie de la reine. Un mortier, quatre pièces de quatre, sont mis en batterie par les gardes françaises.

Serré d'aussi près, ne voyant pas arriver les secours promis par MM. de Bezenval et de Flesselles, le gouverneur prend la résolution de s'ensevelir sous les ruines de la forteresse; il saisit la mèche de l'un des canons braqués dans la grande cour, et va droit à la Sainte-Barbe. « Vous ne passerez pas, » lui dit le sous-officier Ferrand en lui présentant la baïonnette. De Launay insiste. « N'avancez pas, s'écrie Ferrand, ou je vous tue comme un chien, n Le gouverneur, éperdu, recule, et descend à la Tour de la Liberté, où sont déposées les poudres introduites au château dans la nuit du 12 au 13; mais Bécard, autre sous-officier, l'oblige à se retirer, et prévient un acte de démence qui aurait fait sauter la Bastille, les maisons voisines et une partie du faubourg Saint-Antoine.

De Launay revient dans la grande cour : « Nous allons être égorgés, dit-il aux soldats, remontons sur les tours, et mitraillons ces misérables. » Mais la garnison est lasse de combattre ; elle hésite, elle, refuse de verser le sang plus longtemps. On bat donc la chamade; le drapeau blanc est arboré sur la tour de la Bassinière. M. de FIup, commandant des Suisses, ha-

ranguc les assaillante à travers un créneau, et leur tend un billet écrit au crayon en disant : « Nous voulons bien nous rendre si l'on promet de ne pas massacrer la troupe; nous désirons sortir avec les honneurs de la guerre. »

Le jeune Réoles, mercier près de l'église Saint-Paul, s'aventure sur une planche jetée en travers du fossé, prend le papier et le remet, à Élie, ancien officier au régiment de la reine-infanterie, l'un des directeurs -du siège. Élie, imposant silence a ses compagnons, lit a haute voix : « Nous avons vingt milliers de poudre, nous ferons sauter la garnison et tout le quartier si vous n'acceptez pas la capitulation.

— Foi d'officier, nous l'acceptons! dit Élie; Laissez vos ponts ! »

Au bout de quelques minutes on baisse le petit pont-levis de passage, puis le grand pont. Il était alors cinq heures trois quarts. Arné, de Dole, grenadier aux gardes françaises, pénètre le premier dans la place, et les assiégeants se précipitent sur ses traces. La garnison avait déposé les armes le long du mur; à droite étaient les invalides, à gauche les Suisses, couverts de sarreaux de toile. Ils ôtent leurs chapeaux, battent des mains et crient : Bravo! Les premiers entrés fraternisent avec eux; malheureusement quelques soldats placés sur les plates-formes tirent plusieurs coups de fusil, et les survenants, qui ignorent la capitulation, se ruent sur les invalides, qui auraient tous péri sans l'intervention généreuse des gardes françaises. Le canonnicr Asselin tombe expirant; par une fatale erreur, Bécard, celui qui a sauvé le quartier d'une explosion, reçoit deux coups d'épée, et un coup de sabre qui lui abat le poignet. On va porter dans les rues cette main à laquelle tant do citoyens doivent leur salut. La multitude aveuglée, prend Bécard pour un canonnier, l'entraîne à la Grève avec Asselin, et les pend à la potence de fer d'une lanterne, au coin de la maison d'un épicier.

Pendant qu'on brise les portes massives des prisons, qu'on enlève de la chapelle un tableau représentant saint Pierre aux liens, qu'on visite les souterrains, qu'on pénètre dans les cachots, le gouverneur paraît, la tète nue, vêtu d'un frac gris, sans insignes militaires; il tient une canne à épée dont il essaye de se percer. Le grenadier Arné la lui arrache; le Grenoblois Cholat, marchand de vin rue des Noyeis-Saint-Jacques, fait prisonnier le commandant désarmé. Quelques minutes après, les vainqueurs prennent le chemin de l'Hôtel de Ville. Élie, porté en triomphe, est en possession des clefs de la Bastille, et brandit son épée, au bout de laquelle il a mis la capitulation. Maillard, fils d'un huissier à cheval au Châtelet de Paris, tient le drapeau de la Bastille. Derrière eux marche un jeune homme nommé Guigon, montrant au bout de sa baïonnette le recueil des règlements de la place, volumineux registre scellé d'une agrafe de fer. Puis vient M. de Launay, protégé par Hulin, Arné et par de L'Epine, clerc de M'Morin, procureur au parlement. Autour et à la suite de ce groupe principal se meut une foule compacte, bruyante, animée par l'exaltation de la victoire et la soif de la vengeance. Des cris de mort retentissent aux oreilles du gouverneur; des mains s'avancent pour lui arracher les cheveux; des épées, des baïonnettes sont dirigées vers sa poitrine.

« Messieurs, dit-il à ses gardes, vous m'avez promis de ne pas m'abandonner; restez avec moi jusqu'à l'Hôtel de Ville. »

Cependant L'Épine reçoit sur la tête un coup de crosse heureusement amorti par son chapeau; Hulin, épuisé des efforts qu'il a faits pour défendre le prisonnier, tombe anéanti sur un banc. Aussitôt le gouverneur est assailli par une foule de furieux. Meurtri de coups de crosse, sanglant et mutilé, il murmure d'une voix éteinte : « Mes amis, tuez-moi, tuez-moi surle-champ, ne me faites pas languir, »

Il tombe, on lui coupe la tête, et. on l'élève au bout, d'une pique avec cet écriteau :

De Launay, gouverneur de la Bastille, perfide et traître envers le peuple.

Delosme Salbray, major de la Bastille, fut également massacré sur la Grève, vis-à-vis l'arcade Saint- Jean, malgré les efforts du marquis de Pelleport, dont il avait été le consolateur pendant une captivité de cinq années. M. de Miray, aide-major, M. Pierson, capitaine de la compagnie des invalides, furent tués, l'un rue des Tournelles, l'autre sur le Portau-Blé.

La retraite des troupes qui menaçaient la capitale et l'humiliation du parti rétrogade furent les premières conséquences de la prise de la Bastille. Elle était encore inconnue à Versailles dans la soirée du 14; et Berthier de Sauvigny, intendant, de Paris, s'occupait de rassurer Louis XVI, qui, lut ayant accordé une audience, lui demanda tout d'abord :

— Eh bien, monsieur Berthier, quelles nouvelles? que faiton à Paris? où en sont les troubles?

— Mais, sire, tout va assez bien. Il s'est manifesté quelques légers mouvements qu'on est bien vite parvenu à réprimer, et qui n'ont pas eu de suite.

— Tant, mieux, tant mieux... Les théâtres sont-ils restés ouverts ?

— Oui, sire; en voici le bulletin.

Tous les spectacles étaient fermés depuis le 13 juillet.

— Peut-on compter sur la fidélité des troupes?

— Oui, sire ; elles ont accueilli avec enthousiasme votre ordonnance do ce matin qui supprime la punition des coups de plat de sabre.

— Quel est le cours des effets royaux ?

— Sire, ils montent depuis le renvoi de Necker. Les fonds publics avaient, sensiblement baissé.

— Eh bien, reprit Louis XVI, ils monteront, encore quand l'ordre sera plus complètement rétabli. Demain, l'Assemblée sera dissoute, quarante mille exemplaires de ma déclaration du 23 juin ont été envoyés aux intendants, avec ordre de la publier et de l'afficher dans toute l'étendue du royaume.

Presque aussitôt après cet entretien, se présenta une députation de l'Assemblée, conduite par Jean-Georges Le Franc de Pompignan, archevêque de Vienne, dont l'on a dit. qu'après avoir combattu les philosophes, il se faisait leur exécuteur testamentaire. Les députés firent longtemps antichambre, et, quand ils sont admis, ce fut pour entendre de la bouche du roi une réponse vague et insignifiante. « Je me suis sans cesse occupé de toutes les mesures propres à rétablir la tranquillité dans Paris. J'avais en conséquence donné ordre au prévôt des marchands de se rendre ici pour prendre les dispositions nécessaires. Instruit depuis de la formation de la garde bourgeoise, j'ai donné ordre à des officiers généraux de se mettre à la tète de cette garde, afin de l'aider de leur expérience et de seconder le zèle des bons citoyens. J'ai également ordonné que les troupes qui sont au Champ de Mars s'écartent de Paris. Les inquiétudes que vous me témoignez sur les désordres de cette ville doivent être dans tous les cœurs et affectent plus vivement le mien. »

Les députés se retirèrent en silence. Pendant leur absence, deux émissaires du Comité permanent, Bancal des Issarts, ancien notaire, Ganilh, avocat au Parlement, avaient rendu compte à l'Assemblée du mouvement insurrectionnel. Leur rapport, quoiqu'il n'annonçât pas la fin du combat, avait augmenté l'agitation des esprits. A peine la première députation était-elle rentrée, qu'une seconde partit, pour aller solliciter de nouveau le renvoi des troupes. « Vous déchirez de plus en plus mon cœur, réplique Louis XVI, par le récit que vous me faites des malheurs de Paris. Il n'est pas possible que les ordres que j'ai donnés aux troupes en soient la cause. Je n'ai rien à changer à la réponse que je vous ai déjà faite. »

Cette déclaration, communiquée à l'Assemblée vers les onze heures du soir, ne fut pas jugée propre* à porter le 'calme dans la capitale. On était sur le point de choisir les membres d'une troisième ambassade, mais Clermont-Tonnerre s'écria : « Laissons-leur la nuit pour conseil ; il faut que les rois, ainsi que les autres hommes, achètent l'expérience. » Sous la vice-présidence de. La Fayette, les députés présents, transformant en lits de camp les bancs, les tables et les tapis, se décident à passer la nuit, dans la salle des séances.

- Le duc de Liancourt était grand maître de la garde-robe; sa charge consistait à avoir soin des habits, du linge et de la chaussure de Louis XVI; de lui mettre la camisole, le cordon bleu et le justaucorps. La nature intime de ses fonctions lui donnait entrée à toute heure chez le roi. Instruit de ce. qui s'y passe, il y court; il expose la situation alarmante de Paris, les progrès de l'esprit public, l'hésitation des troupes, les dangers d'une résistance imprudente.

— Mais c'est donc une révolte? dit Louis XVI après un moment de silence.

— Non, sire, c'est une révolution.

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