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CHAPITRE V

Reuilly. — Le Bel-Air. — Picpus. — Bercy. — Les Quinze-Vingts. — Hôpital Saint-Antoine. — Hôpital Sainte -Eugénie. — Église Saint- Éloi.

Aucun de ces souvenirs historiques n'est rappelé par les dénominations adoptées pour le XIIe arrondissement et ses quatre quartiers : Reuilly, Picpus, le Bel-Air, Bercy, les Quinze-Vingts.

Le Bel-Air est le nom d'une avenue qui communique de la place du Trône à l'avenue de Saint-Mandé; cette qualification est justifiée par la pureté de l'air qu'on respire sur ce plateau où abondent les pensionnats, les maisons do santé et les couvents.

Reuilly (Romiliacum) remonte à une très-haute antiquité; le roi Dagobert y avait une villa où il épousa Gomatrude, qu'il répudia ensuite pour s'unir à Nantéchilde. Ce domaine appartint à la couronne jusqu'en 1352, et le roi Jean le céda à Humbert, dauphin du Viennois.

Colbert établit à Reuilly, en 1634, une manufacture de glaces dont les vastes bâtiments furent construits en 1066, et qui rivalisa bientôt avec les fabriques de Venise. Il n'est pas inutile de revendiquer pour la France l'honneur d'avoir introduit dans cette industrie des améliorations qui en mirent les produits à la portée de toutes les classes. Un Français, nommé Thivart, inventa l'art découler le verre aussi facilement qu'un métal, et Rivière Dufresny découvrit le moyen de .polir les glaces. Celles de Reuilly étaient fondues à Tourlaville, près de Cherbourg, ou à Saint-Gobain, près de La Fère; puis on les amenait à Paris pour être polies et étamées. Ces transports onéreux furent jugés inutiles. En 1846, le matériel de la manufacture fut transféré à Saint-Gobain, et l'édifice, qui couvre une superficie de 21,002 met., devint une caserne où logent 2,750 hommes avec 7 chevaux. Cette caserne et le voisinage de Vincennes donnent une physionomie militaire aux cafés, bals et autres établissements publics du quartier.

Le village de Picpus n'était qu'un hameau lorsqu'en 1600, le pieux Vincent Massart y réunit des religieux pénitents réformés du tiers-ordre de saint François, grâce aux libéralités de Jeanne de Sault, veuve de René de Rochechouart , comte de Mortemart. Henri IV donna des lettres patentes pour le nouvel établissement, qui prit le titre de fondation royale, parce que Louis XIII posa la première pierre de l'église, le 13 mars 1611. Les confessionnaux étaient ornés de statues entre lesquelles on distinguait un EcceHomo, de Germain Pilon, et une

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Vierge de frère Biaise. Dans les chapelles étaient les tombeaux d'Antoine Leclerc, chancelier de France ; du maréchal de Choiseul, mort en 1711, et de plusieurs membres de la famille d'Aumnnt. Le réfectoire était spacieux ; plusieurs statues rangées le long des murs représentaient des fondateurs d'ordres religieux. Au fond était un tableau estimé de Charles Lebrun : le Serpent d'airain dans le désert. Par malheur, aussi négligents que les moines de Santa Maria délie Grazze, qui ont laissé dépérir la Cène de Léonard de Vinci, les religieux de Picpus abandonnèrent a la moisissure le chef-d'œuvre de leur compatriote.

Les ambassadeurs des puissances catholiques avaient l'habitude de se rendre au couvent de Picpus avant de faire leur entrée publique; ils y recevaient des compliments de la part des princes et princesses du sang royal et des princes légitimés; puis un prince de la maison de Lorraine ou un maréchal de France venait les prendre dans un carrosse du roi pour les conduire à leur hôtel.

Du monastère de Picpus dépendaient des jardins étendus; dans ceux qui étaient d'agrément , abondaient les grottes et les rocailles; les potagers avaient de la réputation pour l'excellence de leurs salades, dont le poëte Sénecé parle en ces termes :

Item de la salade aussi fraîche, aussi bonne, Aussi re'jouissante en sa variété.

Qu'a Picquepuce en assaisonne

L'ingénieuse pauvreté.

Le Père Hélyot, auteur des cinq premiers volumes de l'Histoire des ordres monastiques religieux et militaires, était de Picpus, ainsi que le Père Maximilien Bullot, qui publia les derniers volumes (Paris, 1714-21, 8 vol. in-4°). Les derniers membres de la communauté, dispersés en 17911, auraient joui, sous la restauration, d'un certain crédit, s'il faut en croire ce que dit Paul-Louis Courier, dans sa Pétition à la Chambre des députés pour des villageois que l'on empêche de danser: " Les jeunes prêtres, au séminaire, sont élevés par un moine, un frère picpus, frère Isidor, c'est son nom; homme envoyé des hautes régions de la monarchie, afin d'instruire nos docteurs, de former les instituteurs qu'on destine à nous réformer. Le moine fait les curés, les curés nous feront moines. Ainsi l'horreur de ces jeunes gens pour le plus simple amusement leur vient du triste Picpus, qui lui-même tient d'ailleurs sa morale farouche. Voila, comme en remontant dans les causes secondes, on arrive ;\ Dieu, cause de tout. Dieu nous livre aux Picpus ; ta volonté, Seigneur, soit faite en toutes choses; mais qui l'eût dit il Austerlitz? »

Non loin du couvent des pénitents de Picpus, Jean-François de Gondi, archevêque do Paris, avec le concours de Tubeuf, surintendant des finances de la reine, établit des chanoinesses régulières de Saint-Augustin , sous le titre de Notre-Dame-dela- Victoire-de-Lépante et de Saint-Joseph; elles étaient vêtues de serge blanche, avec un voile noir sur la tète et un rochet de toile fine par-dessus leurs robes. Elles prirent , le 2 octobre 1640, possession de la maison qu'elles ont conservée jusqu'en 1790. Pendant la révolution, on inhuma dans leur cimetière les condamnés exécutés à la barrière Renversée, ci-devant du Trône.

M"0 de La Fayette, seconde fille du duc d'Ayen, duc de Noailles , repose dans le cimetière de Picpus. Le général, mort le 20 mai 1834, a l'âge de soixante-dix-sept ans, vint prendre place auprès d'elle, escorté d'une multitude d'hommes de tous les partis, de tous les rangs et de toutes les nations. A la terre qui reçut le corps du compagnon de Washington fut mêlée de la terre envoyée tout exprès d'Amérique. Dans la rue Picpus sont plusieurs établissements religieux : l'hospice d'Enghien qui avait été fondé, en 1819, par la duchesse de Bourbon, dans la rue de Babylone ; la congrégation des sœurs des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie; celle des dames des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie et de l'Adoration perpétuelle du Très- Saint-Sacrement de l'Autel.

Au xviii» siècle se forma, près de Picpus, une réunion de guinguettes que l'on désigna sous le nom de la Grande-Pinte.

Bercy n'est guère plus ancien : ce ne fut longtemps qu'une seigneurie très-étendue, mais peu peuplée. Charles-François Olier, marquis de. Nointel, séduit par la beauté du site, y fit construire un château dont la majesté nous frappe encore, malgré son triste état de délabrement. Louis Levau en fut l'architecte. C'est à tort que l'abbé Lebeuf et Piganiol de La Force en

ont attribué l'édification à François Mansnrd; on ne prête qu'aux riches. La magnificence de l'intérieur répondait à celle du dehors. Dans la salle à manger étaient des chasses et des tableaux de, nature morte par Sneyder et Jordaens. Un élève de Lebrun, Carrey, qui, en 1070, avait accompagné le marquis de Nointel dans son ambassade à Constantinople, avait peint pour le vestibule quatre grands tableaux qui rappelaient des scènes de mœurs orientales, et où le marquis jouait naturellement le rôle principal.

Le parc de Bercy, planté par Le Nôtre, comprenait environ 900 arpents. On dit qu'il a été vendu, avec le château, on 1800, au prix de 10,000,000 fr.

Peu à peu des maisons de campagne s'élevèrent les unes à côté des autres sur les rives de la Seine. Le frère d'un financier fameux, Paris de Montmartcl, y fit construire un pavillon de forme bizarre qu'on nomma le Pâté-Paris. Jean de La Râpée, commissaire général des guerres, y eut des jardins magnifiques. Des cabarets s'élevèrent le long des berges, que l'administration fit exhausser. Deux ports furent créés, l'un pour les vins qui arrivaient de la Bourgogne, l'autre pour le plâtre. Le nombre des mariniers augmenta, et, sous Louis XVI, ils obtinrent l'autorisation de donner des joutes sur l'eau avec accompagnement de musique militaire, de pantomimes et de feux d'artifice. Depuis cette époque, malgré de terribles incendies, Bercy n'a fait que prospérer, et c'est le centre du commerce des vins qu'on amène par eau pour l'approvisionnement de la capitale.

L'hospice des Quinze-Vingts donne son nom au quatrième quartier.

L'institution de l'hospice des Quinze-Vingts est due à saint Louis. Il le fonda à perpétuité en faveur, écrit Joinville, historien de ce roi, de trois cents ou de quinze-vingts aveugles, selon le langage de ce temps, qui demeuraient, tristes débris de la septième croisade, dont les déplorables résultats sont suffisamment connus. Le vieil historien ne dit pas, toutefois, que ces aveugles fussent trois cents chevaliers ou hommes d'armes laissés en otage aux Sarrasins, et auxquels ceux-ci avaient inhumainement crevé les yeux. Cette version parait avoir été inventée plusieurs siècles après la fondation de l'hospice, car Rutebœuf, poëte du xm° siècle, parle de cet établissement et des aveugles qui l'habitaient en termes si peu respectueux, qu'il est difficile de croire que ses rimes satiriques fussent dirigées contre des soldats français, contre des soldats malheureux. Une opinion plus probable est celle qui assigne pour cause première à cette fondation charitable la présence dans l'armée des croisés de ces ophthalmies malignes qui sont également fréquentes en Egypte et sur les côtes d'Afrique, et qui se terminent sauvent par la cécité.

L'ancien édifice des Quinze-Vingts fut commencé en 1254, et il n'était pas encore achevé en 1200. Cet hospice royal fut primitivement établi dans un lieu appelé in luco dans les anciens titres, et dont une partie était encore occupée par un bois du temps de saint Louis. Cet emplacement, qui porta plus tard le nom de Champ-Pourri à cause des eaux stagnantes et des immondices dont il était couvert, s'étendait entre les rues Saint-Nicaise, Saint-Louis et de Rohan. Le nouvel établissement hospitalier avait été doté par saint Louis sur son trésor particulier, et dès l'année 1270 il fut placé sous la direction des aumôniers royaux, puis des grands aumôniers de France, qui la conservèrent jusqu'à l'époque de la révolution française.

Les aveugles, qui portaient le nom de frères, sans être astreints à la pratique d'aucune règle religieuse, étaient cependant organisés conventuellement, et formaient une communauté ou chapitre qui subsista jusqu'à la fin de l'année 1793.

Treize ans auparavant, les Quinze-Vingts avaient été transférés de leur premier établissement dans l'hôtel construit par Louis XV pour les mousquetaires noirs, rue de Charenton, 38, et que les aveugles occupent encore aujourd'hui. L'enclos et les anciens bâtiments de la communauté furent vendus à la ville de Paris 0,312,000 livres, et plusieurs rues furent ouvertes sur ce vaste emplacement. A cette époque (1780) on avait déjà étendu les bienfaits de cette fondation, en outre des 300 membres résidants, sur 800 pauvres. Vingt- cinq places particulières avaient été créées pour autant de gentilshommes et huit pour des ecclésiastiques. L'administration de cet hospice faisait également chaque semaine deux distributions de pain à 150 aveugles aspirants. Il fallait être né Français ou naturalisé,

REUILLY

et cette condition est toujours obligatoire pour être admis dans cette maison, administrée alors par sept gouverneurs à la nomination du grand-aumônier de France, qui, ainsi qu'on l'a dit, en était le supérieur immédiat.

La communauté ou chapitre des aveugles subsista jusqu'en 1 794. Un' arrêté du directoire exécutif, eu date du 28 janvier 1797, plaça sous la tutelle du ministre de l'intérieur l'hospice des Quinze-Vingts, et l'administration en fut surveillée par des commissions spéciales ayant sous leurs ordres un directeur. Il y demeura jusqu'à l'époque de la Restauration, où il rentra sous l'autorité de la grande aumonerie. Après la révolution de 1830, cet établissement fut de nouveau replacé sous l'administration et le contrôle du ministère de l'intérieur, et un nouveau règlement lui fut assigné par M. Thiers, alors ministre de ce département. Dans ce règlement on a su mettre utilement en œuvre tout ce que les anciens statuts donnés successivement aux Quinze-Vingts par saint Louis, François 1er, Colbert, les cardinaux de Fleury et de Rohan, la Convention nationale, le Consulat, l'Empire et le cardinal de Croi, grand aumônier de France sous Louis XVIII, pouvaient renfermer de judicieux et de praticable à l'époque actuelle.

Pour être admis à l'hospice des Quinze-Vingts, il faut, comme on l'a dit, être né Français, être adulte, et faire preuve d'indigence et d'une cécité complète. Tout aveugle admis dans l'établissement reçoit par jour 1 fr. 30 cent, ou 474 fr. par an. Cette somme est ainsi répartie : eu argent, 1 fr. 2 cent. 3/4 ou par an 375 fr. ; en pain, 025 grammes calculés sur le pied de 15 centimes le demi-kilogramme, soit 68 fr. Les femmes et les maris voyants des aveugles résidants dans l'hospice reçoivent chaque jour en argent 30 centimes ou par an 109 fr. 50 cent. Les enfants reçoivent jusqu'à l'âge de quinze ans 15 centimes par jour ou 54 fr. 75 cent, par an. De sorte que l'aveugle célibataire ou isolé touche une pension annuelle de 474 fr. 50 c.; s'il est marié, mais sans enfant, une pension de 584 fr. ; marié et -avec un seul enfant, 638 fr., et ainsi du reste en ajoutant 54 fr. pour chaque enfant.

Les dispositions intérieures de l'hospice ont été ménagées de manière à procurer à chaque aveugle un logement particulier. Les chambres à feu sont occupées par les aveugles mariés, et les cabinets par les célibataires. L'administration concède gratuitement aux familles nombreuses des cabinets supplémentaires, ainsi que des greniers pour le combustible : tout voyant, homme ou femme, qui a vécu pendant cinq ans avec un aveugle obtient presque toujours après la mort de son conjoint un petit logement gratuit dans l'établissement. Le survivant a de plus droit à un traitement journalier de 50 cent, ou de 183 fr. par an. L'établissement hérite, sans exception et sans partage, des célibataires; mais la famille des membres mariés de l'hospice participe à leur héritage. Il est interdit aux aveugles des Quinze- Vingts d'invoquer en aucune occasion la charité publique.

Une première infraction à cette défens.e serait punie d'une amende de 15 fr., qui pourrait être portée à 30 ou 50 fr. en cas de récidive. Quant à ceux qui persévèrent, ils s'exposent à être expulsés de l'établissement. Aujourd'hui, tout en restant fidèle au principe de sa fondation, qui veut que ses revenus soient avant tout consacrés à la dépense de 300 membres internes, l'hospice peut encore secourir 1,000 aveugles externes. 100 d'entre eux reçoivent une pension de 200 fr., 350 une de 150 fr. et 500 une de 100 fr. seulement. Pour être admissible à une de ces pensions, de même qu'à l'internat, il faut être dans un état de cécité complète et d'indigence constatée. Les choix sont faits par le ministre de l'intérieur parmi les aveugles dispersés sur toute l'étendue du territoire français.

Les bâtiments de cet hospice, qui n'ont point encore un siècle d'existence, sont en parfait état de conservation. Ils se composent de deux étages, de galeries ayant chacune 81 fenêtres sur la principale cour. Ces étages contiennent tous deux un double logement, de sorte qu'il y a place pour 162 aveugles mariés, c'est-à-dire pour 324 personnes, en comptant de chaque côté une cellule par fenêtre. L'infirmerie des Quinze-Vingts est divisée en deux salles de 12 lits chacune; il y a de plus une petite salle à 4 lits destinée aux maladies contagieuses.

Un médecin attaché à l'hospice donne des consultations publiques pour les maladies des yeux, et cela conformément à un arrêt du Parlement de Paris.

Cet établissement, qui compte près de six siècles d'existence, et qui a atteint aujourd'hui le plus haut degré de prospérité, a été placé, par un décret rendu en 1854, sous le patronage de

l'Impératrice. Il est administré par un directeur sous le contrôle d'une commission consultative.

Dans le même temps (1854) des travaux d'appropriation intérieure furent exécutés aux Quinze-Vingts. Quelques années auparavant, on regrettait l'absence dans cet établissement de calorifères qui puissent distribuer une chaleur égale dans les corridors et tous les logements de l'hospice. Les pelouses des jardins étaient restées sans grilles, et l'édifice, mal éclairé, était dépourvu de plafonnage; une somme de 80,000 fr. fut destinée à subvenir à la dépense des travaux qui y furent exécutés.

L'ancienne abbaye Saint-Antoine a disparu; mais ses bâtiments, construits au xvnr5 siècle sur les dessins de Lenoir le Romain, ont été transformés eu un hôpital qui contient 352 lits.

En 1853, le préfet de la Seine mit à l'étude un projet pour la construction, dans le faubourg Saint-Antoine, d'un hôpital destiné aux enfants malades des familles pauvres habitant les quartiers de la rive droite de la Seine. Provisoirement, on appropria à cette destination l'ancien hospice des Orphelins, devenu plus tard l'hôpital Sainte-Marguerite, rue de Charenton, 89.

Les travaux commencèrent dans les premiers jours du mois de février 1854. Les 335 lits d'adultes qui se trouvaient à Sainte-Marguerite furent répartis entre les autres établissements hospitaliers. Le 9 mars 1854, à trois heures et demie, l'Empereur et l'Impératrice visitèrent le nouvel hôpital, où ils furent reçus par le ministre de l'intérieur, le préfet de la Seine, le préfet de police, accompagnés du directeur général de l'administration intérieure, du secrétaire général de la préfecture, du directeur général de l'assistance publique, des membres de la commission de surveillance des hospices, du maire et des adjoints du VIIIe arrondissement, du clergé de la paroisse, des fonctionnaires, des médecins et des sœurs attachés à l'hôpital.

Le préfet de la Seine exposa en peu de mots à l'Impératrice que le nouvel hôpital contenait 425 lits d'enfants de deux à quatorze ans ; qu'il était ainsi la réalisation complète, quoique provisoire, d'un vœu exprimé par elle; que l'édifice n'avait pas le caractère de grandeur que la ville aurait aimé à donner tout d'abord à cette fondation charitable; mais que néanmoins il renfermait tout ce qui était nécessaire pour assurer les soins convenables aux jeunes enfants appartenant à des familles nécessiteuses du quartier, jusqu'à ce qu'il fut possible de leur ouvrir un asile plus spacieux et mieux distribué.

Dans cette visite, l'Empereur décora M. Paupert, directeur de l'hôpital, et le docteur René Marjolin, chirurgien et secrétaire général de la Société de chirurgie'.

On commença, le 17 mars 1854, à reoevoir des malades dans ce nouvel établissement, qui prit, le 21 mars, le nom d'hôpital Sainte-Eugénie. Les salles, les dortoirs, les réfectoires, la lingerie, la pharmacie, la cuisine, sont convenablement aménagés. Il y a un service exclusif des maladies aiguës ; deux services de maladies chroniques (dartres ou scrofules) ; une petite salle de maladies aiguës pour l'un et pour l'autre sexe; un service de chirurgie.

Ce qui prouve que cette institution était utile, c'est que la salle de consultation se trouva remplie dès le premier jour, par les parents et les enfants, comme si l'hôpital eut été depuis longtemps en exercice.

Le XIP arrondissement manquant d'église, un modeste édifice a été dédié à Saint-Éloi, rue de Reuilly, et sa bénédiction a eu lieu le 30 décembre 1850. Cette cérémonie a été suivie Je l'installation de M. l'abbé Denys, premier aumônier de l'hôpital Saint-Louis, en qualité de curé de la nouvelle succursale. Dans le chœur, richement décoré, on avait disposé un trône pour Mgr l'archevêque de Paris, et des sièges étaient réservés pour l'archidiacre de Notre-Dame et quelques-uns des membres du chapitre métropolitain.

Les constructions de l'église Saint-Éloi recouvrent un espace d'environ 1,100 mètres, ce qui lui donne la même étendue à peu près qu'aux églises de Saint-Marcel et de Saint-Martin récemment érigées. Ses dimensions sont de 46 mètres en longueur sur 23 de largeur, et 12 de hauteur à la clef de la voûte. La nef principale, percée de sept arcades à plein cintre, est accompagnée de deux bas côtés assez spacieux.

Au chevet de l'église s'élève une flèche de peu d'élévation, mais d'une forme élégante. Le style adopté par M. Maréchal,

architecte, tant pour le portail que pour l'intérieur de l'édifice, est le roman de la seconde période. Cette forme, peu ornementée, présente le mérite de l'économie; elle est, du reste, en harmonie avec l'époque où vivait saint Éloi, patron de. cette paroisse, qui fut élevé en 610 sur le siège épiscopal de Noyon, et mourut en 650. La circonscription de la nouvelle succursale renferme environ 12,000 habitantSi

Toute la partie du XIIe. arrondissement comprise entre la rue du Faubourg- Saint -Antoine et la Seine a changé de face depuis l'ouverture de la gare de Lyon et la construction de la prison du boulevard Mazas.

La gare de Lyon, achevée en 1852, est assise sur un terrain qui a nécessité des travaux de soutènement et de remblai de de 6 à 8 mètres de hauteur. Cette gare est celle qui présente le plus d'étendue à l'intérieur de Paris : les bâtiments, voies, cours, etc., occupent une superficie de 60,000 mètres.

Le chemin de fer de Vincennes, dont la gare donne sur la place de la Bastille, a été exécuté par MM. Bassompierre et de Sappel, ingénieurs des ponts et chaussées, sous la direction de M. Vuigner. L'entrée de ce chemin dans Paris a nécessité des dépenses énormes. Le chemin, avec son matériel roulant, a coûté 19 millions, déduction faite des terrains à revendre; l'entrée dans Paris a seule coûté 10 millions.

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