CHAPITRE VI
Prison Mazas.
A propos de la prison du boulevard Mazas dans laquelle, on a fait pour la première fois en France l'essai du système cellulaire, traçons en peu de mots l'historique de ce mode de répression. Il est peu de questions qui aient partagé aussi diversement les esprits que celles qui se rattachent au système pénitentiaire en général. Pendant plusieurs années, les Académies, les sociétés savantes, les congrès, les associations philanthropiques, la presse quotidienne et périodique, la tribune législative, ont tour à tour essayé de résoudre ces difficiles problèmes.
En Angleterre comme en Amérique, en France aussi bien qu'en Allemagne, les écrivains les plus éminents, les publicistes les plus distingués, les économistes les plus érudits s'en sont occupés au point de vue du droit, de la législation et de la morale. 11 est intéressant d'observer comment, après chaque commotion politique ébranlant l'édifice social, certaines théories, inspirées par de louables aspirations vers le progrès, sont acclamées et propagées par l'opinion publique. Ainsi, après la révolution de 1830, on proclamait partout la nécessité d'une réforme pénitentiaire. En Europe, cette idée avait été l'objet de quelques applications plus ou moins imparfaites. Dès 1077, l'abbé Filippo Franci avait fondé à Florence une prison correctionnelle fondée sur le principe de la réclusion individuelle.
En 1794, il existait à Gand une maison analogue.
Enfin l'Amérique, cette terre des audacieuses innovations, appliqua en 18211e nouveau système d'emprisonnement cellulaire.
Dans l'exécution, le mode de procéder des Américains n'est que le perfectionnement des mesures répressives adoptées en Europe. Le but est unique : empêcher la corruption mutuelle des détenus; prévenir les récidives par la voie de l'intimidation ; en un mot, tendre à l'amélioration physique et morale.
Le premier essai eut lieu à Auhurn. Ce fut ce que l'on peut appeler un solitary confinement , emprisonnement solitaire de jour et de nuit, isolement absolu sans travail. Les résultats de ce mode de répression no répondirent pas à l'attente des réformateurs américains. On le modifia. Peu de temps après, à Auburn, on adopta le système auquel on a donné ce nom : Emprisonnement solitaire la nuit, travail en commun le jour, avec l'obligation de garder le silence le. plus absolu. C'est ainsi que l'on procéda dans les prisons de New-York et de Sing- Sing.
En Pensylvanie, les réformes ne furent pas les mêmes, et, à Cherry-Hill, Pittsbourg, oui maintint l'emprisonnement solitaire pendant le jour et la nuit, en laissant subsister toutefois les rapports quotidiens du détenu avec ses supérieurs et la nécessité du travail.
Au milieu de ces dissidences d'application, que fit la France? Elle choisit un moyen terme. Écoutons à ce propos les paroles
que prononça, en 1843, l'organe du gouvernement, M. Duchâtel, ministre de l'intérieur : « Notre pensée, disait-il, n'est pas de soumettre les détenus à une séparation complète, à une solitude absolue; nous voulons séparer les condamnés de la société de leurs pareils, les tenir éloignés des mauvais exemples et des mauvaises relations; mais nous voulons en même temps multiplier autour d'eux les relations morales et honnêtes! »
Tel fut le programme qui fut alors tracé. Il était empreint tout à la fois d'un profond sentiment de justice et d'humanité. C'est dans la nouvelle prison du boulevard Mazas que l'on s'est efforcé de le réaliser, grâce aux améliorations qui y ont été successivement introduites. Cependant, le système de l'emprisonnement cellulaire a trouvé dans le monde savant de redoutables adversaires. Parmi eux nous citerons un éminent publiciste, le docteur Pietra Santa, médecin en chef de la prison des Madelonnettes, qui a fait dans le cours de sa carrière médicale de sérieuses études sur les questions qui touchent à cette matière. En 1855, il a présenté à l'Académie impériale de médecine un mémoire intitulé : influence de l'emprisonnement cellulaire de Mazas sur la santé des détenus. Ce travail a été l'objet d'un consciencieux rapport fait par le docteur Colliueau et lu à l'Académie de médecine, en séance publique, le 17 avril 1855. Plus récemment, en 1858, il a publié des Études sur l'emprisonnement cellulaire et la folie pénitentiaire.
Parlons maintenant des bâtiments dont se compose cette prison :
Quand on quitte la place de la Bastille en s'engageant dans la rue de Lyon, on aperçoit à l'extrémité opposée, à gauche, en face le côté de l'arrivée du chemin de fer de Lyon, un mur d'enceinte élevé qui se prolonge, forme un des angles de la rue et se développe parallèlement au boulevard Mazas. C'est la prison cellulaire dont l'entrée se trouve sur le boulevard même en face de la rampe de l'embarcadère du chemin de fer (coté du départ).
Et ici, disons tout d'abord que la prison dont nous nous occupons est improprement ajjpelée Prison Mazas. Mazas était le nom d'un brave officier du premier empire qui se distingua â Waterloo. Sa famille a pensé avec raison qu'un tel établissement ne devait point porter le nom' d'un homme de bien dont l'existence fut irréprochable. Et à ce sujet elle a adressé une réclamation à l'administration, qui s'est empressée d'y faire droit. L'appellation : Maison d'arrêt cellulaire est adoptée pour l'avenir.
S'il vous est arrivé quelquefois de stationner aux abords de cette prison, n'avez-vous jamais remarqué, parmi les passants, une femme le plus souvent proprement vêtue, quand elle n'est pas couverte des haillons de la misère? Elle marche lentement ; son regard est doux et triste; elle cherche à éviter les regards de ceux qu'elle rencontre. Est-elle aperçue de quelque personne dont elle est connue? Une vive rougeur colore ses joues amaigries par la souffrance, et instinctivement elle cache sous son châle de tartan usé le mince cabas qu'elle porte à la main. 11 contient quelques provisions de bouche, des friandises que la mère, la femme ou la sœur du prévenu lui apportent chaque jour, et qui adoucissent pour lui le frugal et sévère régime alimentaire de la maison cellulaire. L'administration autorise des commissionnaires résidant à l'intérieur à remettre aux prisonniers les denrées que leurs parents ou amis désirent leur faire parvenir, sous la condition d'une visite préalable. Hélas ! au prix de quelles souffrances, de quelles privations la pauvre femme, réduite aux insuffisantes ressources de son travail, aura-t-elle pu se procurer ces aliments? Bonne et charitable jusqu'à la faiblesse, c'est ainsi que la mère se privera du strict nécessaire, oubliera la faute d'un fils coupable, qui bientôt comparaîtra devant ses juges. C'est ainsi que, guidée par un sentiment de généreuse compassion , la femme et la sœur du commerçant en faillite, sous le coup d'une prévention de banqueroute, sauront, par leurs soins touchants et leurs délicates attentions, rendre au détenu, pendant la durée de la prévention, l'attente moins cruelle. Et cependant, le plus souvent elles auront été les premières victimes des mauvaises affaires du failli!
Les travaux de construction de la prison du boulevard Mazas ont été commencés en 1815 et. terminés en 1850. Ils ont coûté à la ville de Paris des sommes considérables. On sait que cette maison d'arrêt cellulaire était destinée â remplacer la prison de la Force, qui fut démolie la même année. Elle était située rue
REL'ILLY.
Pavée au Marais, n° 22, et rue du Roi-de-Sicile, n° 2. Les terrains sur lesquels s'élevèrent les nouveaux bâtiments étaient auparavant occupés par des maraîchers et par une usine qui fut détruite.
Ce fut grâce au zèle éclairé et à la ferme volonté du préfet de police que les travaux de la prison purent être terminés aussi rapidement. Le transfèrement eut lieu, également avec une grande célérité; on supposait généralement que cette importante opération demanderait un laps de temps considérable. Dans cette circonstance, l'ancien directeur de la Fo:ce, M. Duburier, placé à la tête de l'administration de la nouvelle prison, a merveilleusement secondé l'administration. Les travaux ont été dirigés par deux habiles architectes, MM. Gilbert et Lecointe.
Le 19 mai 1850 se fit l'inauguration. Voici dans quels termes La Gazette des Tribunaux (n° du 21 mai 1850) parlait du transport des prisonniers : « Le transfèrement des détenus, disait-elle, de la Force à la nouvelle prison-modèle de la rue Mazas, a été effectué cette nuit. Commencée hier dimanche â dix heures du soir, cette opération, qui avait paru d'abord devoir présenter quelques difficultés, était complètement accomplie dès ce matin. Ainsi, moins de douze heures avaient suffi pour transporter huit cent quarante et un prisonniers par les voitures cellulaires, pour les installer avec leur mobilier dans la nouvelle maison de détention, et pour procéder à leur écrou. »
Lorsque les détenus furent transférés de la Force à la prison-modèle, leur première impression fut l'étonnement et l'admiration pour les dispositions de l'immense édifice qui remplaçait les salles basses, étroites et délabrées de la Force. Quelques-uns des plus endurcis, parmi les récidivistes, firent entendre des clameurs, cherchant à s'appeler les uns les autres, et à indiquer la galerie où 'ils se trouvaient. Ce léger désordre cessa bientôt, et depuis l'on n'a <pas eu à signaler la moindre tentative de rébellion, la moindre plainte. Si l'on en juge par ce qui s'est passé lors des premiers essais faits sur des détenus de Saint-Denis , on a pu croire avec raison que les prisonniers eux-mêmes ont accepté comme un bienfait leur transfèrement dans la nouvelle prison. En effet, quelquesuns des détenus extraits des prisons de Saint-Denis pour être encellulés à titre d'essai, demandèrent à ce moment comme une faveur de rester dans la prison de la Nouvelle-Force.
Le périmètre entier qu'occupe la prison contient trente trois hectares de terrain ; sa façade, formant vis-à-vis à l'embarcadère du chemin de fer de Lyon, mais dont le mur de ronde dérobe en partie la vue, a deux cents mètres environ de développement. L'impression qui saisit le visiteur en pénétrant dans les bâtiments, et c'est celle, nous l'avons dit, qu'ont éprouvée eux-mêmes les détenus que l'on y amène, est un sentiment de profond étonnement, en considérant ce que cet édifice a de grandiose dans son ensemble.
Cette prison-modèle, construite, on le sait, en vue de l'application du système complet d'isolement de jour et de nuit, contient onze cent quatre-vingt-dix-neuf cellules. Elle se compose de six ailes ou six corps de bâtiments, n'en formant en réalité qu'un seul, puisque tous six se réunissent à un centre commun vers lequel ils convergent comme les rayons d'un éventail. Au centre, on se trouve dans une sorte de pavillon à colonnes, dont le rez-de-chaussée forme le poste de surveillance générale, tandis que le premier est disposé en chapelle, avec son autel de marbre blanc et tous les accessoires du culte. Sur la muraille de ce pavillon, et formant circonférence, se détachent en lettres rouges sur un fond blanc cette douce et consolante maxime : « Gaudium magis erit in cœlo super uno « peccatore pœnitentiam agents, quàm super nonaginta novem «justis qui non indigeant pœnitentiâ. » Du centre, on embrasse d'un coup d'ceil ce qui se passe dans tonte l'étendue de chacune des six galeries qui, semblables aux rayons de l'éventail, se prolongent de la base de ce demi-cercle pour aboutir â la circonférence.
C'est de ce centre que doivent partir, c'est à ce centre que doivent faire retour toutes les communications, tous les ordres.
A, cet effet, â l'angle gauche de chacune des six galeries se trouvent les orifices de téléphones ou tuyaux porte-voix, en nombre égal à celui des employés échelonnés pour le service dans les galeries. Près de chaque porte-voix est un mécanisme de sonnette qui, mis en mouvement, avertit le gardien d'avoir à placer son oreille à l'orifice de correspondance, pour recevoir
la transmission de Tordre ou de l'avis qui le concerne. De même, dans chaque cellule, se trouve un bouton de sonnette. Lorsqu'il est agité par le détenu l'avertissement se communique au centre, et fait en même temps tomber en saillie, audessus de la porte de la cellule, une lame de métal qui indique, de quel numéro vient l'appel.
Les six galeries, formant chacune deux étages superposés, sont éclairées par le haut durant le jour, et la nuit par le gaz dont les becs sont placés au premier étage. Les cellules, au nombre de deux cents par galerie, disposées à gauche et à droite par vingt-cinq, sont suffisamment spacieuses, saines et aérées. Leur mobilier se compose d'un hamac qui se suspend à des crampons fixés dans le mur à un demi-mètre environ de hauteur, et que chaque détenu doit enlever le matin pour le placer avec sa literie sur une planche au-dessus de la porte, d'une table, d'un tabouret en bois, d'un bidon à eau, de deux gamelles en fer battu , d'un siège d'aisances inodore à ventilateur, d'un bec de gaz et do quatre supports en bois placés aux angles. Un ventilateur ingénieux communique la chaleur en hiver, la fraîcheur en été à la cellule dont il renouvelle constamment l'air.
A ce propos, il est intéressant de connaître comment s'opère la ventilation générale et particulière de la prison.
Le système de ventilation, adopté par la commission spéciale nommée à ce sujet par M. le préfet de la Seine, en 1841, a été imaginé et exécuté par M. Grouvelle, ingénieur civil.
Parmi les membres de cette commission spéciale, figuraient : MM. Arago, Gay-Lussac, Pouillet, Boussingault, Dumas, Andral, de l'Académie des Sciences, Péclet et Leblanc, dont les noms ont acquis à juste titre une immense autorité dans le monde savant.
C'est après de nombreuses expériences exécutées pendant plus de trois mois, par une sous-commission composée de MM. Boussingault, Leblanc et Péclet, rapporteur, sous-commission à laquelle avait été adjoint M. Thaurin, ingénieur civil, dont la coopération a été également fort utile, que la commission, et, par suite, le conseil général ont adopté le projet de M. Grouvelle, auquel ils ont reconnu l'avantage de permettre un chauffage régulier, une ventilation constante et une vérification facile de çetle ventilation.
Nous allons chercher à exposer en quelques mots le système dont il s'agit :
L'air neuf s'introduit dans chaque cellule par trois orifices garnis d'une grille et placés à des hauteurs différentes; ces trois orifices communiquent avec une seule et même prise d'air ouverte dans le mur extérieur.
L'air vicié s'engouffre dans le tuyau de chute du siège d'aisances, siège dont le couvercle, lors même qu'il est abaissé, est maintenu à une distance convenable de la lunette, afin de ne pas gêner le passage de l'air qui doit s'y engager.
Tous les tuyaux de chute, correspondant chacun à un tonneau distinct, sont placés sur une même ligne des deux côtés d'une cave qui règne dans toute la longueur du bâtiment qu'elle dessert.
Les six caves, comme les six corps de bâtiment, convergent vers un centre commun; elles sont fermées à leur bout de ce coté par un mur plein, si ce n'est dans la partie supérieure où une ouverture a été réservée, et que l'on peut rétrécir à volonté au moyen de registres qu'il est possible de manier du dehors.
A l'autre bout, chaque cave est fermée par une double porte, soigneusement calfeutrée, dont la dernière s'ouvre sur le chemin de ronde.
Entre les deux portes est réservé un espace assez grand pour recevoir le chariot sur lequel on charge les tonneaux pendant le service de vidange. Pour que la ventilation marche régulièrement pendant ce travail, les deux portes dont nous venons de parler ne doivent pas rester ouvertes simultanément.
Enfin, les ouvertures de l'extrémité centrale des caves longitudinales viennent aboutir dans une cave circulaire creusée sous la rotonde de la prison. Cette dernière cave est murée à une de ses extrémités, et elle communique, vers ses parties moyennes, avec une petite galerie touchant à la grande cheminée d'appel.
Les registres généraux des caves longitudinales sont destinés à compenser, au moyen d'une ouverture plus ou moins large, le plus ou moins grand éloignement de la cheminée d'appel.
Pour régler la ventilation de chaque cellule eu particulier, on avait adapté au couvercle du siège un disque percé d'un orifice central qu'on pouvait rétrécir à volonté au moyen d'une plaque mobile parallèlement à cet orifice ; mais on a reconnu qu'il y avait de l'inconvénient à laisser ce petit appareil sous la main des détenus.
Aujourd'hui, le règlement s'effectue à l'aide d'un obturateur circulaire percé de trous qu'on peut rétrécir ou agrandir à volonté. Cet obturateur est fixé à un tuyau de zinc soudé latéralement au tuyau de chute. Ainsi, la ventilation des cellules se règle dans la cave même où se trouvent les tonnes.
D'après la description qui précède, la ventilation se produit de la manière suivante :
La colonne d'air chaud qui monte dans la cheminée centrale fait appel à l'air de la cave circulaire ; à mesure que celui-ci s'écoule vers la cheminée, il est remplacé par l'air des caves longitudinales, qui, lui-même, ne peut se raréfier sans que l'air des cellules, passant par les sièges d'aisances, vienne aussitôt pour rétablir l'équilibre de pression; mais, en même temps et par le même mécanisme , l'air extérieur, l'air neuf, afflue dans les cellules.
La commission dont nous venons d'indiquer les membres s'est livrée à plusieurs expériences ayant pour but de constater ce mouvement de l'air et d'en mesurer la vitesse. Ainsi , en produisant de la fumée dans un point quelconque de la cellule, on a vu cette fumée se diriger vers le siège d'aisances et s'engager bientôt dans l'espace laissé libre au-dessous du cou- • verclc. C'est pour cette raison que, de l'aveu même des détenus, l'usage du cigare ou de la pipe n'est jamais suivi de la persistance de la fumée dans la cellule; quelques minutes suffisent pour la dissiper. L'expérience suivante en fournit une preuve incontestable : trois personnes se sont renfermées dans une cellule ei y ont fumé sans interruption pendant une heure; la fumée disparaissait a mesure qu'elle était produite, et l'air a conservé sa transparence jusqu'à la fin.
Quant à la rapidité de la ventilation, l'anémomètre a constaté que chaque cellule reçoit de 10 à '25 et même 130 mètres cubes d'air neuf par jour.
Une fenètre-chàssis, placée à 2 mètres 1/2 environ d'élévation, donne le jour. L'ii guichet-vasistas, garni à l'intérieur d'une tablette, s'ouvre dans la porte pour livrer passage aux distributions de vivres qui se fout deux fois par jour et qui consistent eu 750 grammes de pain bis-blanc, un demi-litre de potage le matin, un demi-litre de légumes fricassés à la graisse le soir ; le jeudi et le dimanche, du bouillon gras le matin et 187 grammes et demi de viande le soir.
La chapelle, comme nous l'avons dit, ou plutôt l'autel desservi par l'aumônier de la prison, se trouve au point central de rappel des six galeries. Le dimanche et les jours fériés, durant le saint sacrifice de la messe, la porte de chaque cellule s'ouvre et est maintenue entro-bàilléc par un double verrou disposé à cet effet, de manière que le prisonnier en dirigeant ses regards vers le centre aperçoive l'autel, si la cellule est au rez-de-chaussée]; l'officiant, s'il habite le premier ou le second étage.
Sans doute cette disposition laisse à désirer et est loin de remplacer ce que l'on voit à Londres, dans la prison de Pcntonville. Dans cette prison, en effet, des rangées de cellules en amphithéâtre sont disposées de façon que le détenu, sans être vu de ses codétenus et sans les voir, peut embrasser du regard tout l'ensemble de la cérémonie religieuse et entendre les paroles du prêtre. Dans la prison du boulevard Mazas, au contraire, il est presque impossible d'entendre les prières ou les exhortations, et c'est à peine si quelques détenus peuvent apercevoir de temps en temps, en quelque sorte, le profil de la cérémonie. 11 e^t à regretter que cette partie de la disposition architecturale n'ait pas pu être plus convenablement exécutée.
La maison cellulaire du boulevard Mazas, on le sait, n'est destinée à recevoir que des prévenus. Quant aux communications indispensables entre eux et les avocats qu'ils choisissent pour défenseurs, on a jugé utile de disposer un parloir. Les avocats sont admis à visiter les détenus et à y conférer avec eux. Pour ce qui regarde les communications de détenus à étrangers ou à des membres de leur famille autorisés par le
magistrat instructeur, un parloir d'un nouveau modèle a été construit : il consiste en un certain nombre de stalles assez semblables aux confessionnaux, et qui, contiguës entre elles, sont disposées sur deux rangs, de telle façon que le visiteur se trouve en face du détenu sans voir ses voisins ni être vu d'eux. Chaque stalle est grillée; un couloir, où stationne un gardien, sépare les deux rangées placées en regard.
Avec le système absolu d'isolement, la nécessité de la promenade est impérieuse ; on y a pourvu en disposant entre chacune des six ailes du bâtiment des promenoirs vastes et aérés où chaque détenu, bien que toujours seul, peut prendre une heure au moins d'exercice chaque jour. Dans cinq cours différentes, contenant chacune vingt promenoirs, cent détenus à la fois peuvent se promener sans être vus les uns des autres et sans qu'aucune communication puisse s'établir entre eux. Une partie de ces promenoirs est recouverte d'une toiture qui abrite, au besoin, de la pluie et du soleil. Les détenus y arrivent chacun isolément sous la conduite du surveillant qui les a extraits de leur cellule. D'un pavillon situé au centre les surveillants suivent tous les mouvements des promeneurs et entendent leur appel quand ils veulent se retirer avant le temps fixé.
Comme tout le reste des bâtiments, l'infirmerie est construite en vue de la destination spéciale d'isolement. Des salles de bain y sont d'une propreté et d'une commodité remaquables. La pharmacie, desservie par la pharmacie centrale des hôpitaux, lui est contigue, ainsi que le cabinet de consultation des médecins.
Chaque détenu n'est connu que par le numéro de sa cellule : ce numéro est inscrit sur une plaque accrochée a la porte de cette cellule, et est retourné pour indiquer soit que le détenu est au promenoir, soit qu'il est à l'instruction.
Les punitions sont, suivant la gravité des infractions :
1" La privation de promenade;
2° La mise au pain et à l'eau ;
3" La privation du hamac ;
4° La privation du travail ;
5° La cellule de punition. Cette cellule est sombre, et n'a ni siège, ni table, ni hamac; mais le sol eu est planchéié.
Au reste, ces punitions sont très-rarement appliquées, et il' y a fort peu d'infractions, même de la part des détenus appartenant à la classe la plus indisciplinée.
Bien que les cuisines soient situées, ainsi que le corps de garde, le calorifère et le gazomètre, dans un bâtiment séparé des ailes de la prison proprement dite, le service de l'alimentation des détenus se fait avec une rapidité merveilleuse, grâce à un ingénieux mécanisme : le matin et le soir, aux heures de repas, lorsqu'on a enlevé de dessus les fourneaux (au moyeu d'appareils spéciaux) les profondes chaudières de cuivre où les aliments ont été préparés, la portion de chaque détenu est répartie dans sa gamelle. Ces gamelles, disposées sur des plateaux de fonte, sont alors superposées dans de légers chariots de fer qui, eux-mêmes enlevés à l'aide d'un treuil et de contrepoids, montent à chacun des étages, où ils s'arrêtent pour être déposés sur une sorte de chemin de fer qui s'étend dans toute la longueur de chaque galerie, et permet de servir à tous les détenus presque à la fois leur portion par le guichet pratiqué à leur porte.
Tout ce service, nous devons le dire, se fait avec une précision, une simplicité d'autant plus remarquables que le personnel des employés est beaucoup moins considérable qu'on ne devrait le supposer. Le personnel d'administration et de surveillance de la prison est ainsi composé :
1 directeur, 3 aumôniers, 1 médecin , 1 commis-greffier, 1 deuxième commis, 2 troisièmes commis, 1 brigadier, 7 sousbrigadiers, 50 surveillants, 12 garçons de service, 1 infirmier chargé de la pharmacie, une fouilleuse chargée de visiter les effets ou aliments que les personnes étrangères à la prison peuvent faire parvenir aux détenus avec l'autorisation de l'administration ; une cantinière, 2 barbiers, 33 détenus employés comme auxiliaires.
Depuis 1850, année de l'inauguration de la maison cellulaire, on a pu se convaincre des avantages et des inconvénients du système pénitentiaire, dont l'application a été ainsi faite' sur uue vaste échelle.