‹ Le nouveau ParisChapitre 178 sur 441 · DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

DÉCEMBRE

Le piédestal repose sur un soubassement de granit rouge, et le monument est entouré d'une grille circulaire devant laquelle on avait étendu, pour la cérémonie d'inauguration, le 7 décembre 1853, un tapis de velours barré d'une croix d'argent.

On avait élevé sur trois cotés autour de la statue des tribunes ornées de trophées de drapeaux, d'aigles dorés. Dans

celle de gauche prirent place, à une heure précise, le prince Napoléon Bonaparte; MM. Leroy de Saint-Arnaud, ministre de la guerre; Fortoul, ministre de l'instruction publique; Achille Fould, ministre d'État; do Persigny, ministre de l'intérieur; le général de Lavcestine, commandant supérieur de la garde nationale; les maréchaux Magnan, Vaillant, Harispe, Reille et de Castellane ; les amiraux, l'état-major de l'armée de Paris; .le prince de la Moskowa, général de brigade et sénateur, le duc d'Elchingen, général de brigade, et le comte Edgard Ney, fils du maréchal; Dupin aîné qui, dès ses débuts au barreau, avait eu l'honneur de défendre l'illustre accusé ; un grand nombre de généraux , d'officiers supérieurs , de sénateurs , de députés, de conseillers d'État et autres fonctionnaires publics.

En face, au pied de la tribune de gauche, se tenaient des députations des différents corps de l'armée; un détachement d'invalides armés de lances; quelques vieux soldats de l'Empire avec leurs uniformes primitifs. Dans la grande allée de l'Observatoire étaient massés plusieurs bataillons d'infanterie.

Un chœur se fit entendre : l'archevêque de Paris s'avança, précédé de la choix, à la tête du clergé métropolitain, et prononça les prières du rituel pour la bénédiction des statues. Les tambours battirent aux champs; des fanfares retentirent et le canon gronda.

En ce moment la statue aurait dû Être découverte; mais les cordes ayant glissé dans leurs anneaux, il fallut aller chercher une longue échelle et l'enveloppe tomba enfin aux applaudissements des spectateurs.

Après cet incident, le ministre de la guerre glorifia l'acte de réparation qui s'était fait attendre pendant trente-huit ans, et retraça brièvement les principaux faits d'armes du maréchal Ney.

M. Dupin aîné prit la parole : il rappela qu'il avait défendu l'accusé en 1815, et se félicita de se retrouver aujourd'hui tel qu'il était alors, afin de pouvoir dire avec toute la liberté de l'avocat : « Non, la condamnation du maréchal Ney ne fut pas juste! » Examinant la question au point de vue du droit des gens et de la légalité, il établit que la sentence avait été prononcée au mépris d'une capitulation.

Le discours de M. Dupin, qui fut vivement applaudi, termina la cérémonie; quelques citoyens de Sarrelouis, qui avaient des bouquets d'immortelles à la boutonnière, vinrent offrir une couronne à la mémoire de leur compatriote. Les troupes défilèrent devant la statue; le cortège officiel se retira; mais pendant le reste de la journée une multitude de citoyens ne cessa de visiter le monument.

Page 1