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CHAPITRE V

Les élèves de la patrie. — École d'accouchement. — Décret du 19 janvier 1811. — Les tours. — L'hospice de la Maternité. — Fermeture des tours. — Projets divers sur les Enfants- Assistés. — Législation actuelle.

Aussitôt que Port-Libre fut vide de prisonniers, la commission des secours publics y mit les maçons. Les bâtiments furent restaurés, appropriés à leur destination nouvelle, et quand ils furent prêts, ils reçurent les petits enfants et les nourrices qui avaient été provisoirement placés au Val-de-Gràce.

Ces enfants, quand ils grandissaient, étaient transportés dans la maison du faubourg Saint-Antoine, où ils recevaient une éducation primaire, et delà rue des Fossés-Saint-Victor, où ils prenaient le titre d'élèves de la patrie. Les uns fabriquaient des étoffes et des bas que l'on vendait à prix fixe; les autres

étaient initiés à quelques métiers qu'ils allaient exercer au dehors.

L'ancien noviciat de l'Oratoire reçut les femmes enceintes, et l'École d'accouchements instituée, le 30 juin 1802, par le ministre Chaptal.

La législation qui règle le sort des enfants trouvés fut établie par le décret du 19 janvier 1811. Il divise en trois classes les enfants dont l'éducation est confiée à la charité publique.

Les enfants trouvés sont ceux qui, nés de pères et mères inconnus, ont été trouvés exposés dans un lieu quelconque ou portés dans les hospices destinés à les recevoir.

Dans chaque hospice il y aura un tour.

Dans chaque arrondissement il y aura un hospice.

Des registres contiendront, jour par jour, l'arrivée des enfants, leur sexe, leur âge apparent, et décriront les marques naturelles et les langes qui peuvent servir à les faire reconnaître.

Les enfants abandonnés sont ceux qui, nés de pères ou de mères connus, et d'abord élevés par eux ou par d'autres personnes à leur décharge, en sont délaissés sans qu'on sache ce que les pères et mères sont devenus, ou sans qu'on puisse recourir à eux.

Les orphelins sont ceux qui, n'ayant ni pères ni mères, n'ont aucun moyen d'existence.

L'hospice doit donner les premiers soins à l'enfant, et le mettre en nourrice ou en sevrage jusqu'à l'âge de six ans.

A six ans, l'enfant doit être placé chez des cultivateurs ou artisans, moyennant un prix de pension qui décroît jusqu'à douze, ans.

A partir de douze ans, les enfants sont à la disposition du ministre de la marine, et ceux dont il ne disposera pas seront placés en apprentissage.

Les enfants qu'on ne peut mettre en apprentissage et les

L'OBSERVATOIRE

Les Catacombes .

infirmes qu'on ne trouve pas à placer doivent rester dans l'hospice à sa charge.

Sous l'empire de ce décret, des tours furent ouverts dans soixante -dix -sept départements. Chaque tour se composait d'une sorte de boîte assez spacieuse pour recevoir un nouveauné. La personne qui avait pris sur elle la responsabilité de l'abandon arrivait furtivement pendant la nuit, déposait son fardeau , tirait une sonnette et. s'éloignait sans être inquiétée. Le berceau mobile avait tourné sur lui-même, et le malheureux délaissé se trouvait dans une salle convenablement chauffée, en présence d'une sœur de charité qui lui prodiguait les soins les plus empressés.

Le chiffre des enfants trouvés était de 55,700 en 1810, de 84,500 en 1815, et de 111,400 en 1823. A Paris, il variait de 2 à 4,000.

Après la restauration, la maison d'allaitement de Port-Royal devint l'hospice de la Maternité ■ on y compte aujourd'hui plus de 500 lits, et il y entre environ 5,000 femmes par an ; les élèves sages-femmes y sont logées. Pour y être admises, elles doivent être âgées de dix-huit à trente-cinq ans et payer une pension de 600 fr.; elles supportent en outre les frais des livres nécessaires à leur instruction. A la fin de l'année elles passent, devant un jury recruté parmi les notabilités médicales, un examen , à la suite duquel des prix et des diplômes leur sont décernés.

De l'hospice de la Maternité (rue d'Enfer), on fit celui des Enfants-Trouvés, dont le service fut entièrement confié aux sœurs de Saint-Vincent-de-Paul. Dans la chapelle des Oratoriens fut érigée, à la mémoire de cet ami de l'humanité, une belle statue, par Stouff.

Cependant le gouvernement s'effraya du nombre toujours croissant d'enfants que les expositions mettaient à sa charge : les tours disparurent peu à peu, malgré les réclamations des

publicistes. La moyenne des infanticides, qui était annuellement de 104 "avant la fermeture des tours, s'éleva, de 1835 à 1840, à 135; de 1840 à 1845, à 147, à- 162 dans cette dernière année, et à 175 en 1847, pendant que tous les autres délits poursuivis par les tribunaux ne cessaient de décroître.

Les gouvernements qui se sont succédé depuis ont eu à plusieurs reprises la velléité de s'occuper des enfants trouvés. En 1849, une commission nommée par le ministre de l'intérieur se livra à une enquête consciencieuse ; mais le projet qu'elle élabora ne fut pas même présenté.

En 1850, la commission de l'Assistance publique soumit à l'Assemblée législative un projet de loi qui ne fut pas discuté.

En 1853, un nouveau projet de loi fut porté au Corps législatif, et retiré.

Au mois d'août 1856, le sénat confia l'examen de la question à une commission composée du comte Portalis, président ; du comte Siméon, secrétaire et rapporteur ; de MM. Daviel , Tourangin, Ed. Thayer, Berger, Mimcrel de Roubaix, Delangle, Boulay de la Meurthe et Ségur-d'Aguesseau.

Les conclusions de la commission furent celles-ci :

Déclarer enfants adoptifs de l'État tous les enfants confiés à l'Assistance publique, rendre le tour obligatoire et disposer que chaque département en aura au moins un.

Se référer pour la définition des enfants trouvés, pour les formalités de leur réception et les signes de reconnaissance, au décret du 19 janvier 1811.

Établir que les enfants trouvés seront admis aux tours avec le secret que comportent les circonstances de leur naissance.

Constituer des colonies agricoles où seront recueillis les enfants assistés.

Malgré ces desiderata, les tours ne furent pas rétablis. La mère qui veut abandonner son enfant est astreinte à une déclaration préalable devant un commissaire de police, et sa

triste requête n'est admise que lorsqu'elle établit son indigence.

Les enfants ne séjournent pas à l'hospice. A moins qu'ils ne puissent être transférés sans danger pour leur vie, ils sont confiés à des nourrices et emmenés dans les campagnes. Toutes les fois que leurs parents désirent en avoir des nouvelles, ils sont tenus de payer une rétribution de cinq francs.

Les orphelins restent sous la tutelle de l'administration jusqu'à leur majorité. Leurs parents peuvent les reprendre, à la condition de. rembourser à l'administration ses dépenses, qui peuvent être évaluées à cent francs par an. C'est dire, assez qu'ils sont très-rarement repris.

L'hospice des Enfants-Assistés ne renferme que six cent neuf lits, ce qui suffit à sa population flottante. Une propreté, doni on ne saurait trop faire l'éloge, règne dans l'intérieur de l'établissement; mais il est difficile aux étrangers d'en juger. Pour visiter la maison, on s'adresse naturellement à M. Ory, directeur, qui vous renvoie à M. Armand Husson, directeur général de l'assistance publique. Celui-ci n'étant pas toujours visible, il faut, pour arriver à obtenir une autorisation, des démarches réitérées dont on n'est pas dédommagé par le résultat.

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