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CHAPITRE VI

Établissements hospitaliers. — La rue d'Enfer. —Hôpital du Midi. — Les Capucins. — Hospice Cochin. — Le hon curé. — Rue d'Enfer. — Le château de Vauvert.

Le XIV arrondissement abonde, en établissements hospitaliers. Auprès de la Maternité, rue des Capucins, est l'hospice du Midi, où une spécialité de maladie est traitée par les docteurs Puche, Ricord et Cullerier. 11 contient trois cent trentesix lits, et des chambres particulières où l'on est admis moyennant une modeste rétribution.

Les consultations de cet hôpital sont très-suivies. Le terrain qu'il occupait et qui couvre '23, OKI mètres 10 cent, de superficie, dont 3,173 mètres 00 cent, de terrain bâti avait été légué le 27 avril 1613 aux capucins. Ces religieux franciscains, auxquels leur réformateur, Mathieu Baschi, avait imposé un capuchon pointu si bizarre, eurent leur premier établissement à Picpus, en 1575.

Leur seconde maison fut dédiée en 1010, sous le titre, de l'Assomption, par le cardinal de Joyeuse.

Leur troisième maison fut autorisée par lettre patente du 10 février 1788; tuais dans une séance solennelle du chapitre provincial, tenu le 7 juillet 1770, les capucins du faubourg Saint-Jacques exprimèrent le désir d'être plus grandement logés, et ils émigrèrent bientôt pour la Chaussée -d'Antin. Leur monastère fut destiné à réaliser les dispositions d'un édit donné â Versailles au mois de janvier 1785, et ainsi conçu : o Voulons qu'il soit incessamment formé, dans un des faubourgs de notre, bonne ville de Paris, un Établissement gratuit et public, dans lequel seront traités gratuitement les pauvres île tout àoe, île l'un et de l'autre sexe, attaqués du mal vénérien, et qui sont présentement admis et traités tant en la maison de Bicètre qu'en l'hospice de Vaugirard, et. que ledit hospice soit réuni audit établissement, nous réservant de donner tels règlements que nous estimerons convenables pour le régime et l'administration intérieure dudit hospice, lesquels règlements nous adresserons à, notre parlement. »

L'ouverture de, l'hôpital du Midi, retardée par circonstances, n'eut lieu que le 12 mars 1702. Il réunissait d'abord les deux sexes, niais les femmes en ont été bannies depuis 1830.

Près de l'hôpital du -Midi est l'hospice Cochin. Le fondateur, Jacques- Denis, était né à Paris le 1" janvier 1720. Dès son enfance, il manifesta une vocation réelle pour la retraite et pour l'état ecclésiastique, et même il voulut, a seize ans, entrer chez les chartreux. Ses parents lui firent observer que. sa trop grande, jeunesse serait un obstacle à sa réception, et il renonça à ce projet; mais il se mit sous la direction de Jean Brute, docteur en sorbonno et curé de Saint-Benoit. Il fut. élevé au séminaire de Saint-Magloire, ordonné prêtre, et appelé, en 1755, a être second vicaire de Saint-Etienne- du-Mont. Il n'avait pas trente ans lorsqu'il fut promu à la cure de Saint- Jacques-du-Haut-Pas, dont il prit possession le 31 décembre 1750. Dès lors il se dévoua à ses paroissiens et surtout aux

indigents. La cure rapportait peu ; Cochin n'en tirait guère que 1,000 écus et ne possédait que 1,500 livres de rente. Il ne pouvait subvenir aux besoins de l'école des filles, qui se tenait dans une place trop petite et malsaine. Cochin recommande cette institution à ses paroissiens, et bientôt il se voit en état de faire construire une école plus salubre. 11 s'était fait une loi de ne solliciter personne en particulier.

En.1761, la petite vérole exerça a Paris de terribles ravages. On pressa le généreux pasteur de déléguer le soin des malades varioles â ceux de ses vicaires qui déjà avaient subi l'influence de la maladie : « Nullement, répondit-il; que diriezvous d'un soldat qui demanderait son congé en temps de guerre? »

Il fut attaqué de la contagion, mais immédiatement après sa guérison, il reprit ses travaux avec la même activité. Sa santé en fut assez altérée pour qu'il pensât, en 1708, à quitter sa cure; cependant il se rendit aux instances qu'on lui fit. Dix ans après, sa santé étant de plus en plus affaiblie, il eut les mêmes idées; et cette fois encore il resta dans sa cure; il accepta même la place de supérieur de l'abbaye du Val-de- Grâce, qu'il ne garda que peu de temps. Ce fut en 1780 qu'il conçut l'idée de fonder un hospice pour les pauvres du faubourg Saint-Jacques.

Étaient-ils malades ou blessés, il fallait les transporter a l'Ilotel-Dieu, et souvent ils succombaient dans le trajet. Cochin réalisa sa fortune, rassembla des souscriptions, et en 1770, la première pierre de l'hospice de Saint-Jacques-du-Ilaut-Pas fut posée par deux pauvres de la paroisse, élus en assemblée de charité , comme étant les plus dignes d'être distingués par leurs vertus. M. Viel, architecte, ami du fondateur, fit les plans et surveilla gratuitement tous les travaux de l'édifice.

L'hospice fut ouvert au mois de juillet 1782, et Cochin, avant sa mort, arrivée le 3 juin de l'année suivante, eut la douce joie de voir des dons volontaires élever à 15,000 livres de rente, les revenus de cette fondation que desservaient les sœurs de Sainte-Marthe. Auteur modeste, prédicateur persuasif, mais incorrect, il n'avait fait paraître de son vivant aucune de ses inspirations parénétiques, ou de ces entretiens; on ne connaissait de lui que deux ouvrages : Exercice de retraite pour l'intervalle de l'Ascension à la Pentecôte, avec des paraphrases sur les psaumes, 1778, in-12; Paraphrase de la prose Dies ira?, ou Sentiments d'un pécheur qui désire travailler sincèrement à sa conversion, 1782, in-12. On recueillit de lui, après sa mort, des Entretiens sur les fêtes, les jeûnes, usages et principales cérémonies de l'église, 1778, 1780, in-12. Plusieurs Instructions sur l'utilité des assemblées de charité, sur les huit béatitudes, sur l'Oraison dominicale, sur les Épitres et Évangiles, sur toutes les parties du sacrifice de la messe et sur les grandeurs de Jésus-Christ. Le produit de ses œuvres posthumes, publiées de 1784 à 1800, fut consacré à l'hospice qu'il avait fondé.

L'hôpital Cochin n'avait d'abord que 40 lits, mais ce nombre fut doublé par une loi du 23 nivôse an m (12 janvier 1705), et il compte aujourd'hui 125 lits, 58 d'hommes et 07 de femmes.

La rue d'Enfer est remplie de maisons hospitalières. Au n ' '.18 est une belle maison appartenant à l'ordre des Visitandines. Plus loin se trouve la maison du Bon-Pasteur, celle des sœurs aveugles de Saint-Paul ; l'infirmerie de Marie-Thérèse ou de vieux prêtres se reposant des fatigues du sacerdoce ; puis un couvent de carmélites. On pourrait croire que c'est par antiphrase que cette rue a été appellée rue d'Enfer; mais comme nous avons déjà eu occasion de le dire, l'étymologie porta de flerto, n'a rien d'infernal.

Ces mots fertum, ferclrum, en vieux français fierté, venant du grec, çépsiv (porter), désignaient un cercueil de bois, qui tendit lieu de corbillard à leurs ancêtres. Le mort était revêtu de ses plus beaux habits, on le. rasait avec soin, et s'il avait vécu dans les ordres, on rétablissait sa tonsure.

Mêmes attentions pour la morte, qui était parée de bracelets, de colliers, de pendants d'oreilles. Les défunts, pinces sur la fierté, étaient, portés au tombeau par des gens de leur profession.

Il est donc tout simple qu'on ait appelé porte de Fierté, et par corruption porte d'Enfer, celle qu'on prenait pour se. rendre à un des cimetières les plus fréquentés de l'ancienne Lutèce. Des fouilles pratiquées sur le. territoire du XIV arrondissement, ont fait découvrir une multitude de sarcophages, d'ossements et de bas-reliefs funéraires. Une maison, bâtie au moyen âge, fut connue jusqu'à nos jours sous le nom de

L'OBSERVATOIRE

Tombe-Isoire, sans doute en mémoire d'un mosolée. Une des petites propriétés des environs s'appelait le Fief-des-Tombes, une autre, le Château de Vauvert {de valle viridi) avait la réputation d'être hantée par les esprits. Pour exprimer le désir d'exiler quelqu'un dans une solitude sinistre et lointaine, on disait vulgairement : qu'il aille au diable Vauvert! En 1257, Louis IX avait installé a Gentilly des chartreux qui désiraient se rapprocher de la capitale. Ils demandèrent qu'on leur abandonnât ce manoir que personne ne se souciait d'habiter, on le leur céda volontiers, et ils en firent un magnifique couvent, dont les vastes dépendances ont été enclavées dans le jardin du Luxembourg.

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