LE COUP DE PICTON
Xola. Le Dictiunnaire des, sciences naturelles de M. D'Avignon dit que le màln de la Piquette est le Piqueton. Ce n'e^t que par suite d'une profonde curi-uptiun de langage, que les ivrognes et les poëtes disent Piéton.
Ain . De la Contredanse de la- Croix d'or.
Un coup d' picton!
Moi j' men fiche, Il faut que j' Hclie Un coup d' piéton, -T'aime mieux rhuil' que 1'coton.
Picton , liqueur charmante, Nectar des malheureux , Tu vaux bien qu'on te chante A la face des cieux.
Point d' cliagrins domestiques Que ne fasse finir, Point d'enn'mis politiques Que n' puisse re'unir...
Un coup d' picton, etc.
Riches, au sein des fêtes D'où, le plaisir a fui, Oh I que vous êtes bêtes De payer cher l'ennui !
Un coup d' picton réveille Le pauvre en son chemin Et lui cache la veille Les pein's du lendemain...
Un coup d' picton , etc.
Je ne puis vous le taire, J' suis pris d'un mal subit; Déjà ma voix s'altère, Au milieu d' mon ve'cit :
Je n' fais pas la bégueule, Vrai, je m' sens défaillir; Si vous m 'rinciez la gueule, Ça m' t'rait bien du plaisir...
Un coup d' picton , etc.
Ce vieux soldat naguère Illustra son pays, Mais les ans et la guerre N'en ont fait qu'un débris:
Qui le rend plus loquace, Qui le vend radieux , Qui rajeunit sa face , Qui le rend amoureux?
Un coup d' picton , etc.
Nos chambres discoureuses N'offrent a tous les yeux Que discussions creuses.
Et des estomacs creux; Qu'on m' donn' la présidence, Moi qui sais tout oser, J'ouvre chaque séance Eu venant proposer...
Un coup d' picton, etc.
La chanson , camarades, Que j' viens de compiler, Est comme ces plant's malades Qu'il faut bien arroser :
Pour me tirer d'affaire, A l'av'nir, s'il vous plaît , Vous mettrez dans vot' verre, Entre chaque couplet,
Un coup d' picton !
Moi j' men fiche, Il faut que j' liche Un coup d' picton ; J'aime mieul'huil' quel' coton.
Par J.-V.-B. DoitiLAS,
Poitrinaire j et , par eonsà/uent , membre de la Société de tempérance de Paris et banlieue.
Les habitués de la mère Saguet composaient la Société des Joyeux; l'hiver, ils rentraient d;ins Paris, et constituaient alors
L'OBSERVATOIRE
la Société des Frileux, dont nous reproduisons textuellement les statuts :
« La Société des Frileux a pour but principal de coutiuuer, pendant l'hiver seulement, la réunion des Joyeux.
« Son siège est établi chez M. G uignet, marchand de vin traiteur, rue de Sèvres, n° 59, au coin de la rue Sainte-Placide.
« Le premier mardi de chaque mois, du 1er novembre, au 1er mai, les Frileux sont convoqués pour un Banquet lyrique dont le prix est invariablement fixé à 4 fr. 25 cent, (café compris). A sis heures précises, à table. — Puis ouverture des chants, et continuation d'iceux jusqu'à extinction de poumons naturels.
« 11 est expressément défendu, quels que. soient d'ailleurs son mente et son auteur, de chanter plus de deux fois la même chanson durant chaque session des Frileux.
« Surtout point de politique, parce que c'est embêtant.
« Pour entretenir leur douce et franche confraternité, les Frileux ont leurs petites soirées les mardi, vendredi et samedi. A sept heures, le vin sur table et le piquet à quatre. — Un sou la marque. — Qui touche mouille. — Les non-joueurs payent autant que ceux qui ont pris le plus de marques.
« A dix heures un quart, on arrête les frais des opérations de la Société, toutes expressément au comptant.
« En résumé, 1er mardi, Banquet. Mardi, vendredi et samedi, soirées amicales, gaies et pas cher!
h Et voilà! ! »
Les joyeux et les frileux n'admettaient pas les premiers venus dans leur rang. Pour recevoir l'honneur d'une invitation, il fallait être connu pour un convive spirituel et amusaut. Ce n'était qu'à bon escient que le président envoyait une lettre dont voici le modèle :