CHAPITRE X
Mairie du XlVe arrondissement. — Les je'suites a Montrouge. — Le Georama. — Chemin de fer de Sceaux.
Les villages du Montparnasse, de Plaisance et du Petit-Gentilly sont entièrement englobés dans Paris. Montrouge a donné au XIVe arrondissement une mairie et un hospice. La mairie, construite en 1852, renferme les bureaux de l'état-civil, le prétoire de la justice de paix et des écoles primaires pour les enfants des deux sexes; elle est en pierres de taille, et heureusement distribuée. L'entrée principale, en forme de péristyle, est surmontée d'une tour dont le dessin est original. Elle rappelle ces anciens beffrois des villes du nord de la France, qui ont joué un rôle si important dans l'histoire de l'affranchissement des communes.
L'hospice, créé par M. de Larochefoucauld, contient deux cent quarante-six lits. Des indigents ou d'anciens employés y sont reçus en payant une modique pension annuelle, ou moyennant une somme une fois donnée.
Montrouge tire son nom du Gui le Rouge, seigneur de Montlhéry. Au xvm" siècle, ce village se peupla de belles maisons de campagne, dont les principales appartenaient à la comtesse de Guerchi, dame de Montrouge, au duc de La Vallière, au critique Fréron, et aux Jésuites. Ceux-ci , quand ils reparurent avec la dynastie des Bourbons, établirent à Montrouge une maisonxdont le nom revient aussi souvent dans les écrits du temps que celui de Saint-Acheul. Sur Montrouge pleuvaient, en 1820, d'innombrables pamphlets in-32 : la Destruction des Jésuites, par un ancien magistrat; les Jésuites en goguettes, ou, une scène à Montrouge, par E.-C. Piton; le Petit Jésuite, par Raban ; Voltaire et un Jésuite, dialogue en vers, par Constant Tailhard; le Miroir des Jésuites, par H. B.; les Jésuites peints par eux-mêmes, pour faire suite au Monita seccreta: la Conspiration des Jésuites dévoilée, par le comte de Moatlosier; l'Ombre d'Escobard, par C. Dinocourt; l'Instruction adressée aux princes, touchant la manière dont les Jésuites se gouvernent, par une personne religieuse et tout à fait impartiale; l'Argus des Jésuites, avis aux princes, dédié aux mânes de Henri IV, etc., etc. Les poètes Méry et Barthélémy, dans leur Épitre à M. le président Séguier (Paris, 1826, in-32), disent de la maison de Montrouge :
Aux portes de Paris, dans un champ désole', S'élève un monument, de grands arbres voile'; D'un génie inconnu la main réparatrice De décombres épars maçonna Fédifice ; Merveilleuse oasis, où le prêtre romain S'arrête, pour charmer les ennuis du chemin : C'est Montrouge ! c'est la que la cité papale Fit, par ses lieutenants, fonder sa succursale; C'est l'a que de Fortis les abbés recruteurs, De jeunes chérubins, fougueux instituteurs, Du zèle qui dévore armant les plus timides, Au Vieux de la Montagne élèvent des séides!
Au mois de juillet 1830, les Révérends Pères prirent la fuite. Le 50' régiment de ligne avait été envoyé pour les garder; dans la soirée du 28, M. Armand Leullier, maire de la commune, et M. Nestor Roqueplan, gérant du Figaro, le décidèrent à capituler. Les soldats fraternisèrent avec la garde nationale, et se rendirent le lendemain à l'Hôtel de Ville pour se mettre à la disposition du gouvernement provisoire.
Une des rues voisines de la mairie rappelle le Géorama, créé en 1843 par un habile géographe, M. Sanis. C'était une reproduction très-réduite de la France, avec ses montagnes, ses plaines, ses forêts et ses cours d'eau. Les villes y étaient représentées par des groupes de maisons plus ou moins importants. Les élèves qui étaient mis en présence de ce plan connaissaient
mieux la géographie de la France, au bout de quelques visites, que s'ils l'eussent étudiée longtemps dans les livres; et il est fâcheux que ce travail consciencieux ait été détruit.
Montrouge possède des fabriques de bougies, bouchons, briques, vermicelle, amidon, caoutchouc, toiles cirées, chandelles, huiles, formes, encre d'imprimerie, carton-pâte et pierre factice, poterie, café-chicorée, ouates, limes, cuirs vernis, noir animal, produits chimiques, parfumerie et savons. L'abbé Jacques-Paul Migne, qui était venu de Saint-Flour à Paris, en 1833, pour créer feu l'Univers religieux, a fondé et dirige, chaussée du Maine, 127, une imprimerie considérable, d'où sont sorties l'Encyclopédie catholique et la Patrologie.
Les horticulteurs de Montrouge, par la variété de leurs rosiers et la beauté de leurs plantes de serre chaude, ont mérité de nombreuses médailles d'or.
Du centre du XIV arrondissement part le chemin, de fer de Sceaux et d'Orsay; la gare a été bâtie de 1845 à 1840, sous lu direction de l'ingénieur Dulong et sur des terrains minés par plusieurs branches des catacombes, ce qui a exigé de grands travaux de consolidation. L'arrivée et le départ des trains s'effectue sans manœuvres et sans plaques tournantes : le chemin est disposé de manière à résoudre le problème des courbes à petits rayons; les wagons sortent de la gare d'un côté et rentrent de l'autre , en décrivant un demi-cercle autour d'un parterre.