CHAPITRE PREMIER
Gare du Montparnasse. — Hôpital Xecker. — Hôpital dos Enfants-AIalades.
Un chemin de fer sépare le XIVe du XVe arrondissement. A la place où s'ouvrait pour nos pèfes la route du Maine, les voyageurs montent en wagon, à la destination de Versailles, de Rambouillet, de Chartres, du Mans, do Laval, de Rennes et autres villes occidentales. Ces lignes sont desservies par la compagnie du chemin de fer de l'Ouest, dont un décret, en date du 17 avril 1855, a autorisé la formation, en limitant la durée des concessions à quatre-vingt-dix-neuf ans, à partir du •1" janvier 1858.
Lorsque cette voie n'allait que jusqu'à Versailles, l'embarcadère axait' été placé à droite de la chaussée du Maine, qu'il dominait de plusieurs mètres. Ce chemin devenant la tête d'une ligne importante, le gouvernement résolut de faire construire une gare monumentale sur le boulevard de Montparnasse.
Elle fut commencée en 1848 et achevée en 185'2, sous la direction de l'ingénieur en chef Baude et de l'architecte Lenoir. La façade, percée de sept arcades à plein cintre, est flanquée de deux pavillons, dans lesquels s'ouvrent lés deux principales entrées du monument. Les deux faces latérales présentent, au rez-de-chaussée, dix-sept arcades, et autant de fenêtres au premier étage. Toutes doux se développent sur de vastes cours entourées d'une grille. Tout l'édifice, bâti en pierres de taille et en pierres meulières, offre un caractère remarquable de grandeur et de solidité. En y comprenant les salles d'attente,
les bureaux, les remises, il couvre une superficie de 8,000 mètres. Les fondements, qui reposent sur de vieilles carrières, ont été l'objet do soins particuliers.
Pour mettre le nouvel embarcadère au niveau de l'ancien, et rejoindre l'un à l'autre, il a fallu rapporter des terres, les border de murs de soutènement, et jeter un viaduc sur la chaussée du Maine. Les voies principales, celles de croisement et de garage, en y comprenant les cours où stationnent les voitures, au niveau du boulevard, occupent une superficie de 1(3, 0U0 mètres.
Afin de faciliter les abords des chemins de fer de la Touraine et de la Bretagne, il a été promulgué, le 9 mars 1853, un décret qui approuve le percement d'une rue destinée à relier l'embarcadère du chemin de fer de l'Ouest au carrefour des rues do Vaugirard, Notre-Dame-des-Champs et du Regard. L'exécution de ce projet était déclarée d'utilité publique. La rue a été immédiatement ouverte par voie d'expropriation sur une largeur de '22 mètres.
La rue de Rennes doit être prolongée en ligne droite jusqu'à la Seine, et communiquer à l'aide d'un nouveau pont avec l'ancienne rue des Poulies, qui serait prolongée jusqu'aux halles centrales. Ainsi, le centre de Paris serait mis en communication facile non-seulement avec la banlieue, mais encore avec un groupe de départements, dont les plus voisins contribuent à l'approvisionner.
Si, du chemin de fer do l'Ouest, nous suivons à droite la ligne des fortifications, nous aurons longé la limite méridionale du XVe arrondissement. La Seine, qui nous arrête, le sépare du XVIe. En remontant le cours du fleuve, nous retournons à
lb
Paris. — Impriment do J. Claye, vue Suint-Benoît , 7.
notre point de départ, en laissant le Champ de Mars à gauche, par l'avenue de Suffren, la rue Pérignon, l'avenue de Saxe et le boulevard du Montparnasse. L'espace compris entre ces frontières se divise en quatre quartiers : Saint-Lambert, Necker, Grenelle et Javel. Avant, de franchir les anciennes barrières, nous nous occuperons d'abord du territoire qu'elles renfermaient.
Le ministre Necker n'est pour rien dans la dénomination du deuxième quartier; elle rappelle le souvenir de sa femme, Suzanne Curchod de Nasse, qu'il avait eu le bonheur d'épouser à Genève en triomphant de concurrents qui méritaient aussi bien que lui de l'emporter, entre autres de Gibbon, l'historien de la Décadence de l'Empire romain.
Des bénédictines de Rethel, dans le diocèse de Reims, appréhendant des discordes intestines ou des invasions étrangères, se réfugièrent à Paris, où elles fondèrent, rue du Vieux- Colombier, le couvent de Notre-Dame-de-Liesse. Elles se chargeaient principalement de l'éducation des jeunes filles, et elles obtinrent, outre l'approbation royale, la protection, de la comtesse de Soissons et de la duchesse de Longueville. En 1015, ces religieuses prirent possession du jardin d'Olivet, maison de campagne qui, avec ses dépendances, avait sur la rue de Sèvres, la façade où se lit actuellement le numéro 151.
La communauté ne prospéra pas; elle disparut en 1778, et ce fut alors que Mme Necker eut l'idée d'employer les bâtiments à la fondation d'un hôpital modèle où régneraient l'ordre et la discipline, et où serait enfin mis un terme à l'abus monstrueux qui entassait plusieurs malades dans le même lit. Moyennant un loyer de 3,600 fr., M™6 Necker eut la jouissance du couvent de Notre-Dame-de-Liesse. Elle y fit faire des réparations, et avec la somme annuelle de 42,000 fr. que lui accorda Louis XVI, elle put assurer aux malades 120 lits.
Il est assez étrange qu'une calviniste soit arrivée de Genève pour introduire des réformes dans les hôpitaux de la France catholique; mais un fait incontestable, c'est la supériorité de l'hôpital Necker sur tous ceux qui existaient antérieurement à Paris. Il porta d'abord le nom d'hôpital des paroisses Saint-Sulpice et du Gros-Caillou. La cour d'entrée était carrée et. plantée d'arbres ; au fond se trouvait la chapelle, construite en 1063. Les croisées des chambres destinées aux malades s'ouvraient sur un jardin botanique ou sur un corridor dont l'air pouvait être renouvelé à volonté. Quelques salles étaient réservées aux malades qu'il était nécessaire d'isoler; les lits, larges de trois pieds et demi, étaient garnis de deux matelas, d'une paillasse, de deux couvertures et d'une courte pointe. Ils étaient séparés par un intervalle de trois pieds et garnis de rideaux de siamoise ou do toile écrue. En hiver, le rez-de-chaussée était chauffé par des poêles, et le premier étage par des bouches de chaleur. Les ustensiles de cuivre avaient été bannis de la cuisine avec un soin scrupuleux.
Les malades étaient reçus à l'hôpital Necker sur un billet du curé de Saint-Sulpice ou de celui du Gros-Caillou. Leur entrée était constatée par un enregistrement chez le portier, et par celui que la supérieure et le médecin faisaient chacun de leur coté sur des registres particuliers. En outre, on donnait à chaque malade deux cartes : la première portait son nom, et la seconde indiquait le jour de son entrée. Une de ces cartes était attachée au pied du lit du malade, l'autre à ses habits ; et quand la maladie était terminée par la guérison ou par la mort, ces deux cartes étaient remises l'une à la supérieure et l'autre au médecin, qui achevaient sur leur registre la notice relative à ce malade en constatant sa guérison ou sa mort.
Quatorze soeurs de charité suffisaient au service de cette maison, et se partageaient le travail. Elles étaient aidées par deux infirmières, un jardinier, un sacristain et un portier, et la supérieure veillait à toutes les parties de l'administration. Le service se faisait avec la plus grande régularité. L'attention était continuellement partagée entre la distribution des remèdes et celle des aliments; la propreté des salles et la tranquillité qui y régnait en tous temps étaient des preuves non équivoques de la discipline salutaire qui s'observait dans cet hôpital.
Pour éviter toute erreur, chaque malade, avait au pied de son lit des marques indicatives de l'espèce de régime auquel il était soumi9, et le vin ne se distribuait que sur une marque particulière pareillement attachée au pied de son lit.
Les officiers de santé étaient un médecin, un chirurgienmajor et un chirurgien-élève.
Le médecin donnait chaque mois à l'administration un tableau nosologique contenant ; 1° la température de l'air; 2° la
nature et le caractère des maladies qui régnaient; 3° le dénombrement des malades guéris ou morts; 4° une indication des faits les plus extraordinaires et des notes sur les maladies dont l'issue avait, été fatale.
On recevait annuellement à l'hôpital des paroisses Saint- Sulpice et du Gros-Caillou environ 1,000 malades, dont les deux tiers étaient des hommes; cette différence ne venait pas de ce que les lits destinés aux femmes étaient en plus petit nombre ou restaient vides, mais de ce que les lits étaient beaucoup plus longtemps occupés par les malades du sexe féminin.
Aujourd'hui, l'hôpital Necker, qui a pris le nom de sa fondatrice après avoir porté celui d'hospice de l'Ouest pendant la révolution, compte plus de 400 lits, et reçoit annuellement près de 8,000 malades.
Au n° 149 de la même rue, Languct de Gergy, curé de Saint- Sulpice, avait fondé, sous le titre de l'Enfant-Jésus et avec le concours de Marie Leczinska, une maison destinée à l'éducation de trente jeunes filles pauvres appartenant à la noblesse. Elles devaient fournir la preuve que le chef de leur famille avait eu la qualité de chevalier, et que celle de gentilhomme avait été reconnue à ses descendants au moins pendant deux siècles. Elles étaient reçues à l'âge de dix ans; on leur enseignait tout ce qui était propre à les faire briller dans le monde; mais elles apprenaient en même temps à diriger un établissement agricole, à s'occuper de la boulangerie, de la laiterie, de la bassecour, du blanchissage et du jardin; de la maison, dirigée par les filles de Saint- Thomas-de- Villeneuve, dépendait une filature do coton et de lin qui employait une centaine d'ouvrières.
Lorsque, les pensionnaires avaient atteint leur vingtième année, elles rentraient dans leur famille avec un trousseau.
A la suppression des maisons religieuses, un grand nombre d'orphelines trouvèrent asile à l'Enfant-Jésus. En 1802, le conseil des hospices affecta cet établissement aux enfants malades, qui jusqu'alors avaient été confondus avec les adultes dans les divers hôpitaux de Paris ; les lits sont au nombre de 026, dont 321 pour les garçons et 305 pour les filles. Les enfants y sont reçus de deux à quinze ans. Des consultations et des médicaments sont délivrés gratuitement aux malades amenés du dehors.
Un gymnase a été récemment créé à l'hôpital des Enfants-Malades, qui se trouve dans d'excellentes conditions de salubrité, environné de grands jardins, et enfermant dans son enceinte des bâtiments isolés où sont traités les enfants atteints d'affections contagieuses. La superficie de cet hôpital est de 36,053 mètres 90 centimètres, savoir : en constructions 5,015 mètres 73 centimètres, eu terrains 31,083 mètres 17 centimètres.