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CHAPITRE PREMIER

L'Arc de Triomphe de l'Étoile.

En suivant la spirale que décrivent les vingt arrondissements de Paris, et qui commence sur la rive droite, à peu près au centre de la ville, nous avons passé deux fois la Seine. Nous traversons le pont de Grenelle pour arriver aux arrondissements qui sont les derniers dans Tordre numérique, mais dont l'importance est égale, sous divers rapports, à celle de leurs devanciers.

L'arrondissement de Passy comprend les quartiers d'Auteuil , de la Muette, de la porte Dauphine et des Bassins. Il commence à la Seine avec les fortifications et longe le bois de Boulogne, qui est en dehors de l'enceinte, mais qui est considéré comme dépendant de Paris, puisque c'est une propriété de la ville. Les limites du X\'IS arrondissement, parvenues à la porte Maillot, passent à l'est, d'où elles aboutissent au pont de l'Aima, au moyen d'un boulevard qui relie l'ancienne barrière de l'Étoile avec la Seine. L'entrée de Paris par cette barrière, de l'aveu même des étrangers, est de toutes les entrées connues la plus digue d'une grande capitale. Rien de majestueux comme cet arc de triomphe qui s'élève au centre d'une vaste place où convergent la grande avenue des Champs-Elysées, toujours grouillante d'équipages et de cavalcades; les avenues de la Porte- Maillot, de Saint-Cloud, de l'Impératrice; les boulevards de Passy, de l'Étoile, de Monceaux, de Beaujon et le nouveau boulevard qui va traverser diagonàlement Chaillot.

Aucun arc -de triomphe ancien ou moderne n'égale en proportions celui de l'Étoile, dont la largeur totale est de 44 met. 82 c, et la hauteur au-dessus du sol de 45 met. 33 c, non compris l'acrotère qui s'élève encore de 3 met. 50 c. au-dessus du socle supérieur de l'attique. Le grand arc a de largeur li met. C2 c, et de hauteur 29 met. 19 c. Au printemps, l'orbe du soleil couchant emplit entièrement le ceintre de cette baie colossale d'où il semble darder ses rayons.

Perpendiculairement au grand arc régnent les petits arcs transversaux, de 16 met. de hauteur sur 8 met. 44 c. de largeur.

Les fondations, en pierre de taille, ont 8 met. 37 c. de profondeur.

A l'intérieur du monument sont ménagées de grandes salles nécessitées par les combinaisons des voûtes et la décoration extérieure ; des escaliers pratiqués dans les constructions donnent accès aux grandes salles, ainsi qu'à la plate-forme qui les surmonte. L'attique est orné de pilastres sur lesquels sont sculptées des palmes avec des épées; entre les pilastres sont trente boucliers qui portent les noms des batailles suivantes :

Valmy, Jemmapes, Fleurus, Montenotte, Lodi, Castiglione, Arcole, Rivoli , Pyramides, Aboukir, Zurich.

Gênes, Héliopolis, Marengo, Hohenlinden.

Ulm, Austerlitz, Iéna, Friedland, Somo-Sierra, Esliug, Wagram, Moscowa, Lutzen, Dresde, Leipzig.

Hanau, Montmirail , Montereau et Ligny.

Au-dessus du socle qui surmonte la corniche de l'attique est une galerie en pierre, formant appui et couronnement , composé

Paris. — Imprimerie de J. Claye, rue Saint-Benoit,

et têtes de Méduse, correspondant à chacun des pilastres inférieure et reliées entre elles par des palmette- -sons. La route du grand arc et celles des petits arcs sont décorées de caissons arec rosaces, et les arcs-doubleaux sont <■- .' :•-.■■>.

Des noms de rictoires ont été burinés sous la route du grand arc en quatre colonnes.

Sur les murs du petit arc transversal quatre tableaux, divisés es vingt-quatre colonnes, contiennent les noms des plus célèbres capitaines français.

La frise du grand entablement est ornée d'un grand basrelief continu. Le cote de Rai -.ompris la moi-.: deux faces latérales, représente la distribution des drapeaux et le départ des armées. Les sculpteurs de cette partie sont. M. Brun pour le milieu, M. Jacquot pour la partie gauche, et M. Laitie pour la partie droit*. Le coté de Xeuilly Ouest f compris deux autres moitiés des faces latérales, représente la distribution des couronnes et le retour des armées. Les auteurs sont. MM. Caillouet pour le milieu , Rude pour la partie gauche, et Seurre aîné pour la partie droite.

Au-dessous du grand entablement sont six bas-reliefs.

Le6 deux de la face de Paris Est représentent celui de gauche, la victoire d'Aboukir, par S

Gelai de droite les funérailles de Marceau, par Lemaire.

Celui de la face latérale du nord représente la bataille d'Austeriitz, par Geeteher.

Celui de la face latérale du sud, la bataille de Jemmapes, par Marochetti.

Les deux de la face de Neuilly (Ouestj représentent :

Celui de gauche, la prise d'Alexandrie, par Chaponnière.

Celui de droite le passage du pont d'Aréole, par Feuch&re.

L'-s quatres grandes renommées des tympans du grand arc, laces de Paris et de Neuilly sont de James Pradier. Les pans des petits arc- représentent, face latérale du Roule Nord , l'infanterie, par M. Bra, face latérale de Pas - ..cava-

lerie par M. Valois; au sud, sous le grand arc, rie par

M. Débat/ I' re. et au nord, aussi sous le grand arc, la marine, par M. Senne jeune. — Sous les petits arcs sont quatre basreliefl tant les victoires du Sud, par M Gérard, les

victoires de l'Ouest, par M. Espercieux. les victoires de l'Est, par M Valcher, et les victoires du Nord, par M. Bosio neveu. Enfin, les quatre grands trophées, ou plutôt groupes allégoriques, représentent, coté de Paris Est . à droite, le Départ, par Rude; à gauche, le Triomphe, par Goriot; côté de Neuilly [Ooett), à droite, la Résistance, par Antoine Etex; à gauche, la Paix, par le mérne.

Le Départ est le plus remarquable de tous ces groupes :

( bas-relief, a dit M. J. Rousseau, est tout simplement une chose sublime. Qui n'a senti le frisson de l'admiration portée à son plus haut degré d'intensité vis-à-vis de cette page épique qui s'intitule le Départ, et où l'on voit, au-dessus d'un groupe de guerrier», la guerre planer les ailes déployées, le casque en jetant dans l'air son cri d'alarme, et de son glaive nu montrant l'ennemi? A ce signal tout frémit et s'élance. Les vieillards stimulent les adolescents ; les jeunes gens jettent leur manteau et sautent sur leur épée. Celui-ci est monté sur son cheval qui se cabre: celui-là tend déjà son arc; cet autre en courant sonne une fanfare. Et sur le devant du tableau, décidés à combattre et à mourir ensemble, un guerrier d'un âge mûr et un soldat de vingt ans marchent ensemble et les premiers à la rencontre du danger, avec la même sérénité enthousiaste, du même pas, comme deux frères, les bras entrelacs dans une suprême étreinte! Comme cette scène respire l'ivresse du combat! Comme elle retentit de clameurs formidables, de défis audacieux, de rires héroïques! Comme c'est bien lé tumulte ardent d'un assaut et l'élan gigantesque de tout un peuple! Ils sont dix peut-être, on les voit cent mille. La pierre crie et remue; comme la terre de Cadmus, le sol vomit des bataillons. On l'a fort bien dit, et il faut le répéter: jamais l'enthousiasme guerrier, l'amour brûlant de la patrie , n'ont éclaté dans aucune page humaine avec cette suprême

éloquence- »

Dans le Triomphe. Napoléon est couronné par la Victoire ; la Renommée proclame ses exploits, que l'Histoire consigne sur un registre. Des trilles, la tète ceinte de couronnes murales, s'inclinent devant le vainqueur. Au second plan, un pyi onnier dans les fers et un palmier auquel sont suspendue*

. mes des ennemis défaits. Cette composition est moins -. moins énergique inexécution que celle de M. Rude, le Départ 1792 . La nudité du personnage principal, ilmier, le captif enchaîné, nous reportent en deçà du xix* siècle et semblent caractériser un demi-dieu mythologique plutôt qu'un officier d'artillerie devenu empereur des Français. Néanmoins, par la sévérité des lignes, par l'habileté de l'agencement, ce gr lui qui s'harmonie le mieux

les combinaisons architecturales de l'édifice.

Sur facrotère qui forme la partie supérieure du monument droit, devait un groupe de bronze : mais le couronne-

ment de l'édifice est

L'Arc de Triomphe de l'Etoile a subi bien des vicissitudes. la pi ne en fut posée le 15 août 1806, par Napoléon,

qui avait décrété, le 18 janvier de la même année, qu'un monument serait élevé à la gloire des années de la République et de l'Empi: :. en dessina les plans, et à

l'époque du mariage de l'Empereur avec Marie-Louise, le monument commençait à sortir de terre. En donnant une fête à Leurs Majestés, la ville de Paris imagina de figurer en charpente et en toile peinte le monument à peine ébauché, et l'effet imposant de cette image fit bien augurer de la n

Sous le règne de la Restauration, qui répudiait les triomphes de la République et de l'Empire , l'édifice naissant entouré de planches, demeura solitaire: les herbes poussèrent dans ses lézardes p: - - la mousse verdit les pierres qui atten-

daient en vain leur tour pour être placées. Néanmoins, fier du succès de la campagne d'Espagne, Louis WTil ordonna, le 9 re 1823, que l'Arc de Triomphe de l'Étoile serait immédiatement achevé en l'honneur de monseigneur le Dauphin victorieux et pacificateur. Les architectes Goust et Hugot furent chargés des travaux, et celui-ci eut un moment pour auxiliaire une commission composée de MM. Gisors , Fontaine, Labare. Au début, les constructions n'en marchaient guère plus vite, et le public parisien s'égaya longtemps aux dépens d" l'unique maçon de l'Arc de Triomphe.

Enfin la loi du 27 juin 1833, affecta une somme de 2,700,000 franc* à 1 achèvement de l'Arc de Triomphe, dont les destinée, furent confiées à M. Abel Clouet; les sculpteurs reçurent leurs commandes, et en 1830 le monument fut offert dans son emsemble à l'admiration publique. 11 a coûté environ 10,000,000, et a été terminé avec des pierres extraites des carrières de Château-Landon Seine-et-Marne).

Divers projets avaient été conçus depuis cette époque pour mettre la place enharmonie avec l'Arc de Triomphe ; un décret, fait à Biarritz, le 13 août 1854, porte les dispositions suivantes : Les terrains bordant la place seront clos de grilles, et aucune construction ne pourra être élevée qu'à 16 m. en arrière. Ces terrains n'auront d'entrées que sur les avenues rayonnant vers la place et sur la rue circulaire reliant ces avenuee entre elles.

Les grilles de clôture, tant sur la place qu'en retour, aux points indiqués au plan général, sur les voies rayonnantes et les constructions prenant aspect direct tant sur la place que sur les parties des voies rayonnantes comprises entre la place et la rue circulaire, seront établies suivant les lignes de ce plan et complètement uniformes quant à leur élévation et leur décoration extérieure. Les grilles reposeront sur un socle bas, en pierre de taille ; elles seront en fer avec ornements en fonte, et candélabres aux angles sans aucune pile en pierre; elles seront bronzées de la même teinte. Les façades des constructions seront en pierre de taille, avec pilastres, balustres, moulures saillantes, corniches et autres ornements de même matière. Aucune enseigne ni indication quelconque n'y pourra être placée. Les toitures seront en zinc, à deux pentes raccordées par une galerie en fonte; elles seront percées de mansardes dans la partie inférieure. La face supérieure du socle des grilles, la retraite des soubassements, les cordons, entablements et autres lignes horizontales des façades et des couvertures des constructions seront aux mêmes niveaux sur toute la circonférence de la place. Le préfet de la Seine donnera les alignements et les nivellements.

Les grilles de clôture et les façades des constructions devront être constamment tenues en bon état de propreté, selon les prescriptions du préfet de la Seine.

Les terrains résen es entre les grilles et les constructions seront cultivés en parterre d'agrément et ne pourront devenir, sous aucun prétext", de* lieux de réunions publiques.

PASSY

Aucun genre de commerce ou d'industrie ne pourra être exercé sur les terrains provenant du promenoir de Chaillot qui seront compris entre la place et la rue circulaire, et sur tous ceux que la ville de Paris pourra ultérieurement acquérir dans les mêmes limites, si ce n'est en vertu d'une autorisation du préfet de la Seine, qui en déterminera les conditions pour chaque cas.

Ces autorisations seront toujours révocables.

Les dispositions du présent décret ne seront applicables aux immeubles, dont la ville de Paris n'est pas propriétaire sur la place de l'Étoile, qu'après l'accomplissement des formalités prescrites par les lois en matière d'alignement et d'expropriation pour cause d'utilité publique.

Ce décret a reçu un commencement d'exécution. Les pavillons de l'octroi, bâtis par Ledoux en 1787, ont été démolis en même temps que le mur d'enceinte, et des travaux de terrassement considérables ont été accomplis pour relier le sol du rond-point à celui des nouveaux boulevards. Des hôtels symétriques s'élèvent autour de la place. Elle est éclairée par des candélabres à gaz, dont chacun repose sur un piédestal octogone, à pans coupés, ornés de moulures. Le fût se compose d'un faisceau de lances, décoré à la partie inférieure de consoles terminées par des tètes de griffons. Cinquante-quatre de ces candélabres sont espacés dans le rond-point; les autres éclairent la tète des douze boulevards. Tous sont cuivrés par les procédés galvaniques auxquels est due la transformation de deux des fontaines des Champs-Elysées et de la fontaine élevée par Visconti sur la place Louvois.

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